L'homme d'affaires Sebastian Pinera, vainqueur dimanche de la présidentielle au Chili après un premier échec en 2005, a réussi à ancrer l'image d'une droite modérée, affranchie du legs de la dictature (1973-90) et de nouveau fréquentable après 20 ans d'absence du pouvoir.

Moisés Alvila Roldan AGENCE FRANCE-PRESSE

Cet entrepreneur multimillionnaire de 60 ans, qui possède l'une des plus grosses fortunes du Chili -évaluée à 1,2 milliard de dollars par le magazine Forbes-, est aussi parvenu à convaincre que son succès en affaires pouvait être un atout et non un risque pour le chef de l'État.

Le tournant est survenu à la présidentielle de 2005, quand ce sénateur créa la surprise au premier tour en devançant l'ultra-conservateur Joaquim Lavin, annonçant la prise de pouvoir au sein de la droite chilienne d'une frange plus «progressiste et pluraliste».

Vaincu par le charisme de Michelle Bachelet en 2005, Pinera prit date. Et celui que ses proches décrivent comme un bourreau de travail, travailla d'abord sur lui. Ironiquement, comme son rival de centre-gauche Eduardo Frei, il a dû combattre une image d'efficacité assez froide et distante.

«J'ai du mal à exprimer mes sentiments, mais la campagne m'a rendu plus proche» des gens, admettait-il.

D'où un sourire éclatant, voire un rien figé, des bains de foule fréquents, et des images le montrant en père attentionné, en grand-père joueur ou encore dansant au milieu de jeunes.

Économiste de formation passé par Harvard (il y était au moment du coup d'État militaire de 1973), Pinera a fait fortune dans les années 80 dans la monétique, introduisant les cartes bancaires au Chili.

Ses affaires ont depuis prospéré: actionnaire de la compagnie aérienne LAN, il est aussi propriétaire de la télévision privée Chilevision. Il est présent dans l'immobilier, la pharmacie, les mines, la distribution et même le football -il possède le club Colo-Colo, champion en 2009.

D'où le surnom de «Berlusconi chilien» dont l'ont affublé certains de ses adversaires. Mais il a su résister aux accusations, parfois caricaturales, d'un mélange des pouvoirs économique et politique.

Condamné en 2007 par l'autorité des marchés pour un présumé délit d'initiés lors de l'achat d'actions de LAN, il a choisi de payer l'amende -pourtant controversée- sans faire appel. En 2009, il a délégué l'administration de sa fortune à un «fonds aveugle» de gestion et a promis de se défaire des actions LAN s'il était élu.

Pinera a aussi revendiqué son savoir-faire entrepreneurial, son goût du travail et sa connaissance des hommes. Il a promis de créer «un million de nouveaux emplois» en aidant les entreprises, mais sans toucher à l'héritage social de Bachelet. Et d'intensifier la lutte contre la délinquance.

Sportif, énergique, élégant, «transpirant» de succès et d'optimisme, Pinera s'est surtout évertué à incarner une droite affranchie du legs de la dictature et des lobbies conservateurs.

Une droite «chrétienne et humaniste», comme il se définit, qui choque en promettant une reconnaissance civile des couples homosexuels -pas le mariage-, et en envisageant la présence de gays au gouvernement ou dans l'armée.

Une droite décomplexée, qui comme lui rappelle qu'elle vota «Non» au référendum de 1988 sur le maintien au pouvoir de Pinochet. Et juge qu'avoir travaillé avec la dictature n'est pas en soi «un crime».

Certains des conseillers économiques du régime militaire pourraient d'ailleurs faire partie de son gouvernement.