(Mexico) Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador se rend mercredi à Washington  pour y rencontrer son homologue Donald Trump au plus fort de la pandémie dans leurs pays respectifs.  

Jean ARCE
Agence France-Presse

Pour son premier voyage à l’étranger en 18 mois de pouvoir, Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) va devoir ravaler quelques couleuvres face à celui qui durant sa campagne avait qualifié les Mexicains de « violeurs » et « criminels », avant d’entamer la construction sur plus de 3000 km d’un mur frontalier anti-migrants.

Le chef de l’État mexicain a déjà indiqué que l’objectif de ce rendez-vous sera de marquer l’entrée en vigueur du nouveau traité libre-échange nord-américain et remercier Trump d’avoir facilité la vente de matériel sanitaire pour lutter contre la COVID-19.

« Il n’est pas surprenant qu’AMLO effectue sa première visite hors du Mexique à la Maison-Blanche. Sa politique envers les États-Unis sous Trump a été […] d’éviter tout conflit » et il y est parvenu, explique à l’AFP Michael Shifter, directeur du centre d’analyse du Dialogue interaméricain.

Au-delà de l’accord commercial qui englobe également le Canada, la visite de Lopez Obrador se tient à l’ombre de la campagne présidentielle américaine, à quatre mois de l’échéance électorale. Le premier ministre canadien Justin Trudeau a fait savoir qu’il ne se rendra pas à Washington pour l’occasion.

Des élus démocrates ont d’ailleurs appelé Trump à annuler la visite d’AMLO qui donne une coloration électoraliste à la relation bilatérale avec le Mexique.

« Je ne vais pas faire de la politique partisane, c’est une réunion de travail », a prévenu AMLO.

Aux États-Unis, on dénombre 12 millions de personnes nées au Mexique et 26 millions de personnes de deuxième ou troisième génération.

« C’est une visite inutile, qui comporte de nombreux risques et aucun avantage pour le Mexique », estime pour sa part l’ancien ministre mexicain des Affaires étrangères Jorge Castaneda, dans un entretien à l’AFP.

Castaneda estime qu’AMLO n’abordera pas la question sensible des expulsions croissantes de Mexicains vivant aux États-Unis depuis des années ou l’annulation des visas de travail sous prétexte de pandémie.

Selon l’ancien ministre, en plus du trafic de drogue et d’armes, d’autres questions pourraient être à l’ordre du jour, comme les dommages socio-économiques qu’entrainent les restrictions au transit de personnes à cause de la COVID-19 pour les communautés frontalières mexicaines.

Pour le politologue Hernán Gómez, « la relation avec les États-Unis est très complexe […] Je pense qu’il y a une très forte pression des États-Unis, de Donald Trump, pour que les choses se fassent à leurs conditions. C’est une relation très asymétrique ».

Les États-Unis enregistrent depuis plus d’une semaine des nombres d’infections record à la COVID-19. Le Mexique limitrophe est aussi l’un des pays les plus touchés par la recrudescence de la pandémie.