Le chef du Parlement cubain, Ricardo Alarcon, a affirmé mardi lors d'un entretien avec l'AFP que Cuba était prêt à libérer de nouveaux prisonniers politiques en plus des 52 dont la libération a été annoncée.

José Luis Fraga AGENCE FRANCE-PRESSE

À l'issue d'une rencontre tenue début juillet entre le président cubain Raul Castro et le cardinal Jaime Ortega, l'Église catholique de Cuba avait annoncé la libération,  dans un délai maximal de quatre mois, des 52 opposants toujours derrière les barreaux suite à la vague d'arrestations de mars 2003.

Mais d'autres détenus politiques encore emprisonnés pourraient également être libérés et avoir même la possibilité de rester à Cuba s'ils le souhaitent, a expliqué M. Alarcon, lors de la troisième conférence mondiale des présidents de Parlements organisée par l'Union interparlementaire à Genève.

«Il est ressorti très clairement des discussions (avec le cardinal) que la volonté du gouvernement est de libérer toutes les personnes» à condition qu'elles ne soient pas accusées de meurtre, a souligné le chef du Parlement cubain.

Pour l'instant, onze anciens détenus politiques, accompagnés de leurs familles, sont arrivés la semaine dernière à Madrid.

Ceux qui ont accepté de s'exiler en Espagne ont été les premiers à être libérés.

Interrogé sur la destination des autres détenus qui pourraient être libérés, M. Alarcon a signalé qu'ils pourraient rester à Cuba s'ils le souhaitent.

«L'accord dit qu'ils pourront se rendre à l'étranger (...), mais à Cuba il y a des personnes qui ont été libérées de prison il y a plusieurs années et qui sont rentrées vivre chez elles. Comme dans le cas actuel», a expliqué le haut responsable politique cubain.

Huit anciens détenus accompagnés de 36 membres de leurs familles, devaient partir lundi de La Havane, mais le manque de places sur les vols réguliers a retardé leur départ, selon le ministère espagnol des Affaires étrangères.

Selon des chiffres de la dissidence cubaine, il devrait rester 115 prisonniers politiques à Cuba, après les 52 libérations annoncées.

À ce propos, M. Alarcon a souligné qu'il fallait relativiser le nombre total de prisonniers politiques, estimant que parmi ces derniers certains «ont été capturés à Cuba alors qu'ils avaient posé des bombes».

«Si ces soit disant dissidents avaient fait en Suisse ce qu'ils ont fait à Cuba, ils auraient été emprisonnés pour bien plus longtemps», a-t-il ironisé.

«Travailler pour un autre gouvernement pour faire tomber le gouvernement suisse, français ou américain, pourrait valoir la peine de mort», a asséné M. Alarcon.

Le processus global de libérations est le plus important depuis que Raul Castro a pris la relève de son frère Fidel, il y a quatre ans.

Les dernières libérations massives remontaient à 1998 quand Fidel Castro avait amnistié une centaine de prisonniers politiques peu après la visite du pape Jean Paul II.

S'appuyant sur le processus de libération graduelle engagé par La Havane, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, a demandé à l'UE de modifier sa «position commune», adoptée en 1996 et liant le dialogue avec Cuba à une amélioration des droits de l'homme sur l'île communiste, pour la remplacer par un accord de coopération avec l'île.

Plusieurs pays européens, dont la France et l'Allemagne, demeurent opposés à une telle modification. Tout comme dix des onze anciens prisonniers politiques cubains, arrivés la semaine dernière en Espagne.