(Salvador) Des images impressionnantes d'incendies de forêt, apparemment en Amazonie, ont déclenché une tempête virale sur les réseaux sociaux, aggravée par les insinuations du président brésilien Jair Bolsonaro selon lesquelles des ONG auraient provoqué les incendies.

Johannes MYBURGH
Agence France-Presse

Le président d’extrême droite s’en est pris aux ONG au lendemain de la publication de statistiques faisant état d’une progression alarmante des incendies de forêt au Brésil, tout particulièrement en Amazonie.  

Lundi, Sao Paulo, première métropole du pays, était recouverte en plein après-midi d’un nuage noir apparemment dû à des incendies de forêt à des milliers de kilomètres de là.

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Jair Bolsonaro a insinué que des ONG pourraient avoir provoqué les incendies.

Sur Twitter, le mot-clic #PrayforAmazonas était la première tendance mondiale. De nombreux internautes s’indignaient en postant des photos et vidéos montrant des pans entiers de forêt dévorés par des rideaux de flammes.  

«Seize jours que la forêt amazonienne brûle et personne n’est au courant», déplorait un internaute. «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs», s’indignait un autre.  

Mais certaines des images abondamment partagées étaient anciennes, montrant par exemple des feux en Amazonie remontant à 1989, ou concernant d’autres États brésiliens, ou même pays, tels l’Inde ou les États-Unis.

Il n’était pas possible d’évaluer mercredi l’ampleur des superficies affectées par des incendies de forêt en Amazonie.

«C’est la guerre»

Le mot-clic était également en haut du classement sur le réseau social au Brésil, suivi de #ONGs, suite aux déclarations de Jair Bolsonaro.

Le président a insinué que des organisations non gouvernementales pourraient avoir provoqué les incendies afin d’«attirer l’attention» sur la suspension par Brasilia des subventions à la préservation du «poumon de la planète».

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Jair Bolsonaro

«Il pourrait s’agir, oui, il pourrait, mais je ne l’affirme pas, d’actions criminelles de ces “ONGéistes” pour attirer l’attention contre ma personne, contre le gouvernement brésilien. C’est la guerre à laquelle nous sommes confrontés», a lancé le chef de l’État devant des journalistes à Brasilia.

Les incendies de forêt ont augmenté de 83% depuis le début de cette année au Brésil par rapport à l’ensemble de 2018, a annoncé mardi l’INPE, un institut officiel. La hausse a été particulièrement alarmante dans les États occupés en totalité ou partiellement par la forêt amazonienne, comme celui du Mato Grosso, avec 13 682 départs de feu (+87 %).

Jair Bolsonaro n’a apporté aucun élément pouvant étayer sa grave mise en cause des ONG, mais a expliqué que celles-ci «ressentent un manque d’argent».

«On a retiré l’argent aux ONG. Elles recevaient 40% des subventions venant de l’étranger. Elles ne les ont plus. On a aussi mis fin aux subventions publiques» aux ONG, a-t-il expliqué.

«Même vous ne pourriez aller filmer dans tous les lieux où cela brûle, et envoyer (vos vidéos) à l’étranger», a-t-il dit aux journalistes. «Parce que tout indique qu’ils sont allés là-bas pour filmer des incendies. C’est ce que je ressens».

Avalanche de critiques

«Historiquement (en Amazonie) les feux sont directement liés à la déforestation puisque c’est une des techniques pour défricher», a expliqué le Fonds mondial pour la nature dans un communiqué, au sujet des brûlis pour transformer des aires forestières en zones de culture et d’élevage ou pour nettoyer des zones déjà déforestées.

Selon l’INPE, la déforestation en juillet y a été quasiment quatre fois supérieure au même mois de 2018.

AFP

Cette image captée mercredi par la NASA semble montrer plusieurs feux en Amazonie.

Jair Bolsonaro est la cible d’une avalanche de critiques de scientifiques, d’ONG de préservation de l’Amazonie et des populations indigènes pour son soutien au développement de l’agriculture et de l’exploitation minière, notamment dans des zones protégées.

Les deux contributeurs principaux du Fonds Amazonie, la Norvège et l’Allemagne, ont récemment suspendu leurs subventions à ce fonds qui permet de financer la préservation de la forêt, en raison des positions du président brésilien.

M. Bolsonaro a fait ces commentaires polémiques au moment où se tient à Salvador de Bahia la semaine du climat avec 3000 délégués de 26 pays, une réunion régionale sur le changement climatique coordonnée par l’ONU.

«Le nuage qui a recouvert Sao Paulo est un phénomène déjà constaté en 2010 et 2017», a déclaré le ministre de l’Environnement, Ricardo Salles, présent à Salvador.

«Toutes les stratégies pour lutter contre la déforestation continuent d’être en place», mais elles sont «hélas entravées par la crise économique et les coupes budgétaires», a-t-il concédé.