Négociation à haute vitesse: Aequitas veut chasser les prédateurs

Deux négociateurs de la Bank of America Merrill... (Photo Henny Ray Abrams, archives Associated Press)

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Deux négociateurs de la Bank of America Merrill Lynch sur le parquet de la Bourse de New York. Les négociateurs sont de moins en moins nombreux à y travailler en raison des transactions faites par ordinateur et des négociations à haute fréquence qui se font en millième de milliseconde.

Photo Henny Ray Abrams, archives Associated Press

Mieux contrôler les «courtiers à grande vitesse», surtout ceux qui parasitent les marchés boursiers et en affectent les prix à court terme, est l'un des objectifs importants du projet de Bourse alternative Aequitas au Canada.

C'est pourquoi son président, Jos Schmitt, et ses principaux bailleurs de fonds, dont la Banque Royale, Investissements PSP de Montréal et la filiale Investors de la Financière Power, apprécient que ce problème embêtant dans le milieu boursier émerge davantage dans l'opinion publique avec la médiatisation du livre Flash Boys, de l'auteur américain Michael Lewis.

«Je laisse à d'autres les commentaires sur le marketing littéraire entourant ce livre et cet auteur-vedette», indique d'emblée Jos Schmitt lors d'un entretien avec La Presse Affaires.

«Mais comme plusieurs collègues dans le milieu boursier, j'apprécie beaucoup la description faite par l'auteur des comportements prédateurs de certains courtiers à grande vitesse [CGV] et de leurs impacts néfastes sur les marchés.

«Michael Lewis a rendu compréhensibles des stratégies et des comportements des CGV qui sont complexes même du point de vue des professionnels de la Bourse, tout en étant nuisibles pour les marchés boursiers et les investisseurs.»

Cela dit, le président du projet Aequitas tient à souligner qu'en dépit de ces objectifs de mieux contrôler les CGV, les mesures qui seront en place à l'ouverture de cette Bourse, prévue dans un an, soit au début de 2015, ne visent pas à les écarter complètement du marché.

Contrôler les nuisances

«Notre objectif n'est pas d'impacter tous les CGV, mais plutôt les stratégies inappropriées de certains CGV qui nuisent au bon fonctionnement des marchés boursiers», indique M. Schmitt.

Par exemple, explique le président d'Aequitas, les CGV dits «prédateurs» sont ceux qui ne cherchent qu'à tirer avantage des différences de vitesse de transactions entre les marchés, sans intérêt réel pour la propriété des titres à court ou moyen terme.

De l'avis général dans le milieu boursier, ces CGV parasitent les marchés en provoquant des distorsions artificielles à très court terme dans les prix des valeurs mobilières. Ces distorsions nuisent ensuite à la juste évaluation des placements boursiers par les investisseurs sérieux à moyen ou à long terme.

Comportement omniprésent

«Faut pas se faire d'illusions. Ce type de comportement est omniprésent dans tous les marchés boursiers du monde, incluant le Canada, selon Jos Schmitt. Mais chez Aequitas, à la différence des Bourses traditionnelles, nous aurons des mécanismes qui serviront de dissuasifs financiers et techniques pour contrer ces CGV nuisibles.»

Ce sont d'ailleurs ces mécanismes proposés par Aequitas dans son projet initial de Bourse qui ont suscité de «bonnes discussions» auprès de la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario (CVMO), qui aura la première juridiction sur la future Bourse alternative.

Le problème? Aequitas avait d'abord proposé des mécanismes de blocage d'accès à son futur marché boursier pour éloigner les CGV considérés comme nuisibles. Mais en janvier dernier, la CVMO a officiellement refusé cette proposition d'Aequitas, la disant contraire au principe de l'égalité d'accès aux marchés boursiers parmi tous les intervenants autorisés.

Depuis, Aequitas a remplacé son projet de «bloqueurs d'accès» pour s'en tenir à des mesures dissuasives basées surtout sur des tarifs discriminatoires contre les transactions à haute fréquence et des «ralentisseurs de vitesse» sur ses futurs systèmes transactionnels.

Laisser le choix aux courtiers

«En fin de compte, après des débats constructifs avec les divers participants de marché, en particulier la CVMO, nous nous retrouvons avec une solution qui s'annonce meilleure que ce que nous proposions auparavant», admet Jos Schmitt.

«En fait, nous voulons laisser le choix des comportements parmi les CGV. Ceux qui veulent participer à la création de valeur en Bourse seront bienvenus chez Aequitas. Mais les CGV qui auront des comportements considérés nuisibles pour la bonne tenue de notre marché verront leur accès leur coûter plus cher, en plus d'être ralenti.»

Cela dit, de son expérience à la direction de Bourses dites alternatives - avant Aequitas, il a dirigé la Bourse canadienne Alpha jusqu'à son rachat par le Groupe TMX/Maple il y a deux ans -, Jos Schmitt déplore que les sociétés de Bourses dites traditionnelles soient encore trop peu «transparentes» sur leurs mécanismes d'accès à leurs marchés.

Cette faiblesse pourrait même avoir contribué à l'émergence des CGV nuisibles ou «prédateurs», à l'insu et au détriment de la plupart des investisseurs boursiers.

«Les marchés boursiers en général ont encore un problème de ce côté, sinon une certaine gêne. Ça s'explique sans doute par le fait que les Bourses traditionnelles, devenues des entreprises commerçantes voulant maximiser leurs revenus et leurs profits, ont tendance à favoriser les CGV parce qu'ils leur apportent du volume de transactions. Les intérêts généraux de tous les investisseurs ne sont plus au premier plan de leurs préoccupations», selon Jos Schmitt.

«Au Canada, cette situation est d'autant plus préoccupante que nous avons maintenant une société boursière [Groupe TMX avec la Bourse de Toronto, la Bourse de croissance TSX et la Bourse de Montréal] qui est beaucoup plus dominante dans les autres marchés d'importance ailleurs dans le monde.»

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LA NÉGOCIATION À HAUTE FRÉQUENCE EN CHIFFRES

1,2 millième de milliseconde

Vitesse des meilleurs commutateurs relayant les transactions boursières aux jonctions des lignes de fibre optique. Il y a 10 ans, la vitesse était 40 fois plus lente.

35%

Proportion des transactions boursières canadiennes réalisées par des firmes de négociation à haute fréquence.

49%

Proportion des transactions boursières américaines réalisées par des firmes de négociation à haute fréquence.

Sources: Flash Boys, TABB Group, OCRCVM, The Globe and Mail




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