Raïf Badawi: entre espoir et inquiétude

Raïf Badawi, qui a aussi a été condamné... (PHOTO PATRICE LAROCHE, LE SOLEIL)

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Raïf Badawi, qui a aussi a été condamné à 10 ans de prison et 300 000 $ d'amende, doit recevoir 1000 coups de fouet au rythme de 50 par semaine durant 20 semaines consécutives, notamment pour avoir fait la promotion de réformes et demandé aux musulmans de faire preuve de davantage de tolérance par rapport aux non-musulmans.

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne
Montréal

La famille de Raïf Badawi, réfugiée à Sherbrooke, et les partisans du blogueur saoudien partout dans le monde sont déchirés entre deux émotions contradictoires, soit l'espoir et l'inquiétude.

L'inquiétude tient au fait qu'on ne sait toujours pas s'il sera à nouveau flagellé vendredi prochain ou non.

«C'est vraiment inquiétant. M. Badawi doit encore passer devant le médecin de la prison vendredi pour savoir s'il est assez en forme pour recevoir des coups de fouet», a indiqué mardi à La Presse Canadienne la responsable d'Amnistie internationale en Estrie, Mireille Elchacar, qui est auprès de l'épouse de Raïf Badawi, Ensaf Haidar, et ses trois enfants.

Raïf Badawi, qui a aussi a été condamné à 10 ans de prison et 300 000 $ d'amende, doit recevoir 1000 coups de fouet au rythme de 50 par semaine durant 20 semaines consécutives, notamment pour avoir fait la promotion de réformes et demandé aux musulmans de faire preuve de davantage de tolérance par rapport aux non-musulmans.

Après les 50 premiers coups de fouet le 9 janvier, sa flagellation a été reportée les deux vendredis suivants en raison de son état de santé précaire. Un comité de huit médecins l'ayant examiné la semaine dernière a conclu qu'il ne pouvait être fouetté durant une période indéterminée pour une série de problèmes médicaux dont un assez grave de tension artérielle élevée.

Cependant, cette décision doit apparemment être révisée chaque vendredi par le médecin de la prison.

À l'opposé, l'espoir réside dans l'arrivée d'un nouveau souverain après la mort du roi Abdallah. Il n'est pas rare, dans les sociétés monarchiques, qu'une succession donne lieu à une démonstration de clémence et à des amnisties.

Le cas de Raïf Badawi représente une sérieuse épine dans le pied de l'Arabie saoudite, qui n'avait pas prévu une telle vague d'appui.

L'affaire a soulevé une indignation mondiale qui, pour une rare fois, a été exprimée non seulement par les groupes de défense des droits de la personne mais aussi de nombreuses organisations internationales et, surtout, les gouvernements de plusieurs pays alliés, à qui l'on demande de saisir l'occasion unique que représente la succession au trône saoudien à la suite de la mort du roi Abdallah.

«Lorsqu'il y a une passation de pouvoir, il y a souvent des amnisties qui sont accordées, des gestes de clémence. On voudrait que les gouvernements en profitent pendant le deuil et les obsèques du roi pour augmenter les pressions diplomatiques en ce sens-là», a souhaité Mme Elchacar.

Ironiquement, la flagellation de Raïf Badawi est survenue à un moment où la sensibilisation de l'opinion mondiale aux atteintes à la liberté d'expression était à son paroxysme, ce qui a moussé sa cause comme aucune autre, ajoute Mme Elchacar.

«Ça fait 15 ans que je suis avec Amnistie internationale et je n'ai jamais rien vu de semblable. Il y a plusieurs éléments qui l'expliquent: le fait que la liberté d'expression soit en jeu touche les médias eux-mêmes; l'attentat de Charlie Hebdo qui arrive presque en même temps (7 janvier) qu'il a reçu ses premiers coups de fouet (9 janvier). Le monde entier s'en est emparé», a-t-elle dit.

Cette conjoncture, selon elle, a finalement permis de briser le silence qui entoure les flagellations, les décapitations et autres formes de torture qui sont monnaie courante en Arabie saoudite.

«L'Arabie saoudite bénéficie du silence qui l'entoure dans ces pratiques parce que les autres pays ont des liens économiques avec elle. L'avantage, avec le cas de Raïf Badawi, c'est qu'on a réussi à briser le silence: on parle de relations économiques, des contrats d'armement du Canada et on commence à se demander comment on peut accepter d'avoir des relations économiques et de faire comme si de rien n'était», note la militante d'Amnistie internationale.

Le site Internet qui abrite la pétition demandant la libération du jeune blogueur de 32 ans a été complètement débordé à la suite du passage de son épouse, Ensaf Haidar, à l'émission «Tout le monde en parle». Mardi matin, il était rétabli. Plus de 54 000 personnes l'ont signée jusqu'ici.

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