(Mexico) A Mexico, les femmes ont déserté lundi les rues, les transports en commun et les bureaux afin de protester contre les féminicides qui ensanglantent le pays.

Natalia CANO
Agence France-Presse

C’est la première fois qu’une telle action est menée au Mexique où, selon des chiffres officiels, au moins 1006 femmes ont été victimes en 2019 d’une violence qui ne faiblit pas.

En février, le meurtre d’une fillette de 7 ans qui avait subi des violences sexuelles, ainsi que celui d’une jeune femme de 25 ans tuée sauvagement par son partenaire, avaient déclenché l’indignation des groupes féministes.

Dans la capitale, le spectacle est pour le moins inhabituel : très peu de femmes au volant ou marchant sur les larges avenues, pas de serveuses dans les cafés et les restaurants, pas d’enseignantes dans des écoles qui sont pour beaucoup restées fermées.

« Parents, le personnel féminin se joint à cette grève nationale des femmes », pouvait-on lire sur une pancarte accrochée à l’extérieur d’un de ces établissements.

Les infirmières en revanche étaient à leur poste lundi dans les hôpitaux, contrairement aux vendeuses de tacos, qui n’ont pas ouvert leurs kiosques, surtout dans le métro où les employées du nettoyage étaient aussi absentes.

« Dans certaines stations de métro, ce sont des hommes qui travaillent et remplacent des employées », explique à l’AFP Jesus Aguilar, chef de la station de métro Zocalo.

Sur l’avenue Eje Central, au centre-ville, la plupart des commerces qui sont tenus par des femmes sont restés fermés.

« Conservatisme déguisé en féminisme » –

« Voilà à quoi ressemblerait une société sans femmes », a constaté Jorge Luna, 21 ans, employé d’une chaîne de cafés où seuls des hommes étaient présents.

Ailleurs, les femmes qui avaient choisi de travailler arboraient un ruban ou un vêtement violet, en solidarité avec la lutte des femmes contre la violence.

Les quotidiens les plus importants du pays affichaient des Unes violettes. Les espaces dédiés aux chroniqueuses étaient vides ou remplis de la phrase « Un jour sans elles ».

Les informations radiophoniques et télévisées du matin n’ont été présentées que par des hommes.

Les employées de banque n’étaient pas en reste. Un tiers des succursales de Banamex ont ouvert, alors que seulement 40 % des succursales de BBVA étaient en activité, rapporte le quotidien El Universal.

Lorsque cette « journée sans femmes » a été annoncée, les entreprises et les agences gouvernementales se sont empressées de faire savoir que les employées seraient payées normalement.

« Notre système est tellement patriarcal que lorsque les femmes décident de s’arrêter, les hommes se sentent obligés de nous donner leur permission », a indiqué Yindira Sandoval, fondatrice d’une association féministe à Mexico.

Dimanche, une grande marche de femmes avait réuni 80 000 personnes à Mexico, tandis que des dizaines de milliers d’autres se réunissaient dans plusieurs villes du pays.

Ces actions ont clairement déplu au président Andres Manuel Lopez Obrador qui a parlé lundi matin lors de sa conférence de presse quotidienne de « conservatisme déguisé en féminisme » en accusant ses opposants politiques de tenter de le déstabiliser en utilisant les organisations féministes.  

Outre la fin de la violence, ces dernières militent aussi en faveur d’une diminution des disparités salariales, une meilleure parité dans le milieu professionnel et la fin du harcèlement sur les lieux de travail.