Le pétrole exacerbera les tensions géopolitiques en 2015

En 2015, le prix du brut devrait rester... (PHOTO JEAN-SEBASTIEN EVRARD, ARCHIVES AFP)

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En 2015, le prix du brut devrait rester faible à cause d'une offre mondiale toujours surabondante, ce qui pourrait nourrir les disputes entre les pays producteurs, à commencer au sein de l'OPEP.

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Caroline VARIN
Agence France-Presse
LONDRES

Après une année exceptionnelle marquée par un plongeon de presque 50 % des cours, 2015 devrait rester agitée pour l'or noir avec des prix bas propres à exacerber les tensions géopolitiques.

Déjà en forte baisse depuis l'été, les prix du baril ont souffert de la décision de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), en novembre, de conserver son plafond de production à 30 millions de barils par jour (mbj) : ils ont chuté à leur plus bas niveau depuis 2009, autour de 60 $.

En adoptant le statu quo, le cartel a voulu envoyer un message : il ne supportera plus seul le fardeau d'une réduction de la production pour soutenir les prix de l'or noir, déprimés par une offre beaucoup plus abondante que la demande.

Révolution du pétrole de schiste aux États-Unis où la production explose, retour sur le marché de plusieurs pays producteurs comme la Libye, consommation mitigée sur fond de croissance économique moins dynamique en Chine, voire absente en Europe... Les facteurs se sont conjugués pour faire baisser les cours.

En 2015, le prix du brut devrait rester faible à cause d'une offre mondiale toujours surabondante, ce qui pourrait nourrir les disputes entre les pays producteurs, à commencer au sein de l'OPEP.

Le Venezuela milite par exemple pour que le cartel diminue sa production, tandis que l'Arabie saoudite s'y oppose, lasse de devoir supporter en grande partie les promesses de réduction de l'organisation.

La faiblesse des cours devrait en outre aiguiser les tensions à l'intérieur des pays dépendants des revenus pétroliers, comme l'Irak où la coalition gouvernementale qui tente de stopper l'organisation État islamique pourrait souffrir d'une économie dégradée, estime Richard Mallinson, expert géopolitique chez Energy Aspects.

L'éventuelle remontée en puissance de l'Iran risque par ailleurs de complexifier l'échiquier. «L'Iran gagne de l'influence en Irak et ensemble ces deux pays pourraient concurrencer la production de l'Arabie saoudite dans les prochaines années», note l'expert Olivier Jakob, de Petromatrix.

Cela reste toutefois encore hypothétique, car le Congrès américain pourrait accentuer encore les sanctions internationales qui pèsent sur Téhéran et l'ont contraint à exporter deux fois moins de barils.

Rééquilibrage

Un rééquilibrage pourrait néanmoins s'amorcer si la baisse des cours commençait à peser sur l'offre et à stimuler la demande.

La chute des cours devrait notamment pousser les producteurs à réexaminer leurs investissements. La baisse des prix va «sérieusement mettre à l'épreuve la profitabilité de beaucoup de producteurs (américains)», soulignent les experts de Commerzbank.

La production américaine s'est envolée ces dernières années grâce au pétrole de schiste, plus cher à extraire. Le nombre de nouveaux permis d'extraction aurait déjà commencé à reculer cet automne, même si l'on devrait davantage constater un ralentissement de la croissance de l'offre plutôt qu'une baisse.

En revanche, «une réduction de la production de l'OPEP n'est pas à exclure», selon M. Mallinson, à condition que d'autres pays producteurs (hors OPEP) fassent de même.

OPEP ou pas, des coupures de production imprévues sont possibles. Au Venezuela, la chute des revenus pétroliers a ainsi fortement tendu le climat social et politique. Quant à la Russie, déjà affaiblie par les sanctions occidentales et par un effondrement du rouble, elle pourrait devoir se résoudre à pomper moins, faute d'investissement.

Une demande ravivée

Quant à la consommation, le repli des cours devrait stimuler la demande et doper le trafic routier et aérien - quitte à élever les émissions de gaz à effet de serre, avant une négociation internationale cruciale sur le réchauffement climatique à Paris fin 2015.

La banque Barclays table en outre sur une augmentation plus rapide de la demande de la Chine l'année prochaine, le premier consommateur mondial de brut profitant de la baisse des prix pour gonfler ses stocks.

Mais globalement, «il pourrait se passer quelques mois, voire une année avant que les effets de la baisse des prix sur l'économie mondiale se voient», avertit Fawad Razaqzada de Forex.com, d'autant que de lourdes incertitudes pèsent sur la croissance économique mondiale.

Et même si la baisse des prix est de nature à relancer la consommation, le niveau des stocks d'or noir est tel que l'effet sur les cours du pétrole ne sera pas perceptible avant la seconde moitié de 2015, estime M. Mallinson.

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