Québécois retrouvé au Pérou: pourquoi est-il mort?

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Originaire de la Rive-Sud, Jonathan Raymond, âgé de 34 ans, habitait le Pérou depuis un peu plus de deux ans. Les policiers péruviens ont confirmé avant-hier avoir découvert son corps dans un fossé près de Yurimaguas, à plus de 1000 km au nord de Lima.

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Des plantations de cacao biologique et de bananes plantains dans les Andes péruviennes sont le décor dans lequel a été commis le meurtre d'un Québécois dont le corps en décomposition a été déterré cette semaine dans un village du nord du Pérou. Son ami d'enfance, également Québécois, aurait avoué être l'auteur du crime hier matin, quelques heures avant sa comparution.

Originaire de la Rive-Sud, Jonathan Raymond, âgé de 34 ans, habitait le Pérou depuis un peu plus de deux ans. Les policiers péruviens ont confirmé avant-hier avoir découvert son corps dans un fossé près de Yurimaguas, à plus de 1000 km au nord de Lima. Son crâne semble avoir été transpercé d'un projectile d'arme à feu.

Les deux suspects, Philippe Truchon, 30 ans, et Nathan Deslandes, 33 ans, ont comparu hier devant la justice péruvienne relativement à ce meurtre. La nature des accusations qui pèsent contre les deux hommes demeure imprécise, mais Philippe Truchon, qui habite le Pérou depuis plusieurs années, aurait avoué aux enquêteurs hier matin être l'auteur du meurtre, ont confirmé à La Presse sa famille et celle de la victime. Le rôle qu'aurait joué Deslandes demeure flou.

Philippe Truchon, qui a déménagé au Pérou il y a plus de deux ans, était l'homme de confiance de Jonathan Raymond. Il s'occupait des vastes plantations de cacao et de plantain que son ami avait acquises et développait dans la région.

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Les deux suspects, Philippe Truchon et Nathan Deslandes, ont comparu hier devant la justice péruvienne.

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Sans nouvelles depuis le 7 juillet

Jonathan Raymond n'avait plus donné signe de vie depuis le 7 juillet dernier, après avoir averti sa mère, Diane La Barre, qu'il devait se rendre d'urgence à Lima, la capitale du pays, sans dire pourquoi. Sans nouvelles pendant plusieurs jours, Mme La Barre s'est rendue en catastrophe au Pérou il y a environ un mois. « On se parlait presque tous les jours, Jonathan et moi, et tout d'un coup, je n'ai plus eu de nouvelles de lui. Je suis allée là-bas pour essayer de trouver de l'aide. Je suis allée trois fois à la télé péruvienne pour demander de l'aide à la population. Rien ne se passait, la police ne faisait rien », raconte la mère, entre deux sanglots.

Selon elle, les policiers soupçonnaient depuis le début que Truchon et Deslandes étaient mêlés à la disparition de son fils. Les deux hommes habitaient un appartement loué par Jonathan Raymond, mais n'auraient rapporté sa disparition à la police que 20 jours après les faits.

Suspicieux, les enquêteurs ont inspecté le logement occupé par les deux suspects au luminol, un produit chimique qui fait apparaître les traces de sang, mais n'ont rien trouvé, affirme la mère de la victime.

Mais quelques jours plus tard, alors que les suspects s'apprêtaient à déménager, les policiers ont inspecté de nouveau l'immeuble au luminol, poussant cette fois leur examen jusqu'à l'étage supérieur du bâtiment, où logeait Jonathan Raymond. « Ils ont trouvé des traces de sang dans sa chambre, dans les escaliers et même dans une minifourgonnette qu'il utilisait pour les plantations », affirme Mme La Barre.

Les deux suspects ont été appréhendés la semaine dernière et ont été incarcérés huit jours avant leur procès. Leurs familles respectives ont envoyé ces derniers jours des milliers de dollars au Pérou pour assurer leur défense. « Jusqu'au bout, on a cru que Philippe était innocent. La famille est anéantie. C'est possible qu'il ait fait un aveu sous l'effet d'une quelconque menace, mais ça n'a pas l'air de ça », estime Martine Laberge, une membre de la famille de Philippe Truchon.

Dossiers criminels, saisie de condo et cocaïne

Selon nos vérifications, les trois hommes avaient des dossiers criminels au Québec pour des délits mineurs. Jonathan Raymond avait écopé d'amendes pour avoir possédé un coup-de-poing américain et pour avoir été en possession de marijuana.

