Au Québec comme ailleurs dans le monde, les femmes représentent moins de 30 % des personnes qui participent aux essais cliniques en cardiologie. Pour rattraper le rythme, la Fondation de l’Institut de Cardiologie de Montréal (ICM) a créé le Fonds en santé cardiovasculaire des femmes. Survol de ce nouveau fonds avec Nathalie Rochette, vice-présidente à la Fondation de l’ICM, et la Dre Céline Fiset, pharmacienne et chercheuse en électrophysiologie cardiaque.

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Le Fonds en santé cardiovasculaire des femmes vise à accélérer l’innovation en vue d’offrir des solutions personnalisées aux femmes atteintes de maladies du cœur. Il s’inscrit au cœur de la mission de la Fondation de l’ICM, dont l’objectif est d’accélérer les soins, la recherche et les traitements en santé cardiovasculaire.

« On sait que la recherche en santé cardiovasculaire s’est développée selon une approche dite universelle, affirme Nathalie Rochette. Cela fait en sorte que les femmes sont souvent sous-diagnostiquées et sous-traitées. »

Le Fonds est un levier puissant pour que les découvertes de l’ICM deviennent la norme de soins d’un océan à l’autre.

Nathalie Rochette, vice-présidente à la Fondation de l’ICM

Vers une science plus personnalisée

Parmi les conséquences liées à l’approche dite universelle des essais cliniques, la Dre Céline Fiset, longtemps la seule femme en recherche fondamentale à l’ICM, donne un exemple frappant : « Le cœur des femmes est plus petit que celui des hommes, et les vaisseaux aussi. Or les instruments et les outils diagnostiques n’ont pas été développés en prenant cette distinction en considération. » La sous-représentation des femmes dans la recherche se répercute aussi sur la médication. « Normalement, le dosage ne devrait pas être le même pour les deux sexes, explique pour sa part Nathalie Rochette. Il y a des particularités biologiques différentes chez les femmes ; elles ne réagissent pas de la même manière que les hommes aux médicaments. »

Chez 78 % des femmes, les premiers signes d’un infarctus passent inaperçus.

25 millions sur 5 ans

La Fondation de l’ICM vise à amasser vingt-cinq millions sur cinq ans pour soutenir le volet de la santé cardiovasculaire chez les femmes. Le Fonds accélérera la recherche et l’innovation en soutenant une multitude de projets pour mieux comprendre, prévenir, diagnostiquer et traiter les maladies du cœur des femmes. En transformant les découvertes en solutions concrètes, l’ICM offrira aux patientes des soins plus adaptés et personnalisés.

LES QUATRE AXES STRATÉGIQUES DU FONDS

Comprendre
Lever le voile sur les mécanismes biologiques propres au cœur des femmes, comme les arythmies pendant la grossesse.

Adapter
Offrir des traitements ajustés pour les femmes, notamment en évaluant l’efficacité d’une nouvelle thérapie après un infarctus.

Prévenir
Détecter tôt et développer des programmes d’intervention ciblés, comme l’hormonothérapie pour réduire le déclin cardiovasculaire et cognitif à la ménopause.

Personnaliser
Faire de la médecine personnalisée la norme en identifiant des biomarqueurs qui permettront d’affiner les doses de médicaments selon la biologie propre à chaque femme.

L’exemple des arythmies cardiaques durant la grossesse

Le projet de la Dre Céline Fiset vise à comprendre les arythmies cardiaques pour mieux protéger les femmes enceintes et leur enfant à naître. « Au niveau cardiovasculaire, il y a de gros changements qui se produisent durant la grossesse, affirme la chercheuse. C’est normal et c’est nécessaire pour nourrir le fœtus. Ces changements entraînent, entre autres, une augmentation de la fréquence cardiaque. Le cœur bat plus vite et il est plus propice à déclencher une arythmie. »

Le travail du cœur augmente de 50 % pendant la grossesse.

L’arythmie, c’est quoi ?

Il s’agit d’un trouble du rythme cardiaque. L’arythmie peut provoquer une accélération, un ralentissement ou une irrégularité des battements du cœur.

Conséquences
L’arythmie peut avoir des conséquences importantes pour la mère, mais également pour le fœtus. « Si le cœur de la mère ne bat pas régulièrement, le sang circule moins bien et le bébé est moins bien nourri, explique la Dre Céline Fiset. Certains médicaments administrés à la mère pour traiter les arythmies peuvent aussi avoir des effets délétères sur le développement du bébé à naître. »

Augmentation des cas
Au cours des vingt dernières années, les cas d’arythmie durant la grossesse ont fortement augmenté. La Dre Fiset attribue notamment ce phénomène au fait que de plus en plus de femmes décident d’avoir des enfants plus tard, ce qui accroît leurs risques de présenter des facteurs de risque comme l’hypertension, le surplus de poids et le diabète.

Objectifs
Avec son équipe, la chercheuse s’intéresse aux mécanismes cellulaires et moléculaires en jeu pendant la grossesse. « C’est fascinant ! On est en train de faire des liens avec le rôle des œstrogènes, ce qui nous permet de mieux comprendre les changements qui surviennent pendant la grossesse, et au-delà. »

En identifiant les particularités de la biologie des femmes, on va parvenir à rattraper le rythme en ouvrant la voie à de nouveaux progrès pour la santé du cœur des femmes.

Dre Céline Fiset, pharmacienne et chercheuse en électrophysiologie cardiaque