Le scandale de la pédophilie dans l'Église catholique a pris une nouvelle dimension vendredi avec, pour la première fois, la démission spectaculaire d'un évêque belge qui a reconnu avoir abusé d'un mineur durant son ministère et non seulement quand il était prêtre.

Philippe Siuberski AGENCE FRANCE-PRESSE

Mgr Roger Vangheluwe, 73 ans, a reconnu, dans une lettre lue lors d'une conférence de presse à Bruxelles par des responsables de l'Église belge, avoir «abusé sexuellement d'un jeune de (son) entourage», durant plusieurs années, tant avant qu'après son ordination comme évêque de Bruges (nord-ouest) en 1985. La victime, qui était mineure au moment des premiers faits et dont l'identité n'a pas été dévoilée, «en est encore marquée», a-t-il précisé dans sa lettre ouverte.

L'évêque brugeois a présenté sa démission au pape Benoît XVI qui l'a acceptée ce vendredi, a confirmé le Vatican. Les faits étant prescrits, il ne risque pas de poursuites pénales ou civiles mais pourrait être «réduit à l'état de laïc» par Rome.

Mgr Vangheluwe est le premier évêque qui démissionne pour avoir commis lui-même des abus sexuels sur mineurs depuis la vague de scandales qui a déferlé à partir de novembre 2009 sur l'Église catholique, éclaboussant même le pape, accusé d'avoir couvert des abus. Les autres prélats qui ont démissionné jusqu'à présent l'ont fait pour avoir couvert des hommes d'Église dont ils étaient les supérieurs.

Le coup est d'autant plus dur que «Mgr Vangheluwe était perçu comme un évêque généreux et dynamique», a déclaré le chef de l'Église belge, Mgr André-Joseph Léonard, la voix brisée par l'émotion.

Le nouveau primat de Belgique, entré en fonction en janvier, a fait part de sa «tristesse», mais aussi de sa «résolution à prendre les mesures nécessaires pour que de pareilles situations ne se représentent plus».

Le traitement de cette affaire «correspond à la volonté de transparence que l'Église catholique de Belgique veut désormais rigoureusement appliquer, en tournant résolument la page par rapport à l'époque, pas si éloignée, dans l'Église comme ailleurs, où on préférait la solution du silence ou du camouflage», a-t-il précisé.

Le cas de Mgr Vangheluwe pourrait mettre en difficulté le précédent primat de Belgique, le cardinal Godfried Danneels, à la tête de l'Église belge de 1979 à fin 2009. Celui-ci a en effet reçu la famille de la victime début avril, en présence de Mgr Vangheluwe, a-t-on indiqué lors de la conférence de presse.

Mais c'est la famille de la victime qui a alerté la commission indépendante mise en place par l'Église pour traiter les cas d'abus sexuels, puis directement les évêques ce mardi 20 avril, ce qui a enclenché le processus ayant conduit à la démission de l'évêque brugeois.

Mgr Vangheluwe n'est pas le premier ecclésiastique à subir le contrecoup des scandales qui ébranlent l'Église catholique dans le monde entier.

Le pape a ainsi accepté jeudi la démission de James Moriarty, 73 ans, qui a été entre 1991 et 2002 évêque auxiliaire de Dublin, dans le diocèse où des centaines d'enfants ont subi des sévices sexuels commis par des prêtres pendant plusieurs décennies.

En Belgique, l'Église a décidé de jouer la transparence. Elle vient elle-même de faire état de la confirmation en appel de la condamnation à la prison d'un prêtre bruxellois pour viol et attentat à la pudeur sur un mineur.

Mgr André Léonard avait dénoncé le 4 avril dans une homélie un «silence coupable» au sujet de la pédophilie dans l'Église.

L'évêque de Tournai (ouest), Mgr Guy Harpigny, a recommandé vendredi aux prêtres et religieux qui auraient commis de tels délits de «se présenter à la justice» et aux victimes de «porter plainte».