Aux abords de la discothèque, malgré la distance qui sépare le bâtiment du périmètre de sécurité, une odeur de suie et de matériel carbonisé enveloppe le quartier.

Mis à jour le 29 janv. 2013
Serge Boire, collaboration spéciale LA PRESSE

Tout autour, une foule stoïque et silencieuse fixe le bâtiment avec incrédulité. Ceux qui osent ouvrir la bouche chuchotent entre eux, comme si l'endroit était un salon funéraire à ciel ouvert.

De façon presque programmée, des jeunes en larmes viennent porter des gerbes de fleurs aux policiers.

L'une d'entre elles, à peine âgée de 18 ans, éclate en sanglots en regardant un policier déposer solennellement sa gerbe de fleurs sur un des murs défoncés du tristement célèbre Kiss Club.

Deux de ses meilleures amies sont mortes asphyxiées à l'intérieur, pendant qu'elles tentaient de sortir de la discothèque en flammes.

Un petit bout de femme dans la soixantaine, les yeux rougis, se retourne et brise le lourd silence en apercevant le logo de La Presse. «La presse internationale! Dieu merci! s'exclame-t-elle. J'espère que vous allez dire au monde entier comment le Brésil est une honte, comment on tue notre jeunesse par notre insouciance!»

Trois arrestations

La foule semble avoir reçu un électrochoc qui a déclenché une discussion animée. «Et, comme d'habitude, je suppose qu'on va accuser les jeunes qui ont mis le feu, lance un homme âgé, mais qu'on n'ira pas au fond des choses pour empêcher que ça ne se reproduise.»

Dans les heures précédentes, la police venait justement d'annoncer qu'elle avait arrêté deux des membres du groupe de musique, dont celui qui a allumé le feu de Bengale à l'origine de l'incendie, ainsi qu'un des propriétaires de l'établissement.

Ils demeureront en détention préventive jusqu'à ce que l'enquête soit terminée.

Règlements bafoués

Selon le réseau de télévision Globo, un peu plus de 2000 personnes étaient à l'intérieur de la discothèque au moment du drame. C'est plus du double de la limite autorisée par le permis d'exploitation, qui était d'ailleurs expiré depuis le mois d'août.

Le bâtiment n'avait aucune sortie de secours, ni même de système de gicleurs.

La seule issue était l'entrée principale, qui était obstruée par des barrières de sécurité. Les jeunes, paniqués, se sont bousculés et piétinés dans un ultime effort pour sauver leur vie. Le maire de Santa Maria, Cesar Schirmer, a rejeté les accusations de négligence adressées aux autorités responsables des inspections et des permis.

Sur les ondes du réseau Record, il a affirmé que son administration a toujours été «rigoureuse» à cet égard. «Notre service de prévention des incendies a toujours effectué une surveillance stricte des endroits où l'on tient des spectacles et pris des mesures concernant la sécurité dans ces endroits.»

À Brasilia, la présidente Dilma Rousseff, après avoir observé une minute de silence à la mémoire des 231 victimes, a déclaré «que tous les élus ont une responsabilité envers la population». «Nous devons assumer cette responsabilité et nous assurer que plus jamais cela ne se reproduise.»

Deuil national de trois jours

Un peu plus tôt en journée, la présidente a décrété un deuil national de trois jours.

En soirée, environ 30 000 personnes vêtues de chandails blancs sont descendues dans la rue scandant à l'unisson «Justice! justice! justice! «

La foule a fait un arrêt près de la discothèque, plusieurs arborant des pancartes et des photos de proches décédés.

Une trentaine de ballons blancs ont été lancés dans un ciel éclairé par la pleine lune. Une jeune femme, en pleurs, arborait une affiche sur laquelle on pouvait y lire : «Rêves interrompus, nostalgie éternelle».

À l'aube, déjà, une cinquantaine de familles ont à tour de rôle récupéré les corps de leur proche au centre sportif, transformé en morgue improvisée, pour les porter en terre dans de brèves cérémonies très émotives.

Ces funérailles à la chaîne se poursuivront aujourd'hui et au cours des prochains jours. La municipalité de Santa Maria a d'ailleurs annoncé qu'elle assumerait le coût des funérailles pour les familles qui sont dans le besoin.