Les Haïtiens ont globalement voté dans le calme dimanche pour élire leur nouveau président, surprenant la communauté internationale habituée aux violences électorales dans le pays mais qui reste vigilante avant l'annonce des résultats préliminaires.

Publié le 21 mars 2011
Clarens Renois et Guillaume Decamme AGENCE FRANCE-PRESSE

Echaudées par les violentes manifestations après le premier tour du scrutin en novembre dernier, les autorités --du président René Préval au Conseil électoral provisoire (CEP)-- ont retenu leur souffle jusqu'à la fermeture des bureaux de vote dimanche soir.

Mais, dans un pays où politique et violence vont souvent de pair, le président du CEP, Gaillot Dorsinvil, a pu sans trembler annoncer dans la soirée, que la «démocratie a triomphé», malgré le décès d'au moins deux personnes dans des incidents liés au vote.

Lundi, Colin Granderson, chef de la mission d'observateurs de l'Organisation des États américains (OEA) et des pays du Marché commun de la Caraïbe (Caricom), a annoncé une participation électorale «légèrement supérieure à celle observée lors du premier tour».

De leur côté, les États-Unis ont qualifié le scrutin de «pacifique et conduit sans fraude massive» et la France a parlé d'un deuxième tour «satisfaisant».

«Cela n'était pas gagné d'avance. Certains éléments pouvaient perturber le bon déroulement des élections», a réagi l'ambassadeur de France en Haïti, Didier Le Bret.

Les craintes s'articulaient autour de deux facteurs: l'intervention dans le jeu politique des anciens présidents de retour d'exil, Jean Bertrand Aristide et Jean-Claude Duvalier, et les fraudes.

Mais MM. Aristide et Duvalier ont brillé par leur absence dimanche. Et, singulièrement, aucun des deux adversaires, Michel Martelly et Mirlande Manigat, ne s'est aventuré à accuser l'autre camp d'avoir usurpé les élections.

De fait, le camp de M. Martelly aurait été bien mal avisé de crier au loup. L'ancien chanteur, selon Robert Fatton, politologue à l'Université de Virginie, aux États-Unis, pourrait avoir bénéficié d'un «raz-de-marée» dans les urnes, notamment à Cité Soleil, le plus grand bidonville d'Haïti où la violence est omni-présente.

Et si la journée a été globalement calme, c'est aussi parce que le futur «président n'est pas un candidat du pouvoir», souligne l'influent président des chambres de commerce d'Haïti, Réginald Boulos. «C'est une vraie alternance et c'est comme cela qu'on construit une démocratie (...) C'est un tournant pour Haïti».

Pour preuve: la vague d'euphorie qui a porté Michel Martelly dimanche matin lorsqu'il est allé glisser son bulletin dans l'urne dans la banlieue de Port-au-Prince.

Mais, prévient Laenec Hurbon, sociologue au CNRS, si M. Martelly a connu un tel succès, c'est parce qu'il s'est posé en candidat de la rupture.

«C'est un vote anti-Préval, contre la continuité. Les gens en avaient marre d'un gouvernement sans énergie, ni projet», a expliqué M. Hurbon, lors d'un entretien avec l'AFP.

Haïti devra encore attendre jusqu'au 31 mars au plus tard pour connaître les résultats provisoires.

Le CEP a demandé aux médias de s'abstenir de publier des résultats partiels, sources d'éventuelles violences.

La mission de l'ONU en Haïti (Minustah) a exhorté dans un communiqué «tous les candidats et leurs partisans à la patience et à la retenue, donnant ainsi un exemple de démocratie, car c'est l'avenir du pays qui est en jeu».

Reste à voir aussi si Jean Bertrand Aristide et Jean-Claude Duvalier continueront à garder le silence.