Étudiants mexicains disparus: mandat d'arrêt contre le maire d'Iguala

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José luis Abarca, maire d'Iguala

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Jean-Claude BOKSENBAUM
Agence France-Presse
MEXICO

Les autorités judiciaires mexicaines ont lancé mercredi un mandat d'arrêt contre le maire d'Iguala, accusé d'avoir ordonné l'attaque d'étudiants qui a fait 6 morts et 43 disparus, tandis qu'à Mexico environ 45 000 personnes ont défilé en soutien aux parents des victimes.

Brandissant des torches, des bougies, de grands portraits en noir et blanc des disparus, espérant sur des pancartes «une lumière pour Ayotzinapa» - village natal des étudiants -, les manifestants se sont rassemblés au monument de l'Ange de l'indépendance, situé sur la place principale de la capitale, où des pères de victimes ont pris la parole.

«Le coupable de ces disparitions c'est l'État, pas les narcotrafiquants comme on veut nous le faire croire», estime Javier Leon, l'un des étudiants venus grossir les rangs d'une manifestation qui s'est déroulée dans le calme.

Des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs autres villes du pays, tandis que plusieurs universités lançaient une nouvelle grève de 48 heures. À Iguala, des manifestants ont incendié la mairie pour protester contre l'incapacité des autorités à retrouver les disparus.

Un mécontentement populaire que l'annonce de la justice vise à calmer: «des mandats d'arrêt ont été lancés contre le maire d'Iguala», José Luis Abarca, son épouse et le responsable municipal de la sécurité publique, a dit le ministre de la Justice, ajoutant que le maire était soupçonné d'être «l'instigateur des faits survenus à Iguala».

C'est la première fois que les autorités judiciaires, qui ont déjà procédé à 52 arrestations, dont une quarantaine de policiers municipaux, nomment les instigateurs d'un crime qui a bouleversé le Mexique et le monde.

Sur la base de témoignages de détenus, le ministre a indiqué que le maire avait donné «l'ordre d'affronter» les étudiants par crainte que ces élèves de l'école normale d'Ayotzinapa, située comme Iguala dans l'État de Guerrero, sabotent un événement public que tenait son épouse comme directrice d'un organisme public de protection de l'enfance.

Fosses clandestines 

Le maire, élu du Parti de la révolution démocratique (gauche), et son épouse Maria de los Angeles Pineda, soeur d'au moins trois narcotrafiquants, sont liés au cartel des Guerreros Unidos, que les autorités accusent d'avoir fait disparaître les étudiants.

Le ministre Jesus Murillo Karam a présenté Mme Pineda comme «la principale opératrice d'activités criminelles» depuis la mairie d'Iguala, avec la complicité de son époux et du responsable municipal de la sécurité publique, Felipe Flores.

Selon les autorités, ce sont des policiers municipaux d'Iguala, ainsi que ceux du bourg voisin de Cocula, qui ont remis les 43 étudiants à des membres des Guerreros Unidos.

Le ministre de la Justice a expliqué mercredi que Sidonio Casarrubia, détenu considéré comme le leader du cartel des Guerreros Unidos, avait reconnu avoir été contacté par un de ses lieutenants à Iguala. Ce dernier lui aurait présenté les étudiants comme des membres d'un groupe criminel rival, raison pour laquelle Casarrubia aurait «donné son aval» à l'action contre les jeunes «pour la défense de leur territoire».

Depuis les disparitions, les autorités ont trouvé neuf fosses clandestines à Iguala et ses environs avec un total de 30 cadavres, a dit le ministre. Les expertises ont déterminé que 28 d'entre eux ne correspondent pas aux étudiants disparus, soulevant de nouvelles questions sur l'identité de ces morts.

À Iguala, des manifestants ont incendié la mairie, où aucun employé n'était sur les lieux.

Certains des milliers de manifestants d'Iguala ont fait irruption dans le bâtiment et l'ont incendié en l'absence, sur les lieux, des forces de sécurité fédérales qui ont pris en charge le contrôle de la ville après la disparition des étudiants.

C'est la troisième fois qu'un bâtiment est incendié dans l'État du Guerrero depuis la disparition des 43.

Le gouverneur de l'État de Guerrero, également membre du PRD, subit des pressions de plus en plus fortes pour remettre sa démission, non seulement de la part des manifestants, mais de plusieurs partis politiques.

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