Son appartement de l'Île-des-Soeurs qui a fait l'objet d'une perquisition dans le cadre de l'enquête Naos, en 2016, visant un réseau de recel de véhicules volés. « Il a été visé par une enquête dans cette affaire où il y a eu plusieurs arrestations et où les policiers ont trouvé de très grosses quantités de cocaïne, a indiqué hier Me Alexandre Paradis, son ancien avocat. Son appartement a été perquisitionné parce que les policiers présumaient que, puisqu'il habitait au Pérou et qu'il connaissait certaines personnes, c'est lui qui envoyait de la cocaïne. Ça n'a cependant mené nulle part et les enquêteurs ne l'ont jamais accusé », a ajouté l'avocat.

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Le rôle qu'aurait joué Nathan Deslandes demeure flou.

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Selon sa mère, il s'était exilé au Pérou pour refaire sa vie. Il avait acquis plus de 200 hectares de terre pour y cultiver le cacao et le plantain. « Il voyait grand. Il voyait ça comme une entreprise internationale. Mais comme il n'avait pas la nationalité péruvienne, il fallait qu'il remette ses terres à un Péruvien », affirme Mme La Barre.

En décembre dernier, pour régulariser sa situation, Jonathan Raymond aurait cédé « trois grosses de ses plantations » à Philippe Truchon qui, lui, possède la double nationalité canadienne et péruvienne. « C'était des terrains qui valaient plus de 2 millions. Peut-être que Philippe a vu la valeur et qu'il y a eu une conspiration pour obtenir les autres terrains », avance Mme La Barre.

Avant sa disparition, Jonathan Raymond avait fait l'objet de menaces de mort formulées sur Facebook par une personne de son entourage. Mme La Barre jure cependant que l'entreprise de son fils était « clean ». « Il voulait vraiment que tout soit propre. Il n'y avait pas de guérilléros, rien d'autre que des bananes. Même si tout le monde pense que c'est le paradis de la drogue là-bas, il n'y avait rien, rien, rien. Jonathan était sur ses gardes. Il prenait de grandes précautions. Il avait une hantise de revivre son passé », assure Mme La Barre.

L'ambassade du Canada impliquée

La famille de Jonathan Raymond a entamé des démarches pour rapatrier ses cendres.

Les familles des deux coaccusés disent pour leur part s'être fait suggérer un avocat par l'ambassade du Canada, mais ont préféré faire affaire avec leur propre avocat commercial au Pérou. « On essaie de voir s'ils peuvent avoir leur procès au Canada plutôt qu'au Pérou. Le système carcéral péruvien ne nourrit pas les prisonniers. Ce sont leurs conjointes qui leur apportent de la nourriture. Philippe s'est aussi fait frapper par les policiers », affirme Martine Laberge.

Affaires mondiales Canada, l'instance chapeautant le ministère qui gère les affaires diplomatiques, n'a pas rappelé La Presse hier.

« Mon fils était un homme plus que généreux. Jonathan voulait aider les gens là-bas, les faire travailler. Il faisait préparer les repas pour tous, tout le monde l'aimait et le respectait. Son dossier criminel est le résultat d'erreurs de jeunesse, il voulait se racheter, assure Mme La Barre. Son passé n'a rien à voir avec ça. Philippe vient d'avouer qu'ils se sont chicanés. C'est un malhereux accident provoqué dans la panique de la situation qui a mené à ce drame », croit-elle. « Nous en sommes dévastés. »

- Avec Nathaëlle Morissette, David Santerre et Judith Lachapelle

Jugés au Canada?

Des citoyens canadiens accusés d'avoir commis un crime à l'étranger contre d'autres citoyens canadiens peuvent-ils être jugés au Canada ? Essentiellement, non, explique Amissi Manirabona, professeur agrégé à la faculté de droit de l'Université de Montréal. Il y a cependant une exception : si la préparation du crime a été effectuée au Canada, ou si le complot a eu lieu au Canada, le Canada peut faire valoir la compétence de ses tribunaux pour juger l'affaire. Cependant, « ce qu'on appelle la courtoisie internationale veut que ce soit l'État sur le territoire duquel le crime a lieu qui puisse juger [les accusés] », explique M. Manirabona. « Si l'État étranger dit qu'il va [les] juger, c'est cet État qui a la priorité, le Canada ne peut pas vraiment douter de son système judiciaire. » - Jean-Thomas Léveillé

***

Précision

Dans la première version de ce texte, publiée le 22 septembre, nous avons écrit que le condo de Saint-Jean-sur-Richelieu appartenant à Jonathan Raymond a été saisi par la SQ dans le cadre de l'enquête Naos, en 2016. Il aurait plutôt fallu lire que c'est son appartement de l'Île-des-Soeurs qui a fait l'objet d'une perquisition dans le cadre de l'enquête Naos, mais qu'aucune accusation n'a été portée à la suite de l'enquête. Nos excuses. 




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