L'Alliance de l'opposition nicaraguayenne a lancé jeudi un appel à la grève générale du secteur privé pendant 24 heures vendredi pour demander la libération de centaines de «prisonniers politiques» et la reprise du dialogue avec le gouvernement du président Daniel Ortega.

Publié le 6 sept. 2018
AGENCE FRANCE-PRESSE

L'Alliance civique pour la justice et la démocratie, qui regroupe, étudiants, entreprises, organisations de la société civile et des syndicats, appelle dans un communiqué à «une grève nationale à partir de 0 h vendredi 7 septembre», alors que la crise politique actuelle a fait plus de 320 morts depuis avril.

Elle exclut de son appel à la grève, le troisième depuis le début de la crise, les «activités en relation avec des nécessités vitales ainsi que les services de base pour la population». Les services publics, dépendant du gouvernement, ne participent jamais à ces mouvements.

«Le Nicaragua a besoin de trouver d'urgence une sortie pacifique grâce au dialogue. Nous avons besoin de vivre en sécurité, sans arrestations, sans prisonniers politiques, sans persécution et sans stigmatisation de ceux qui pensent différemment», souligne l'organisation d'opposition.

Au moins 300 personnes sont poursuivies par la justice pour leur participation aux manifestations contre le gouvernement, dont 85 sont accusées de «terrorisme», selon le Haut commissariat pour les droits de l'homme de l'ONU.

Parmi les personnes poursuivies figurent notamment deux membres de l'Alliance de l'opposition : le leader paysan Medardo Mairena, et le dirigeant étudiant Edwin Carcache, arrêté mercredi lors d'une rafle policière.

Edwin Carache et quatre autres jeunes récemment arrêtés ont été présentés jeudi à la presse officielle par la police qui les a qualifiés de membres d'un «groupe de délinquants» ayant commis des «actes de terrorisme» durant les manifestations. Selon la police, le leader étudiant a été trouvé au moment de son arrestation en possession de deux fusils de chasse et d'un mortier artisanal.

«Le dialogue est l'unique voie» pour sortir de la crise qui secoue le pays, assure l'Alliance.

Le dialogue sous les auspices de l'Église catholique entre le pouvoir et l'opposition est à l'arrêt depuis juin en raison de la répression des manifestations et du refus du gouvernement de discuter de la démocratisation du régime.

Outre les pertes humaines et la paralysie du secteur touristique, vital pour l'économie du deuxième pays le plus pauvre du continent américain après Haïti, la crise a provoqué la fuite de plus d'un milliard de dollars de dollars des dépôts bancaires au Nicaragua, selon l'agence de notation financière Fitch.

La crise a commencé le 18 avril par des manifestations contre un projet de réforme de la Sécurité sociale aujourd'hui abandonné, qui se sont poursuivies pour demander le départ du couple présidentiel.

Daniel Ortega, 72 ans, est accusé par ses opposants d'avoir mis en place une dictature marquée par la corruption et le népotisme. M. Ortega rétorque que son pouvoir est issu des urnes et accuse les États-Unis d'avoir fomenté la révolte.