Londres et Paris envisagent des frappes contre l'EI

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Dans la soirée, David Cameron et François Hollande se sont entretenus au téléphone, évoquant «la Syrie et le renforcement de l'action de la France et du Royaume-Uni pour se coordonner dans leur lutte contre» l'État islamique.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Philippe RATER, Valérie LEROUX
Agence France-Presse
Paris

Face au risque d'attentats téléguidés à partir de la Syrie, la France et le Royaume-Uni envisagent des raids aériens contre l'organisation État islamique (EI) dans ce pays, où Londres a procédé à une première frappe à l'aide d'un drone fin août.

La France effectuera dès mardi des «vols de reconnaissance au-dessus de la Syrie», a annoncé le président François Hollande. «Ils permettront d'envisager des frappes contre Daech (acronyme arabe de l'État islamique), en préservant notre autonomie d'action et de décision», a précisé le chef de l'État français.

«Aujourd'hui, en Syrie, ce que nous voulons, c'est connaître, savoir ce qui se prépare contre nous et ce qui se fait contre la population syrienne», a expliqué M. Hollande, au moment où l'Europe, confrontée à un afflux massif de migrants syriens, fait face à sa pire crise migratoire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Pour la France, l'objectif est d'atténuer la menace d'attentats sur son sol. Les attaques meurtrières contre le magazine Charlie Hebdo, une policière et un magasin casher en janvier, l'attaque commise fin août dans un train Thalys, des attentats avortés, ont tous un lien avec le djihadisme et certains ont été revendiqués par l'EI.

Le survol de la Syrie devrait permettre aux services français de collecter du renseignement qui leur faisait cruellement défaut sur les centres d'entraînement et de décision de l'EI en Syrie.

Londres a invoqué lundi le même motif sécuritaire en révélant avoir réalisé une première frappe en Syrie le 21 août.

Trois djihadistes, dont deux Britanniques, ont été tués «dans une frappe méticuleusement préparée et effectuée par un drone de la RAF», a annoncé aux députés le Premier ministre David Cameron.

«Nous n'avions pas le choix» car ces hommes étaient en train de recruter et de «préparer des attaques barbares» contre l'Occident, a-t-il affirmé. Et parce que «dans cette région, il n'y a pas de gouvernement avec lequel nous puissions travailler», a-t-il ajouté.

Selon le Daily Telegraph, citant des sources gouvernementales anonymes, l'un des Britanniques préparait un attentat contre les cérémonies londoniennes de commémoration de la victoire sur le Japon, marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale, auxquelles ont assisté en août la reine Elizabeth II et David Cameron.

Intervention au sol «irréaliste» 

En septembre 2014, le Parlement britannique avait seulement donné son feu vert à des frappes contre l'EI en Irak mais non en Syrie.

Et en 2013, les députés avaient infligé un camouflet au chef du gouvernement en rejetant une action militaire, cette fois contre le régime de Bachar al-Assad, après des attaques chimiques mises sur le compte des forces gouvernementales.

En raison d'une courte majorité parlementaire, et parce que certains dans son camp sont contre des frappes en Syrie, le Premier ministre pourrait avoir besoin du soutien de l'opposition pour participer aux bombardements de la coalition contre l'EI en Syrie.

Son ambition risque toutefois de se heurter à la probable élection du pacifiste Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste. Ce dernier a déclaré lundi matin sur la BBC que les frappes «créeraient plus de problèmes qu'elles n'en régleraient».

Dans la soirée, François Hollande et David Cameron se sont entretenus au téléphone, évoquant «la Syrie et le renforcement de l'action de la France et du Royaume-Uni pour se coordonner dans leur lutte contre Daech et travailler en parallèle à une transition politique ordonnée», selon un communiqué de l'Elysée.

La France, qui participe aussi depuis un an aux frappes de la coalition arabo-occidentale en Irak, refusait jusqu'ici de faire de même en Syrie, jugeant qu'y bombarder le groupe djihadiste revenait à soutenir le régime syrien en place en l'absence de toute force modérée organisée susceptible de le remplacer.

François Hollande a réaffirmé son opposition à l'envoi de troupes au sol en Syrie - tout comme en Irak -,  une option qu'il juge «inconséquente et irréaliste» car la France serait «seule» et son intervention assimilée à une «occupation».

«C'est un geste politique vis-à-vis des alliés (pour lesquels) il faut frapper l'EI d'abord, ensuite on en viendra à régler le problème du gouvernement syrien», estime un ancien militaire, Jean-Claude Allard, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris.

Une autre explication est à mettre en relation avec l'engagement de pays arabes alliés, notamment du Golfe, dans des bombardements en Syrie. Il était difficile pour Paris de fermer les yeux sur leur action qui est à double détente : contre l'EI et contre le régime de Bachar al-Assad, soutenu notamment par l'Iran, leur principal rival dans la région.

Le changement de stratégie français est aussi une réponse immédiate à la crise des migrants et aux images chocs de ces derniers jours, notamment celle d'un enfant syrien retrouvé mort, face contre terre, sur une plage turque.

«C'est sans doute une réponse directe à ce désastre, mais cela vient un peu tard, et surtout, les bombardements ne suffisent pas à régler le problème», note Myriam Benraad, experte au Centre de recherches internationales (Ceri) de l'Institut de sciences politiques à Paris.

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