Le métier de journaliste est de rapporter les faits, mais également de mettre en lumière des histoires qui peuvent faire œuvre utile. C’est particulièrement vrai lorsqu’une injustice est dévoilée. Ce journalisme d’impact pousse parfois même nos lecteurs à agir pour changer les choses. Voici quelques attentions qui nous ont touchés.

Publié le 8 mars
LA PRESSE

Des études pour Denna

Lorsque la pandémie frappe sans avertir en mars 2020, Sanju est en visite chez sa mère, en Inde. Celui qui a immigré au Canada un an plus tôt reste alors coincé dans son pays d’origine pendant six mois, ce qui oblige sa femme à se débrouiller seule à Montréal pour subvenir aux besoins de leurs trois filles. Sa longue absence lui coûte bien malgré lui son emploi. Pour tenir le coup, la famille en vient à faire appel à l’aide alimentaire.

Cette histoire, Caroline Touzin la raconte dans La Presse le 16 novembre 2020. Dans son article, elle mentionne au passage que « le couple tente d’épargner pour les études de la plus vieille [de leurs enfants], Denna, qui rêve d’aller à l’université ». Cette courte phrase, glissée sans insistance dans un long texte témoignant d’une kyrielle de difficultés que connaissent plusieurs familles peinant à s’acquitter de leurs factures d’épicerie en raison de la COVID-19, marquera de façon étonnante un généreux lecteur qui souhaite rester anonyme. Ce dernier s’est engagé à payer la totalité des études supérieures de Denna, qui s’intéresse aux sciences, notamment à la médecine.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Sanju, sa femme et l'une des soeurs de Denna, lors de la visite de notre équipe en novembre 2020.

Avec ce reportage, La Presse a contribué à conscientiser la population québécoise à un enjeu de santé publique important – l’insécurité alimentaire – en plus d’avoir un impact insoupçonné sur la vie d’une adolescente montréalaise et sa famille. Pour nous, journalistes, une histoire comme celle-là nous motive encore plus à faire du journalisme de qualité.

Caroline Touzin, journaliste

Un répit pour un père célibataire

Connaissez-vous la rubrique Train de vie publiée dans la section Affaires? Nos journalistes y analysent avec l’aide d'experts la situation financière d’un lecteur et y formulent des conseils au bénéfice de tous. Le 26 décembre 2021, notre collaboratrice spéciale Martine Letarte s’est intéressée au portefeuille d’un père célibataire qui a du mal à joindre les deux bouts en raison d’un divorce coûteux et éprouvant. Nos lecteurs apprennent que Patrick (nom fictif) rêve d’être à même d’offrir des loisirs ou des vacances à son fils sans s’endetter lourdement.

PHOTOMONTAGE LA PRESSE

Martine reçoit alors une avalanche de courriels de gens véritablement touchés. Mais pas seulement : deux hommes bienveillants, André et Pierre, lui remettent également de l’argent en soutien à celui qui rêve de vivre de beaux moments avec son garçon. Ils lui versent 1000 $ chacun afin qu'elle transfère ces montants à Patrick, qu'ils ne connaissent pas.

Ces lecteurs généreux ont confié à La Presse que les sacrifices du père pour se sortir la tête de l’eau les ont émus. André se dit toujours touché par les gens qui travaillent fort et se serrent la ceinture sans jamais être capables de s’offrir de petits plaisirs. « Il faut avoir un minimum de fun dans la vie », pense-t-il. D’autant plus que la pandémie s’avère une période difficile pour plusieurs. « Je comprends que lorsqu’il passe du temps avec son enfant, Patrick veut pouvoir lui payer quelques gâteries. Je me suis donc dit que j’allais l’aider. Ça me fait plaisir si ça a mis un peu de soleil dans sa vie », affirme-t-il.

Le témoignage de Patrick a replongé Pierre dans un souvenir d’enfance, car sa famille a traversé des moments difficiles dans les années 80 lorsque les taux hypothécaires ont connu une montée fulgurante. « Un ami de mon père l’a alors aidé spontanément et je m’en souviens encore », raconte-t-il. Cet homme est resté un modèle pour lui et il s’en est inspiré en faisant un don : « Je trouve que mes enfants sont bien gâtés, alors je me dis que tant mieux si je peux aider des gens qui traversent des périodes plus difficiles ».

Le papa était sans mot, très ému. C'est la première fois que quelque chose du genre m'arrive en 17 ans de carrière. Bon, on ne sauve pas des vies, mais notre travail est quand même utile! En tout cas, ça en a fait un heureux.

Martine Letarte, collaboratrice spéciale

Des fleurs pour Christiane

Parfois, à l'instar de nos lecteurs, notre équipe donne au suivant. En janvier, les journalistes de la section Arts et Être ont envoyé une petite pensée à Christiane, une femme atteinte d’un cancer de stade 4. Cette dernière avait envoyé un touchant courriel à la chroniqueuse Chantal Guy, dans lequel elle confiait que notre couverture culturelle l'aidait à trouver l'énergie de défier les pronostics.

Celle qui n’avait plus que de trois à six mois à vivre selon ses médecins en était alors à son douzième, « grâce à vous qui m'avez accompagnée tout ce temps », avait écrit la soixantenaire. Dans son message, elle affirmait lire nos articles durant tous ses traitements. « Un énorme merci et lâchez pas, si vous saviez le bien que vous nous faites », indiquait-elle.

Son message nous a tellement touchés, à la section Arts et être, que nous avons fait parvenir un bouquet de fleurs à Christiane. Elle m'a fait parvenir ses remerciements les plus émus. On ne mesure pas toujours l'importance que nous avons auprès des lecteurs, et c'est Christiane qui nous le rappelle de belle façon.

Chantal Guy, chroniqueuse, section Arts et Être

PHOTO PRISE PAR NOTRE CHRISTIANE

Christiane a immortalisé son bouquet de fleurs lorsqu'elle l'a reçu tant elle était contente.