Visite historique du président Obama à Cuba

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Barack Obama a annoncé jeudi qu'il se rendrait avec son épouse Michelle à Cuba les 21 et 22 mars.

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Jérôme CARTILLIER
Agence France-Presse
WASHINGTON

La visite, longtemps inimaginable, entrera dans l'histoire: le président des États-Unis Barack Obama a annoncé jeudi qu'il se rendrait à Cuba fin mars, promettant d'aborder avec le régime communiste la question sensible des droits de l'homme.

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Des Cubains regardent Barack Obama à la télévision lors d'un discours le 1er juillet 2015 où Washington annonçait le rétablissement des relations avec La Havane.

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Cette visite de Barack et Michelle Obama, prévue les 21 et 22 mars, consacrera de manière spectaculaire le rapprochement, entamé il y un peu plus d'un an, entre Washington et La Havane, après un demi-siècle de tensions héritées de la Guerre froide.

La dernière visite d'un président américain en exercice sur l'île située au large de la Floride remonte à 1928, avec celle de Calvin Coolidge.

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En se rendant à La Havane, M. Obama, qui avait annoncé le 17 décembre 2014, à la surprise générale, sa volonté d'entamer «un nouveau chapitre» avec l'ancien pays ennemi, deviendra donc le premier à fouler le sol cubain depuis la révolution castriste de 1959.

Cette visite interviendra à quelques semaines du Congrès du Parti communiste cubain, prévu le 16 avril, où les observateurs seront à l'affût de signaux sur une éventuelle évolution politique.

L'exécutif américain a par ailleurs annoncé que M. Obama se rendrait ensuite en Argentine les 23 et 24 mars, où il rencontrera le nouveau président Mauricio Macri.

«Il y a 14 mois, j'ai annoncé que nous commencerions à normaliser nos relations avec Cuba et nous avons déjà fait des progrès significatifs», a souligné M. Obama sur Twitter.

«Nous avons toujours des différences avec le gouvernement cubain et je les soulèverai directement. L'Amérique défendra toujours les droits de l'homme à travers le monde», a-t-il ajouté.

Au cours de cette visite de deux jours, le président américain aura un tête-à-tête avec son homologue cubain Raúl Castro et rencontrera «des membres de la société civile, des entrepreneurs et des Cubains de différents horizons», a précisé la Maison-Blanche.  Le président Obama n'a pas prévu de rencontrer Fidel Castro.

Certains de ses adversaires républicains déplorent la façon dont le rapprochement avec le régime castriste a été mené, estimant que ce dernier n'a fait aucune concession et se trouve renforcé par l'ouverture de Washington.

Dès mercredi soir, l'un des candidats à la Maison-Blanche, Marco Rubio, né à Miami de parents cubains, a vivement déploré la visite présidentielle à venir.

«Il n'y a pas d'élections à Cuba. Il n'y a pas de choix à Cuba. (...) Aujourd'hui, un an et deux mois après l'ouverture, le gouvernement cubain reste aussi oppressif que jamais», a-t-il déclaré, qualifiant le régime de La Havane de «dictature communiste anti-américaine».

«Levez l'embargo!»

Après l'annonce du rapprochement entre Washington et La Havane en décembre 2014, les deux pays ont rétabli leurs relations diplomatiques en juillet 2015. Le secrétaire d'État John Kerry s'est rendu à La Havane en août pour la réouverture de l'ambassade américaine.

Le 44e président des États-Unis a, à plusieurs reprises, exprimé sa volonté de se rendre à Cuba tout en soulignant que cela ne l'intéressait pas de «simplement valider le statu quo».

Depuis 50 ans, des centaines de milliers de Cubains ont émigré aux États-Unis.

Si les émigrés «politiques» des débuts de la Révolution restent farouchement opposés à tout rapprochement avec le régime de La Havane, les immigrés plus récents ont de leur côté conservé de solides attaches dans l'île et ont accueilli beaucoup plus favorablement l'annonce d'un dégel.

Si l'annonce spectaculaire du rapprochement a eu un impact notable sur le tourisme, cet emballement n'a qu'un effet limité sur la vie quotidienne de la majorité des Cubains.

Et en dépit des récents assouplissements concédés par Washington, l'ouverture économique promet d'être lente, tant l'emprise de l'appareil d'État cubain sur l'économie et le poids de l'embargo américain brident encore l'investissement étranger.

M. Obama a demandé à plusieurs reprises au Congrès de lever cet embargo, imposé à Cuba par John F. Kennedy en 1962 et sévèrement renforcé par la loi Helms-Burton de 1996.

«Cinquante ans passés à isoler Cuba n'ont pas réussi à promouvoir la démocratie et nous ont fait reculer en Amérique latine», a-t-il lancé à ses adversaires républicains il y a quelques semaines lors de son discours sur l'État de l'Union.

«Vous voulez renforcer notre leadership et notre crédibilité sur le continent? Admettez que la Guerre froide est finie. Levez l'embargo!».

Les dissidents cubains attendent Obama au tournant

Si tous les dissidents cubains ne sont pas convaincus de l'opportunité de la visite le président Barack Obama à Cuba, tous comptent sur le président américain pour agir en faveur de la situation des droits de l'Homme sur l'île.

Cette visite, prévue le 21 et 22 mars, «est importante pour fermer le cycle du rapprochement» engagé fin 2014 entre les deux pays, explique à l'AFP Manuel Cuesta Morua. Selon lui, M. Obama, certainement «le politicien le plus populaire de Cuba» actuellement, peut «aider beaucoup pour déclencher des changements» et favoriser l'émancipation des citoyens.

Sa visite «va contribuer à la poursuite du réveil des attentes du peuple cubain», abonde Elizardo Sanchez, président de la Commission cubaine des droits de l'Homme (CCDH), organisation interdite mais tolérée par les autorités.

Malheureusement, juge-t-il, en dépit des nombreuses visites de responsables étrangers ces derniers mois, «le gouvernement de Cuba ne peut présenter un meilleur bilan en matière de droits de l'Homme», ce qui «n'offre pas un contexte favorable pour recevoir ces dignitaires qui demandent (...) des réformes».

Le président Raul Castro «est un président qui n'est pas élu démocratiquement», donc «le président Obama commet une erreur en se mettant au même niveau», tranche Guillermo Farinas, prix Sakharov du Parlement européen 2010.

Toutefois, «nous respectons sa décision» et «allons lui demander qu'il tienne sa promesse de rencontrer l'opposition (...) et la société civile (...) et qu'il continue à demander au gouvernement cubain de tendre vers l'État de droit», annonce le dissident à l'AFP.

Jeudi, la Maison-Blanche a indiqué que M. Obama rencontrerait «des membres de la société civile, des entrepreneurs et des Cubains de différents horizons» lors de cette visite.

«Ce qui nous préoccupe, c'est qu'Obama vienne à Cuba le mois prochain alors qu'il avait dit en décembre qu'il ne le ferait qu'en cas d'avancées en matière des droits de l'homme», proteste Berta Soler, chef de file de l'organisation des Dames en Blanc, prix Sakharov 2005.

«La répression continue contre les Dames en Blanc et l'opposition en général», assure-t-elle à l'AFP.

Elizardo Sanchez avertit aussi de la probabilité d'«un gros coup de répression la veille et pendant la visite (...) pour éviter tout type de manifestation» inopportune aux yeux du gouvernement cubain.

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