Après avoir dormi dans la rue pendant une semaine, Jean-Marie Julesvert avait vaincu sa peur. Sa décision était prise : il passerait la nuit dans sa maison à deux étages de Petit-Goâve. Une maison fissurée, mais qui tenait toujours debout après le tremblement de terre.

Caroline Touzin LA PRESSE

C'était mardi soir. Le lendemain, vers 6h, il s'est réveillé au milieu d'un cauchemar. La plus forte réplique enregistrée à ce jour a secoué sa ville. «J'ai entendu la maison craquer. J'ai pris mes souliers dans mes mains et je suis sorti», raconte ce survivant, encore ébranlé. Le second étage de sa maison s'est effondré sous ses yeux, alors qu'il atteignait le trottoir.

L'épicentre de la réplique de magnitude 5,9 survenue mercredi matin est situé dans la région de Petit-Goâve, déjà durement touchée par le séisme du 12 janvier. La Presse s'y est rendue pour constater qu'il y a eu plus de peur que de mal : la réplique n'a pas fait de morts. Mais sept maisons de plus se sont effondrées, alors que le centre-ville avait déjà été quasiment soufflé.

Surtout, ses habitants sont traumatisés. Le 12 janvier, la région natale de Dany Laferrière a perdu un millier de personnes. Et au moins 20 % des familles sont sinistrées.

«Je me suis dit : ça y est, ma ville va s'effondrer complètement, cette fois», a dit le secrétaire général de la ville, Fritzgerald Dougé. Craignant le pire, il a accueilli à bras ouverts des secouristes anglais débarqués en hélicoptère quelques heures après la secousse, l'une des rares manifestations d'aide venue de l'extérieur depuis huit jours.

«L'ONU n'avait aucune nouvelle. Des rumeurs parlaient de bâtiments effondrés. On ne voulait surtout pas répéter ce qui est arrivé à Léogâne, où nous sommes arrivés six jours après le séisme», a expliqué Mike Thomas, chef de l'équipe de 15 secouristes anglais. «On a vu tellement de corps là-bas. Il n'y avait que des morts. Notre travail, c'est de sortir des gens vivants des décombres.»

Le manque de communication est flagrant entre la capitale, Port-au-Prince, et le sud-ouest du pays. Le maire de Petit-Goâve, Justal Marc Roland, est découragé. Il a passé trois jours à Port-au-Prince pour établir la liste des besoins de sa région. Il était tout juste de retour, mercredi. «On manque de tout. D'eau, de nourriture, de tentes, d'équipement lourd. Rien n'arrive jusqu'à nous», a-t-il résumé. Et il y a la crainte d'une autre réplique. «On a tous peur de ce qui peut arriver», dit cet homme exténué. Lui-même a perdu sa maison, et sa femme est blessée.

Plusieurs dizaines de personnes attendaient devant le commissariat de police, où l'équipe de secouristes anglais faisait le point avec des Casques bleus sri-lankais. Ces derniers avaient l'air dépassés par les événements. Ils sont censés assurer la sécurité de la ville, mais ils ne comprennent pas un mot de français ni de créole.

À travers les barbelés de la clôture du commissariat, des Haïtiens lançaient «grand goût!» («on a faim»). Mais l'ONU n'avait rien à distribuer. «Les gens ont reçu un peu de nourriture de Médecins du monde et de USAID il y a quelques jours. C'est loin d'être suffisant», déplore un policier français posté à Petit-Goâve pour l'ONU. Il ne comprend pas pourquoi la ville est aussi négligée.

Peut-être qu'avec cette puissante réplique, Petit-Goâve recevra davantage d'aide, espère la population. Les secouristes anglais, eux, étaient déjà rentrés à Port-au-Prince en fin de soirée. Petit-Goâve n'a eu droit qu'à une visite de quelques heures.