(Washington) Les États-Unis ont fait état jeudi de progrès sur le dossier de l’aéroport de Kaboul, élément-clé de l’après-retrait des forces étrangères d’Afghanistan, mais pas sur le dossier des interprètes afghans qui craignent pour leur vie, tout en prédisant une résurgence d’Al-Qaïda dans le pays.

Francesco FONTEMAGGI et Sylvie LANTEAUME Agence France-Presse

Le conseiller de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, Jake Sullivan, a affirmé à la presse que la Turquie avait pris un « engagement clair » à jouer « un rôle-clé » dans la sécurisation de l’aéroport de Kaboul après le départ des troupes américaines et étrangères.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dit à Joe Biden, lors de leur rencontre en début de semaine à Bruxelles, qu’Ankara « aurait besoin d’un certain soutien pour faire cela », et son homologue américain « a assuré que ce soutien serait fourni », a détaillé M. Sullivan à la presse.

Les États-Unis ont un « plan B » au cas où la Turquie ne pourrait pas sécuriser l’aéroport international Hamid Karzaï, principale voie de sortie pour les diplomates occidentaux et les travailleurs humanitaires, a-t-il précisé. Il est resté discret sur cette alternative, indiquant simplement qu’elle impliquerait des sociétés privées « ayant une grande expérience en Afghanistan ».

Les talibans ont toutefois prévenu samedi que les forces étrangères ne devaient garder « aucun espoir » de maintenir une présence militaire en Afghanistan, et que la sécurité des ambassades et de l’aéroport serait de la responsabilité des Afghans.

« Deux ans »

Le président Biden a décidé en avril, contre l’avis des militaires, de retirer toutes les troupes américaines d’Afghanistan d’ici le vingtième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 ayant conduit Washington à renverser le régime des talibans, qui abritaient les djihadistes d’Al-Qaïda, auteur des attaques aux États-Unis.

Mais de nombreux élus s’inquiètent de voir Al-Qaïda se reconstituer en Afghanistan dès le départ des forces étrangères.

Questionné jeudi à ce sujet par une commission du Sénat, le ministre de la Défense, Lloyd Austin, a qualifié ce risque de « modéré » vu la situation actuelle dans le pays, estimant qu’il faudrait approximativement « deux ans » au réseau djihadiste pour être en mesure de le faire.

Le chef d’état-major de l’armée américaine, le général Mark Milley, a confirmé : « Si d’autres choses se produisent, si le gouvernement s’effondre ou si l’armée afghane est dissoute, le risque augmentera, mais aujourd’hui, je dirais (que le risque) moyen est d’environ deux ans ».

Alors que le retrait des forces américaines a déjà été réalisé à plus de 50 %, les élus du Congrès s’inquiètent aussi du sort des quelque 18 000 Afghans ayant travaillé auprès des forces américaines, notamment comme interprètes, et qui espèrent décrocher un visa d’immigration vers les États-Unis, par crainte de représailles si les talibans reviennent au pouvoir à Kaboul.

L’administration Biden ne juge pas nécessaire une évacuation à l’heure actuelle et privilégie l’octroi de visas spéciaux, même si le Pentagone a fait savoir depuis plusieurs semaines qu’il faisait des préparatifs pour une évacuation en masse.

« Pas Saïgon »

Également entendu au Sénat, le général Milley a rappelé que « les préparatifs (étaient) en cours » pour une évacuation, mais a souligné que le dossier des visas était entre les mains du département des Affaires étrangères, qui les délivre. Or, ce processus peut prendre plusieurs semaines voire plusieurs mois.

« C'est le département d’État qui coopère avec les pays hôtes sur l’évacuation de leurs citoyens », a-t-il rappelé. « C’est eux qui travaillent là-dessus. Nous, au département de la Défense, […] nous les soutenons ».

Alors qu’un sénateur comparait le retrait d’Afghanistan à la chute de Saïgon, au Vietnam en 1975, le général Milley s’est voulu rassurant.

« Mon opinion professionnelle, c’est que ça ne se passera pas comme ça », a-t-il dit. « Je peux avoir tort, on ne peut pas prédire l’avenir, mais je ne vois pas Saïgon 1975 en Afghanistan. Les talibans ne sont pas l’armée nord-vietnamienne. »

Deux élus de la Chambre des représentants, un républicain et un démocrate, ont pressé mercredi l’administration d’accélérer le processus, lors d’une conférence de presse. « Nous n’avons plus beaucoup de temps », a souligné le républicain Michael Waltz, un ancien opérateur des forces spéciales qui a combattu en Afghanistan.

« Il faut qu’une poignée de main américaine ait de la valeur », a renchéri le démocrate Jason Crow, lui aussi ancien militaire. « Nous aurons d’autres conflits et d’autres adversaires », a-t-il ajouté. « Et les futurs partenaires […] sur lesquels nous compterons, ils nous observent aujourd’hui. »