Les régimes autoritaires font peu de cas du respect de la liberté de la presse et tentent activement, en temps normal, de contrôler l’information à laquelle peut accéder leur population. Reporters sans frontières (RSF) note que la pandémie de COVID-19 met en lumière ces pratiques et agit même, à plusieurs endroits, comme un « facteur multiplicateur », des dirigeants utilisant cyniquement le contexte de crise pour accentuer leur mainmise. Voici quelques exemples de cas problématiques mis en relief dans le rapport annuel de l’organisation paru cette semaine.

MARC THIBODEAU MARC THIBODEAU
La Presse

Chine

PHOTO ANDY WONG, LA PRESSE CANADIENNE

RSF note que le régime du président Xi Jinping contrôle étroitement depuis longtemps les médias du pays et que ce manque de transparence a favorisé la pandémie en retardant la diffusion d’informations importantes suivant l’apparition du nouveau coronavirus à Wuhan. Plusieurs médecins ayant tenté de sonner l’alarme ont été arrêtés et ces pressions ont continué par la suite, forçant notamment en mars le retrait en kiosque d’un magazine dans lequel un médecin dénonçait la censure. Au moins une demi-douzaine de journalistes et de commentateurs politiques ont été appréhendés alors que les médias officiels étaient avisés de parler de « l’héroïsme » du personnel de la santé plutôt que des difficultés rencontrées dans le cadre de la crise et des ratés gouvernementaux. Une ONG chinoise citée par RSF relève que des centaines d’internautes ont été interpellés pour avoir diffusé des informations jugées sensibles sur les réseaux sociaux relativement au coronavirus.

Corée du Nord

PHOTO JUNG YEON-JE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le régime du dictateur nord-coréen Kim Jong-un est depuis longtemps considéré comme l’un des pires « prédateurs » de la liberté de la presse et figure à ce titre tout à la fin du classement produit par RSF. L’État asiatique, note l’organisation, conserve un contrôle pratiquement absolu sur l’information circulant à l’intérieur de ses frontières et ne s’est pas gêné pour mettre cette mainmise à profit dans le cadre de la pandémie. Bien que le pays ait demandé l’aide de la communauté internationale pour faire face à la crise, la population nord-coréenne se fait dire qu’il n’y a aucun cas de contamination recensé sur son territoire. Les rares correspondants étrangers qui sont autorisés à travailler dans le pays sont sous étroite surveillance et ne peuvent enquêter sur la situation.

Philippines

PHOTO AARON FAVILA, ASSOCIATED PRESS

Le président philippin, Rodrigo Duterte, a montré, par la campagne sanglante lancée contre les trafiquants de drogue à son arrivée au pouvoir, qu’il est un adepte de la manière forte. Bien qu’il fasse preuve d’une retenue relative dans ses rapports avec les journalistes, le chef d’État n’hésite pas à menacer de mort les « fils de pute » qui critiquent ses façons de faire. RSF relève que le régime a fait adopter une loi pour gérer la crise sanitaire qui lui confère une grande latitude pour engager des poursuites contre les médias diffusant des informations irritantes. L’organisation note que deux journalistes risquent actuellement deux mois de prison pour avoir diffusé de « fausses informations ». Un autre a dû présenter des excuses publiques au début du mois pour avoir critiqué le travail du gouvernement dans le cadre de la pandémie.

Égypte

PHOTO AMR NABIL, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le régime du président Abdel Fattah al-Sissi multiplie les efforts pour empêcher les critiques et peut compter à ce titre, selon RSF, sur des organisations réglementaires « redoutables » en vue de museler les journalistes. Le Conseil suprême de régulation des médias a notamment bloqué des centaines de sites depuis 2012 et a poursuivi dans la même voie dans le cadre de la pandémie, faisant fermer, sous prétexte de lutter contre les fausses informations, une douzaine de sites additionnels. Des informations contredisant le bilan gouvernemental ou remettant en question la capacité du système de santé à faire face à la crise sont souvent les déclencheurs de ces interventions. Une journaliste du quotidien britannique The Guardian qui a relayé une étude suggérant un nombre de cas de contamination nettement supérieur au chiffre officiel de l’État a été expulsée du pays après s’être vu accuser de vouloir troubler l’ordre public.

Brésil

PHOTO ADRIANO MACHADO, ARCHIVES REUTERS

Le président brésilien, Jair Bolsonaro, qui n’hésite pas à vanter les mérites de la dictature ayant longtemps eu cours dans le pays, n’apprécie pas les médias et le fait régulièrement savoir. Depuis son arrivée au pouvoir il y a 18 mois, il insulte régulièrement les journalistes et leurs employeurs, entretenant, selon RSF, un « climat de haine » à leur encontre. Le dirigeant brésilien a accentué ses attaques en lien avec la pandémie, dont il minimise l’importance, en relevant que la population se rendra rapidement compte « qu’elle a été trompée par les médias », accusés d’encourager « l’hystérie ». Certaines de ses interventions contre les mesures de distanciation sociale ont été jugées si outrancières qu’elles lui ont valu d’être censuré par Twitter, qui rechigne en général à bloquer les messages de chefs d’État.

Biélorussie

PHOTO ANDREY POKUMEIKO, ARCHIVES REUTERS

Le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, n'a pas hésité à jouer au hockey en pleine crise de la COVID-19, le 4 avril.

Le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, qui dirige le pays d’une main de fer, ne tolère pas les critiques et s’efforce en conséquence depuis longtemps de faire taire les médias indépendants. Lui aussi soutient que les risques posés par le nouveau coronavirus sont exagérés et a décidé que le pays devait par conséquent continuer à fonctionner presque normalement. Commerces et écoles sont ouverts et les ligues sportives professionnelles continuent alors que le nombre de cas officiellement signalés demeure bas. Un journaliste qui critiquait les statistiques officielles dans un média en ligne a été arrêté et s’expose maintenant à une peine d’emprisonnement de 10 ans. Tout en étouffant les critiques, le chef d’État multiplie les conseils sanitaires absurdes, relevant tour à tour que la vodka, le sauna ou… la conduite d’un tracteur à la campagne peuvent protéger le public.