Une nouvelle brèche dans le mur du régime castriste s'est ouverte cette semaine, et c'est l'Église catholique qui a tenu la pioche: un prisonnier politique a été libéré samedi et six autres ont été transférés dans des établissements de leur province de résidence.

Judith Lachapelle LA PRESSE

De passage à Cuba à l'occasion de la Semaine sociale catholique, celui qui est désigné comme le «chef de la diplomatie» du Vatican, Mgr Dominique Mamberti, s'est félicité mercredi des premiers «résultats» du dialogue entamé le mois dernier entre l'Église locale et le gouvernement cubain.

 

Jamais Mgr Mamberti n'a parlé de «prisonnier», tout comme son homologue Bruno Rodriguez, chef de la diplomatie cubaine. Tout au plus a-t-il parlé de résultats «visibles» au sujet de la libération samedi dernier d'Ariel Sigler et du transfert de six nouveaux prisonniers.

L'Église catholique a établi un dialogue avec Cuba, ce que personne d'autre, surtout pas les États-Unis, n'a réussi à faire, note le professeur à la retraite Claude Morin, de l'Université de Montréal. L'Europe tente aussi de rétablir des ponts. L'Espagne, qui assure la présidence semestrielle de l'UE jusqu'à fin juin, a estimé qu'un «processus positif et encourageant s'était engagé».

Sans hostilité

Les relations entre Cuba et l'Église ont toujours été assez bonnes, dit M. Morin, même après la révolution dans les années 1960 où Fidel Castro avait retiré aux religieux l'administration des écoles. «Cuba n'a jamais suivi l'URSS sur ce point: quand le communisme est devenu l'idéologie de référence à Cuba, l'athéisme n'en a jamais fait partie. Ce sont des individus de l'Église qui ont été attaqués, parce que certains avaient tenté de mobiliser leurs fidèles contre l'État cubain.»

«La pratique religieuse à Cuba, à la différence de d'autres pays d'Amérique latine, était déjà réduite, poursuit M. Morin. On parle de 5% des Cubains, dans les années 60, qui allaient régulièrement à l'église.»

Les fruits de ce dialogue ont été récoltés notamment à cause d'un climat sans hostilité où l'Église n'est pas intervenue pour faire la leçon au gouvernement cubain, estime M. Morin. «Il y a un terrain d'entente qui peut être trouvé avec l'Église qui ne peut être possible avec les États-Unis.»

D'égal à égal

Malgré les signes d'ouverture, Claude Morin ne pense pas qu'il faille s'attendre à plus de la part des Américains. «Les États-Unis ne feront aucun pas décisif sans qu'il y ait un pas déterminant de la part de Cuba. C'est une question de politique et de fierté. Les États-Unis ne veulent pas admettre que leur politique de l'embargo, déclenché dans les années 60 pour faire tomber le gouvernement, n'a pas marché. Ils ne veulent pas faire un pas sans que Cuba en fasse un, en s'ouvrant au multipartisme et à l'économie de marché. Et sur ce point, Cuba ne cédera pas.»

Les Cubains, eux, croient «qu'il faut améliorer ce qui ne marche pas dans leur système plutôt que tout balayer», dit M. Morin. «On veut éviter l'implosion comme en URSS et dans certains pays d'Europe de l'Est.»