Jean-Claude Duvalier: sitôt revenu, sitôt accusé

Caroline Touzin, envoyée spéciale
La Presse

(Port-au-Prince) L'ex-dictateur Jean-Claude Duvalier a été accusé de corruption et de détournement de fonds, mardi, après avoir passé tout l'après-midi au tribunal en audience derrière des portes closes. Ce n'est que le début d'une enquête qui ne mènera pas nécessairement à un procès, a toutefois nuancé l'un des avocats de Bébé Doc.

À sa sortie du parquet de Port-au-Prince, sous haute escorte policière, le fils de Papa Doc a déclaré qu'il se sentait bien. Il est ensuite rentré à l'hôtel où il loge depuis son retour-surprise dans son pays natal dimanche soir.

Plusieurs centaines de ses partisans ont manifesté durant une bonne partie de la journée devant le tribunal, brandissant des drapeaux rouge et noir de l'époque de la dictature. Ils ont fait brûler quelques pneus sous le regard attentif d'une escouade antiémeute de l'ONU.

D'anciens tontons macoutes, la milice paramilitaire du régime duvaliériste qui a commis de nombreuses exactions, ont été vus sur les lieux.

Plusieurs Haïtiens, dont Michèle Montas, la femme du célèbre journaliste assassiné Jean Dominique, ont annoncé qu'ils songeaient à porter plainte contre Bébé Doc pour avoir planifié des crimes contre des opposants au régime.

Un juge d'instruction a ouvert une enquête officielle sur l'ex-dictateur, mardi. L'un des avocats de Duvalier, Gervais Charles, a confirmé en fin de journée que son client était accusé d'avoir volé le Trésor public avant de fuir le pays, chassé du pouvoir par une révolte populaire en 1986.

Le juge d'instruction devra éventuellement décider s'il y a assez de preuves pour ouvrir un procès. Cette enquête pourrait durer jusqu'à trois mois en vertu de certaines dispositions de la loi haïtienne. Bien que le système judiciaire haïtien permette la détention provisoire, Duvalier a été libéré sous promesse de ne pas quitter le pays.

«M. Duvalier a garanti qu'il resterait dans son pays à la disposition de la justice», a souligné un autre de ses avocats - ils seraient six ou sept -, Me Alix Aurélien Jeanty.

Confusion

Une certaine confusion régnait, mardi, sur le processus judiciaire en cours. La conjointe de Duvalier, Véronique Roy, a insisté sur le fait que Bébé Doc n'avait «absolument pas» été arrêté. Le nombre d'accusations portées contre l'homme de 59 ans, qui a dirigé le pays d'une main de fer de 1971 à 1986, n'a pas non plus été précisé. «Il y en a un tas», a simplement dit Me Jeanty.

Un autre avocat de l'ex-dictateur a indiqué qu'il y avait prescription, ce qui a alimenté la confusion. Aucune nouvelle date d'audience n'a encore été fixée, toujours selon l'un des avocats de la défense. Les journalistes n'ont pas eu le droit d'assister à l'audience de l'ex-dictateur devant le juge d'instruction.

Plus tôt dans la journée, Duvalier a quitté l'hôtel Karibe, escorté par un imposant contingent composé de policiers locaux et internationaux chapeautés par l'ONU. L'ancien président «à vie» a descendu les marches du hall en tenant fermement la main de sa conjointe. «Bébé Doc», qui portait un veston bleu foncé et une cravate d'un bleu plus pâle, n'était pas menotté.

Il a salué la foule sous les applaudissements nourris de quelques dizaines de partisans. «Arrêtez Préval!» ont scandé les duvaliéristes (René Préval est l'actuel président d'Haïti). «La supposée dictature de Duvalier était mieux que la démocratie actuelle», a dit à La Presse Lydevic Lamisère, fébrile.

La veille, le premier ministre d'Haïti, Jean-Max Bellerive, a dit que la présence de l'ex-dictateur au pays le mettait mal à l'aise. «Il y a des processus judiciaires qui impliquent l'État haïtien et M. Duvalier pour une histoire d'argent. Il y a des processus internationaux, il y a des processus en Haïti. Je répète, nous ne sommes pas à l'aise», a-t-il dit au Nouvelliste, quotidien d'Haïti.

Un porte-parole du département d'État à Washington a déclaré pour sa part que la présence en Haïti de l'ancien dictateur «ajoute au fardeau» du pays. Les États-Unis, que le gouvernement français a prévenus une heure à l'avance de l'arrivée de Duvalier, «suivent la situation de très près».

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