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Pour Chantal et Jean-Yves, la vie telle qu’ils la connaissaient a pris un tournant inattendu le matin du 17 mai 2017. « Je me suis réveillé et j’ai vu que Chantal était encore au lit, couchée sur le côté. Pourtant, elle a l’habitude de se lever avant moi », raconte le retraité. Il se rendort, ne soupçonnant pas que quelque chose ne tourne pas rond.
Chantal avait été victime d’un AVC. « Je me suis longtemps senti coupable pour cette heure-là pendant laquelle je me suis rendormi », confie-t-il doucement. « Si j’avais réagi avant, est-ce qu’elle aurait les mêmes séquelles ? »
Perdre ses mots
Les séquelles laissées par l’AVC demeurent considérables. « Le bras gauche de Chantal était paralysé et elle ne parlait pas du tout », se remémore Jean-Yves. « C’est comme si le lien entre le cerveau et la parole ne se faisait plus. »
L’aphasie est un trouble du langage qui peut survenir après un AVC, un traumatisme crânien, une tumeur ou un autre type de lésion cérébrale. La personne atteinte perd, totalement ou en partie, la capacité de parler, d’écrire ou de comprendre le langage en conversation ou en lecture. Pour les proches aidants, l’aphasie et les séquelles d’un AVC transforment radicalement la dynamique familiale.
AVC Aphasie Laurentides et l’Association québécoise des personnes aphasiques (AQPA) viennent en aide aux personnes aphasiques et à leurs proches aidants. Les intervenants de ces organismes comprennent bien le choc vécu par ces personnes. « L’AVC ne prévient pas, et quand il survient, tout s’arrête en un claquement de doigts. Par conséquent, toutes les sphères de la vie de l’aidé, mais aussi celles de l’aidant, sont chamboulées : travail, réseau social, situation financière, conduite automobile, habitation, loisirs, plans de retraite, union, etc. », explique Jade Cyr-Pilon, directrice adjointe chez AVC Aphasie Laurentides.
Le deuil de la vie d’avant
Après 44 ans à partager son quotidien, en l’espace d’un instant, Jean-Yves est devenu le proche aidant de sa complice de vie. Entre les repas, les soins d’hygiène, le transport, l’accompagnement aux rendez-vous médicaux, les courses et les corvées, il a dû faire le deuil de la retraite active qu’il s’imaginait vivre avec sa conjointe. « Plus de voyages, plus de ski, plus de club social », dit-il, résigné.
Les proches aidants des personnes aphasiques doivent faire preuve d’une grande patience.
Il faut laisser le temps à la personne de s’exprimer, il faut éviter de la bousculer pour qu’elle puisse refaire les connexions entre la parole et les mots qu’elle cherche.
Jean-Yves, proche aidant
Ce dernier ajoute que son rôle est parfois ingrat. Il arrive que la frustration vécue par la personne aphasique qui ne parvient pas à communiquer ses idées et à réaliser des tâches autrefois banales soit redirigée vers le proche aidant.
Un répit salvateur
Malgré les épreuves, Jean-Yves garde le moral. Quel est son secret ? « En tant que proche aidant, il faut s’occuper de soi », dit-il. « Mon oxygène, c’est d’avoir repris un travail à temps partiel, à partir de la maison. » Chaque avant-midi, l’ingénieur de formation s’installe devant son ordinateur pour enseigner à distance. « Je suis là pour Chantal, mais j’ai ce répit-là pour moi », souligne-t-il.
Le couple fait aussi appel à AVC Aphasie Laurentides, qui offre des services d’accompagnement, de soutien et de répit. Cette aide ponctuelle fournit quelques heures supplémentaires à Jean-Yves pour recharger ses batteries. L’organisme offre du suivi psychosocial, de la formation, des groupes de soutien et différentes formes de répit (stimulation, vigie et de groupe). « La principale distinction entre nos services et ceux disponibles ailleurs est le fait qu’ils sont déployés selon les particularités propres à l’AVC et, par le fait même, à l’aphasie », souligne la directrice adjointe de l’organisme.
Une lueur d’espoir
Dans la dernière année, un changement dans le traitement médicamenteux de Chantal lui a permis de faire d’immenses progrès. Elle retrouve peu à peu le langage et son aplomb. « Elle cherche ses mots, elle en mélange d’autres, mais je retrouve la femme que j’ai connue », affirme son conjoint, la voix empreinte de tendresse. « Dans tout ça, elle n’a jamais perdu le goût de la vie. Et moi non plus. »
AVC Aphasie Laurentides se consacre au soutien des personnes affectées par un accident vasculaire cérébral ou l’aphasie par le biais de services d’activités de stimulation et d’accompagnement personnalisés. L’organisme communautaire soutient aussi les proches aidants grâce à un éventail de services gratuits, dont celui de répit vigie, qui permet de récupérer de précieuses heures de sommeil.
Voyez les services pour proches aidants d’AVC Aphasie LaurentidesFondée en 1982, l’Association québécoise des personnes aphasiques (AQPA) a pour mission de créer une communauté d’appartenance où les personnes aphasiques reçoivent des services qui favorisent leur intégration dans la société, et où leurs proches sont épaulés dans leur rôle de soutien. Les services pour les proches aidants font donc partie intégrante de la mission de l’AQPA, reconnaissant ainsi qu’ils ont des besoins qui leur sont propres.
Voyez comment l’AQPA vient en aide aux personnes aphasiques tout en soutenant les proches aidants.
L’Appui pour les proches aidants
Partout au Québec, l’Appui pour les proches aidants offre un service d’écoute, d’information et de références confidentiel et gratuit.
Info-aidant
Accessible tous les jours de 8 h à 20 h
Par téléphone au 1 855 852-7784 et par courriel à info-aidant@lappui.org
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