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Risqué d’ouvrir la porte au privé ?
Pour atteindre les cibles qu’elle s’est fixées, Hydro-Québec délègue de plus en plus ses activités à des entreprises privées, plutôt que de conserver à l’interne son potentiel de développement historique et reconnu mondialement. Or cette stratégie comporte des risques majeurs, selon le Syndicat des employé-e-s de métiers d’Hydro-Québec (SCFP 1500) et le Syndicat des technologues d’Hydro-Québec (SCFP 957), qui sont tous deux sans convention collective depuis le 31 décembre 2023.
IMAGE SCFP 957 POUR SCFP
« La privatisation est un poison à effet retardé », illustre Robert Claveau, président de la section locale SCFP 957 représentant les technologues syndiqués d’Hydro-Québec. « Le danger est insidieux, puisque la population ne ressent pas encore les effets de cette dépendance grandissante au privé, mais dans quelques années, il sera trop tard pour revenir en arrière, poursuit-il. Le contrôle énergétique aura échappé à l’État, et donc à la population québécoise. Si l’on se souvient bien de l’entrée en politique du premier ministre Legault, la privatisation d’une grande partie d’Hydro-Québec faisait bel et bien partie de son approche politique, et aujourd’hui, malheureusement, il en fait la démonstration à la population du Québec. »
Explosion de la sous-traitance
Le symptôme le plus apparent de la privatisation est la sous-traitance. « Chaque chantier sous-traité représente une perte d’expertise interne accumulée au fil des décennies par les employés de métiers et les technologues, qui sont le maillon essentiel pour assurer la continuité du service », affirme Frédéric Savard, président du groupe SCFP 1500.
Dans les rangs d’Hydro-Québec, la perte d’expertise érode le moral des employés, selon le représentant syndical : « Le sentiment d’appartenance, la motivation et la fierté de travailler pour la société d’État s’effritent, car les travailleurs qualifiés ne sont plus sollicités pour contribuer aux grands projets en cours. »
IMAGE SHANT MANOUKIAN POUR SCFP
Frédéric Savard, président du groupe SCFP 1500
Le recours à la sous-traitance entraîne aussi des coûts additionnels pour l’ensemble du Québec. « C’est censé être une solution d’efficacité, mais la sous-traitance engendre des coûts plus élevés et une perte de qualité, fait remarquer Frédéric Savard. Il n’est pas rare que les employés syndiqués doivent reprendre le travail fait par les firmes privées. »
Santé et sécurité : un recul inquiétant, selon les syndicats
Autre préoccupation des parties syndicales : la diminution volontaire et consciente des mesures de santé et de sécurité au travail mises en place. Autrefois un leader mondial en la matière, Hydro-Québec a récemment assoupli les règles avec la révision de son Code de sécurité des travaux.
« La sécurité des travailleurs ne peut pas devenir une variable dans l’équation », dit Frédéric Savard en soulignant la dangerosité de l’environnement de travail. « Personne ne devrait risquer sa vie pour assurer la continuité du service, ajoute-t-il. Chaque recul en santé et sécurité entraîne une hausse des accidents et des décès; notre histoire en fait foi. Sommes-nous vraiment prêts à revivre les années 1970, quand trop d’employés perdaient leur vie au travail ? »
Les coûts d’une gestion défaillante
À l’heure actuelle, la gestion de la société d’État coûte cher aux Québécois et aux Québécoises, selon les syndicats. Ces derniers précisent que les travaux qui échouent par manque de planification, les chantiers suspendus, les équipements inutilement retirés du réseau puis réinstallés, les pannes prolongées par une mauvaise répartition des effectifs et la mauvaise planification entraînent des pertes de revenus majeures pour l’entreprise et, ultimement, pour l’ensemble de la population.
L’interférence politique chez Hydro-Québec et l’instabilité de la haute direction ont aussi des répercussions sur l’organisation. « Trois PDG en quelques années, ça fragilise la cohérence et la performance de l’entreprise », indique Robert Claveau.
IMAGE CLAUDE HÉON POUR SCFP
Robert Claveau, président de la section locale SCFP 957
Pour le SCFP, le chemin pour bâtir l’avenir énergétique du Québec est clair : « Il faut miser sur l’expertise interne, renforcer la santé et la sécurité, stabiliser la gouvernance et gérer avec rigueur, cohérence et efficience. »