Un chat candidat contre la corruption

Morris, que l'on voit dans les bras de... (Photo Oscar Martinez, Reuters)

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Morris, que l'on voit dans les bras de son propriétaire, est «candichat» à la mairie de Xalapa, dans l'État de Veracruz, au Mexique. Son programme: dormir et batifoler.

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Emmanuelle Steels
La Presse

(XALAPA) Pas de discours, pas de campagne, pas de promesses. Juste un chat et un slogan: «Yes we cat.» Morris est candidat à la mairie de Xalapa, capitale de l'État de Veracruz. Une candidature féline qui séduit les citoyens dégoûtés par la corruption et la passivité de la classe politique.

Tout a commencé comme une blague. Au début du mois de mai, deux citoyens de Xalapa, Daniel Cruz et Sergio Chamorro, désespérés par les scandales de corruption et la dépravation des politiciens mexicains, ont lancé sur l'internet l'idée de voter pour leur chat.

Puis, c'est devenu sérieux: le projet a fait son chemin sur les réseaux sociaux, recevant une pluie de soutiens des quatre coins du Mexique. Et Morris est devenu «El candigato» (le candichat), symbole du désenchantement des «jalapeños», les habitants de la ville, envers les partis politiques traditionnels.

Les trois dernières années ont été particulièrement éprouvantes dans tout l'État de Veracruz. Les cartels se sont déchirés dans un bain de sang: fusillades, exécutions, cadavres abandonnés sur la voie publique...

Demain, des électeurs traumatisés se rendront aux urnes pour élire des politiciens qui leur promettent plus de sécurité.

«Morris, lui, ne promet rien», reconnaissent ses maîtres, alors que l'intéressé se terre sous une armoire. «Son projet est aussi creux que celui des autres candidats: dormir et batifoler.» À la différence des autres, il a l'honnêteté de l'admettre, estiment-ils.

«Regardez, il se cache, c'est ce que font tous les politiciens», ironisent Daniel et Sergio, qui pensent que la population est aujourd'hui fâchée, prête à réclamer des comptes.

Du pain et des jeux

Sur la place principale de Xalapa, dimanche dernier, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), qui contrôle le pouvoir dans la région, a distribué des pots de fleurs et des billets de tombola, présenté des spectacles de clowns et des matchs de catch. Du pain et des jeux pour gagner des voix.

Plusieurs passants, choqués par ces méthodes habituelles au Mexique, manifestent leur intention de voter pour Morris qui, lui, n'a pas dépensé un seul peso pour sa campagne. «Il est fabuleux, mieux vaut un animal au pouvoir plutôt que ceux qui nous gouvernent», explique à La Presse une électrice, Yasmin Cautiño.

«Morris représente l'espoir de la population de chasser les rats qui occupent le pouvoir», constate Hipolito Rodriguez, anthropologue et lui-même candidat aux élections pour le Parti du travail (gauche).

Vedette des réseaux sociaux

Véritable phénomène sur les réseaux sociaux, «El candigato Morris» compte aujourd'hui plus de 149 000 fans sur Facebook, soit trois fois plus que le candidat du PRI à la mairie. «Tu vas gagner Morris», lui écrivent ses admirateurs.

Bien entendu, le chat n'apparaît pas sur les bulletins de vote, mais un espace blanc en bas de ceux-ci permet aux électeurs de voter pour un candidat non enregistré. D'après ses porte-parole humains, Morris pourrait remporter 20% des votes, qui seront comptabilisés comme nuls.

Des candidats attaqués

Une fois de plus, le crime organisé marque le processus électoral de son empreinte sanglante. La moitié des États mexicains renouvellent demain leurs gouvernements locaux. Dans les régions d'Oaxaca, Vercruz, Durango, Sinaloa et Chihuahua, on ne compte plus les agressions et les menaces envers les politiciens. Leurs véhicules sont incendiés, leurs maisons prises d'assaut. Au total, 10 personnes, des candidats ou leurs proches, ont été assassinées dans le cadre de la campagne.

Le scrutin en chiffres

14
États mexicains sur 32 qui vont voter demain
2000
Nombre d'élus qui sortiront des urnes: des maires et des députés siégeant dans les parlements régionaux, mais aussi un gouverneur (Basse-Californie)
75%
Pourcentage des Mexicains qui pensent que les gouvernants utilisent les programmes sociaux pour acheter des votes, en particulier au municipal (enquête de l'institut de sondage Parametria).

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