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Dupré est née dans une famille musulmane, au sein d’une communauté très conservatrice de l’Afrique de l’Ouest. « J’ai quand même eu une enfance assez compliquée », raconte-t-elle. « Je me suis rendu compte très tôt que j’étais différente de tous les petits garçons, sexuellement parlant. »
À mesure que Dupré grandit, le fossé entre ses camarades et le garçon qu’il est à l’époque se creuse. L’enfant subit les injures et les coups. « Un jour, j’ai été renvoyé du collège parce qu’on disait que j’étais trop efféminé et que j’entachais la réputation de l’établissement. »
À la maison, à l’école et en société, Dupré a l’impression de porter un masque en permanence. « En essayant d’être une autre personne, c’est comme si j’avais du mal à respirer. Tout ce que je représentais faisait en sorte que je me faisais pointer du doigt. »
Même en portant ce masque, ça ne marchait pas. Les gens n’avaient pas besoin de me dire que j’étais différent. Je savais que je n’entrais pas dans les bonnes cases.
Dupré
Une longue quête vers la liberté
Après ses études universitaires, sans un sou en poche, Dupré entreprend de s’affranchir du carcan familial et fuit vers le Maroc, un pays plus tolérant. À Casablanca, elle travaille dans un centre d’appels pour une grande entreprise d’ici. Au bout du fil, les clients québécois sont « extrêmement gentils et sympathiques ».
Lorsque Dupré obtient un visa pour venir travailler au Canada, le Québec lui semble alors un choix naturel. C’est ainsi qu’en octobre 2018, au lendemain de son 27e anniversaire, la nouvelle arrivante débarque à l’aéroport international Montréal-Trudeau.
Le Maroc, c’était un pays de passage. Le but, c’était de me rendre dans un pays libre où on peut être soi-même. Parce qu’il n’y a rien de plus difficile que d’avoir en soi une vérité qu’on ne peut montrer à tout le monde.
Dupré
Dupré s’installe à Québec, et une nouvelle vie prend tranquillement forme. Elle décroche un emploi dans un hôtel du Vieux-Québec, où elle reçoit un accueil chaleureux et se fait immédiatement des alliés. « J’étais la seule personne noire, et je me suis sentie tout de suite acceptée », se souvient-elle.
Un soir, avec des collègues, elle assiste à une prestation de drag pour la première fois. Un déclic se fait chez Dupré, qui vit alors plusieurs questionnements quant à son identité de genre et à son orientation sexuelle : « Je me mentais encore à moi-même en vivant en garçon. Oui, je savais que j’étais dans un pays libre. Mais comment déconstruire tout ce que j’avais vécu pendant 20 ans ? »
Trouver sa place, enfin
Auprès de la communauté LGBTQ2+, Dupré trouve une famille et se donne enfin la permission d’être qui elle est : une femme trans.
Je me souviens d’avoir commencé à pleurer à la Fierté de Montréal. Je me suis dit : on m’a tellement insultée, j’ai tellement galéré dans ma vie pour qui j’étais, puis là, je suis dans la rue, je danse et on me célèbre, on est fiers.
Dupré
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Miss Dupré Latour en tenue de drag
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Dupré sur scène
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Photo souvenir de Dupré durant sa jeunesse
C’est à travers l’art de la drag que Dupré se libère sans condition. Lorsqu’elle monte sur scène, elle devient Miss Dupré Latour. « Miss Dupré Latour, ce n’est pas tout à fait un personnage, mais une version multipliée de moi-même », mentionne-t-elle. La drag permet à Dupré de vivre plusieurs de ses passions : la musique, la danse, le sens du spectacle, le maquillage. C’est aussi une façon d’explorer sa féminité.
Entrepreneure et défenseure
Depuis son arrivée au Québec, Dupré a parcouru beaucoup de chemin. Se découvrant une fibre entrepreneuriale, elle a entre autres lancé sa propre ligne de produits de maquillage. DupréLatour Cosmetics est destinée à toutes les peaux et à tous les genres ; la marque rejoint ainsi des personnes marginalisées ou sous-représentées par l’industrie de la beauté.
Dupré prend aussi la parole pour faire valoir les droits des personnes trans, souvent au sein même de la communauté LGBTQ2+, qui n’est pas exempte de transphobie et de racisme. Si elle a trouvé la liberté dont elle rêvait dans son pays d’origine, la militante réalise qu’elle n’a pas encore franchi le fil d’arrivée. Il y a ici d’autres petites cases, un peu comme celles dans lesquelles elle n’entrait pas à l’époque.
Il y a une autre réalité qui m’attend ici, et il y a d’autres combats que je dois mener en tant que personne trans et en tant que personne noire.
Dupré
Mes premières impressions du Québec
Quand je suis arrivée, c’était l’automne : c’était super beau. Je me souviens des petites découvertes quotidiennes. Comme l’Halloween, qu’on ne fête pas chez nous. Tu vas à l’épicerie, et la caissière est déguisée ! J’ai adoré toutes ces petites choses qui avaient un autre sens que ce que j’avais connu.
Le plus grand sacrifice que j’ai fait en quittant l’Afrique
Mettre une croix sur l’esprit de communauté et familial qui y règne. D’où je viens, on vit en société, et il y a beaucoup d’entraide. Tu peux toujours compter sur ton voisin. C’est le plus grand sacrifice que j’ai fait en coupant les ponts avec la communauté à laquelle j’appartenais.
La meilleure adresse pour manger des spécialités africaines à Montréal, c’est…
Chez moi ! J’adore cuisiner, mais dès l’enfance, on m’a interdit de le faire parce que les garçons ne cuisinent pas en Afrique de l’Ouest. J’aime beaucoup recevoir et faire des mets typiques de mon pays d’origine, donc c’est 100 % chez moi qu’on mange le mieux. (Rires)
Remerciements à GroupM Motion Entertainment pour leur participation dans la création de ce contenu.