(Toronto et New York) Les marchés boursiers nord-américains ont atteint mercredi leur plus haut niveau en trois mois, les investisseurs ayant une fois de plus fait fi des risques pour plutôt choisir de faire confiance à la reprise économique.

La Presse canadienne et Agence France-Presse

L’indice composé S&P/TSX de la Bourse de Toronto a gagné 180,75 points pour clôturer à 15 575,11 points.

Le Dow Jones, l’indice vedette de la place new-yorkaise, s’est apprécié de 2,05 % à 26 269,89 points.

Le NASDAQ, à forte coloration technologique, a gagné 0,78 % à 9682,91 points, finissant proche de son plus haut historique atteint le 19 février.

L’indice élargi S&P 500 a pris 1,36 % à 3122,87 points, lui aussi à quelques encablures de son record de février.

Sur le marché des devises, le dollar canadien s’est négocié au cours moyen de 74,05 cents US, en hausse par rapport à son cours moyen de 73,99 cents US de la veille.

Le huard a avancé après que la Banque du Canada a annoncé qu’elle maintenait son taux directeur à 0,25 % — ce qu’elle considère être son taux plancher.

La devise était soutenue par une hausse du cours du pétrole brut et des perspectives de croissance moins pessimistes pour le deuxième trimestre, selon la banque centrale.

« Ils s’attendent à une contraction moins sévère et ils ont aussi signalé que le pire des impacts de la crise (de la COVID-19) pourrait être derrière nous », a souligné Candice Bangsund, gestionnaire de portefeuille pour Fiera Capital.

Sur le parquet torontois, 10 des 11 secteurs ont avancé mercredi, en particulier ceux de l’immobilier et de la finance, qui ont enregistré des gains respectifs de 4,1 % et 3,4 %.

À la Bourse des matières premières de New York, le cours du pétrole brut a grimpé de 48 cents US à 37,29 $ US le baril, tandis que celui de l’or a reculé de 29,20 $ US à 1704,80 $ US l’once. Le prix du cuivre a cédé 0,35 cent US pour terminer la séance juste en dessous de 2,49 $ US la livre.

Résilience

« Les marchés ont été imparables même dans le sillage du renouvellement des frictions américano-chinoises, des (émeutes) aux États-Unis et du risque d’une deuxième vague d’infections à mesure que l’économie rouvre », a observé Mme Bangsund.

Cette résilience repose sur les espoirs d’une reprise économique rapide, appuyée par un flot de soutien monétaire et budgétaire, a-t-elle estimé.

Les marchés boursiers mondiaux ont progressé pour une huitième journée consécutive.

« On pourrait dire que les investisseurs errent du côté de la complaisance », a-t-elle affirmé.

La reprise a été stimulée mercredi par des données économiques favorables en Chine, en Europe et aux États-Unis.

Les données étrangères ont révélé que ces économies émergeaient lentement du ralentissement attribuable à la pandémie et qu’elles étaient sur la voie de la reprise, a expliqué Mme Bangsund.

Néanmoins, l’exubérance du marché a conduit les marchés américains à être surévalués et vulnérables à une correction à court terme, a-t-elle estimé.

« Du point de vue du risque et de la récompense, la probabilité d’un recul dans les prochains mois l’emporte largement sur celle de (l’atteinte du seuil des 3300 points) sur le S&P. Mais, pour l’instant, il y a certainement une puissante dynamique à la hausse derrière cette reprise du marché des actions. »

Toucher le fond

« L’hypothèse du marché est que nous avons touché le fond », avance Quincy Krosby, rappelant la dégringolade de la place new-yorkaise mi-mars avec l’intensification de la pandémie de COVID-19 et des mesures pour l’endiguer.

« Si de nombreuses données économiques restent mauvaises, elles s’améliorent à la marge », ajoute Mme Krosby.

Cela s’est vérifié mercredi avec les 2,7 millions d’emplois détruits par les entreprises privées en mai, selon l’enquête mensuelle de la firme ADP.

Si ce chiffre reste historiquement élevé, il est largement inférieur à celui d’avril (20 millions) et meilleur que ce à quoi s’attendaient les analystes, qui tablaient sur 9 millions d’emplois détruits.

L’activité dans les services a continué à se contracter en mai. Mais elle s’est redressée par rapport au plongeon du mois d’avril, qui avait mis fin à plus de dix années de croissance, selon l’indice de l’association professionnelle ISM également publié mercredi.

« En l’absence d’une deuxième vague de contamination, l’économie américaine se renforce, même si c’est à un rythme lent », observe Quincy Krosby.

Les manifestations à travers les États-Unis pour protester contre les brutalités policières faites aux minorités, et notamment les Afro-Américains, n’ont quant à elles eu aucune incidence sur le marché jusqu’à présent.

Toutefois, estime Mme Krosby, si ces marches, parfois émaillées de violences et de pillages, venaient à compromettre la reprise de l’activité de certaines entreprises, cela pourrait peser dans la balance.

L’experte pointe aussi du doigt le risque d’une propagation du virus lors de ces manifestations, qui pourrait mettre à mal le ralentissement de la pandémie et donc freiner l’économie.

Warner Music démarre fort

La séance de mercredi a par ailleurs été marquée par le retour réussi à Wall Street de la major musicale Warner Music Group, l’une des trois grandes maisons de disques mondiales, après neuf ans d’absence.

Le titre a décollé de 20,48 %, terminant à 30,12 dollars, soit bien plus que le prix d’introduction qui avait été fixé à 25 dollars.

Parmi les autres valeurs du jour, Tiffany a reculé de 2,38 %, affectée par des informations de presse faisant état de doutes sur une finalisation de son rachat par le géant français du luxe LVMH. Le titre du joaillier avait plongé de près de 9 % mardi.

Zoom a grimpé de 7,59 %, profitant de résultats financiers plus que satisfaisants publiés mardi soir. La plateforme californienne de visioconférence a augmenté son chiffre d’affaires de 169 % et dégagé un bénéfice de 27 millions de dollars entre janvier et mars, dopée par un engouement massif pour ses services pendant le « Grand confinement ».

Snap, la maison-mère du réseau social Snapchat, a cédé 0,10 %. Le groupe a annoncé mercredi qu’il ne ferait désormais plus la promotion de messages du président américain Donald Trump « qui incitent à la violence raciale », suivant le même exemple que son rival Twitter.

Sur le marché obligataire, le taux à 10 ans sur la dette américaine montait, évoluant à 0,7442 % contre 0,6852 % mardi soir.