L'ABC du conflit malien

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On s'attend à ce que l'offensive conjointe des armées malienne et française gagne en intensité au cours des prochaines semaines alors que 2500 militaires français sont envoyés progressivement.

Photo : Fred Dufour, AFP

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La France est entrée en guerre la semaine dernière contre les islamistes au Mali. Objectif : freiner l'offensive des rebelles qui avaient pris le contrôle du nord du pays l'an dernier et qui menaçaient de conquérir le reste du territoire malien. Qui sont ces rebelles ? Que revendiquent-ils ? Et pourquoi la France avec le soutien de nombreux pays, dont le Canada a-t-elle déterré la hache de guerre ? Nos journalistes remontent à la source de ce conflit pour mieux en comprendre les enjeux.

Au lendemain de la chute de Mouammar Kadhafi, plusieurs experts du Sahel ont prédit que la liesse, entourant la disparition du dictateur libyen, allait être de courte durée. La fin de son règne de 41 ans a été accompagnée de la démobilisation de milliers de combattants touaregs, armés jusqu'aux dents. Le conflit qui secoue le Mali depuis près d'un an a donné raison à ces experts.

De retour au Mali, les combattants touaregs, qui avaient eu maille à partir avec l'armée malienne à maintes reprises dans les années 60, 80 et 90, ont repris du service dans le nord désertique du pays et ont réclamé l'indépendance de ce territoire, l'Azawad, un pays touareg.

De Paris, leur organisation, le Mouvement national de la libération de l'Azawad (MNLA), a lancé une campagne de relations publiques. «Leur nombre n'est pas très grand. Mais ils ont des doléances qui n'ont pas été réglées depuis des décennies», note Comfort Ero, analyste à l'International Crisis Group.

Mal équipée, mal formée, l'armée malienne n'a pas tardé à perdre du terrain. Alléguant que des dizaines de soldats avaient été massacrés par le MNLA, un groupe de jeunes officiers a organisé une mutinerie. Cette dernière s'est soldée par un coup d'État qui a eu raison du président Amadou Toumani Touré.

Dans les semaines qui ont suivi, devant le chaos généralisé, le MNLA, flanqué de groupes rebelles islamistes, a pris le contrôle de tout le nord du pays. Le 6 avril dernier, le MNLA a déclaré l'indépendance de l'Azawad.

Son emprise sur l'immense territoire désertique a cependant été de courte durée. En trois mois, deux groupes islamistes, Ansar-Dine et le Mouvement pour l'unicité et le jihad de l'Afrique de l'Ouest (MUJAO), ont repris le contrôle de toutes les villes du nord du pays, reléguant le MNLA dans le coin nord-est du Mali. Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), composé principalement d'Algériens, a aussi déplié ses tentacules dans la région.

Au cours des mois qui ont suivi, le gouvernement de Bamako, avec l'aide d'alliés africains, a tenté d'engager un dialogue avec les rebelles. Parallèlement, une résolution du Conseil de sécurité du mois de décembre a entériné la formation d'une force africaine qui prévoyait se déployer en septembre prochain pour rétablir le contrôle de Bamako sur tout le Mali.

De nouvelles attaques des groupes rebelles, le 7 janvier, ont complètement changé la donne. Craignant de voir Bamako tomber entre leurs mains, le nouveau président malien a demandé aux forces armées françaises d'intervenir. Depuis le 11 janvier, des frappes aériennes des forces armées de l'Hexagone ont permis de reprendre Konna. La bataille pour Diabali, une ville située à tout juste 400 km de Bamako, se poursuit.

On s'attend à ce que l'offensive conjointe des armées malienne et française gagne en intensité au cours des prochaines semaines alors que 2500 militaires français sont envoyés progressivement. Se préparant à prendre la relève de la France au cours des prochains mois, des troupes africaines ont commencé à affluer à Bamako cette semaine. Ils essaieront de déloger les rebelles au nord du pays.

Historien de l'Afrique de l'Ouest, Gregory Mann croit que le conflit pourrait s'étirer sur plusieurs années. «Cette guerre se déroule au Mali parce que c'est un des États les plus faibles de la région. C'est en fait une guerre sans frontière qui dépasse déjà les simples limites territoriales du Mali», note le professeur de l'Université Columbia. Si les groupes rebelles ne sont pas freinés, les troubles pourraient s'étendre dans tout le Sahel, de la Mauritanie au Niger, en passant par l'Algérie.

***

Les acteurs du conflit

Forces armées progouvernementales

L'armée malienne

Ce qui reste de l'armée malienne - tout au plus 15 000 à 20 000 hommes - combat aux côtés de l'armée française. La première est fortement affaiblie depuis qu'un groupe de jeunes officiers a mené un coup d'État contre le gouvernement central le 21 mars dernier, entraînant un blocus des pays voisins. Dans le cadre de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma), créée par l'ONU ces dernières semaines, plusieurs pays se sont engagés à former l'armée malienne au cours des prochains mois.

L'armée française

À la demande du gouvernement malien qui s'inquiétait de voir les rebelles s'approcher de Bamako, l'armée française a déployé, depuis le 11 janvier, 1400 hommes au Mali. Bientôt, 1100 autres devraient joindre leurs rangs. Grâce à des frappes aériennes, les Français ont chassé les rebelles de Konna. Pour le moment, les troupes françaises sont basées à Bamako, Sévaré et Diabali, ville contrôlée en partie par les rebelles islamistes et contre laquelle elles ont lancé des frappes aériennes.

Les troupes africaines

Une force africaine de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO) doit prendre le relais de l'armée française pour chasser les rebelles armés du nord du pays. À terme, cette force sera composée de 3300 hommes, dont 2000 soldats tchadiens, déjà formés aux combats dans le désert. Les premiers soldats africains - 40 Togolais - sont arrivés jeudi à Bamako. Le Nigeria, le Bénin, le Sénégal, le Niger, la Guinée et le Burkina Faso y contribueront aussi.

Rebelles armés

Ansar-Dine

Composé de Touaregs salafistes, ce groupe rebelle armé est le plus important du nord du Mali. Selon des estimations, il compte de 6000 à 10 000 membres, dont 3000 combattants armés. Dans les villes qu'il contrôle depuis le printemps dernier, dont Kidal et Tombouctou, Ansar Dine a imposé une version stricte de la charia. Le leader de l'organisation, Iyad Al Ghaly, ne revendique pas l'autonomie du nord du pays, contrairement aux rebelles du MNLA. Des experts croient que le Qatar finance en partie cette organisation.

MUJAO

Dirigé par un Mauritanien, le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest, est une sous-branche d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Encore plus radical qu'AQMI, ce mouvement d'un millier de combattants milite pour l'imposition de la charia d'un bout à l'autre du Sahel. Réputé pour sa cruauté, MUJAO se finance grâce au trafic de la cocaïne et contrôle notamment Gao où il fait régner la peur.

AQMI

Composé tout juste de quelque 500 combattants, dirigé par un groupe d'Algériens, Al-Qaïda au Maghreb islamique est passé maître des enlèvements et de trafics en tous genres. Le principal intérêt du groupe terroriste est de profiter du chaos qui règne dans le nord du Mali pour vaquer à ses activités criminelles. Certains membres soutiennent désirer l'établissement d'un grand état islamiste au Sahel.

MNLA

Créé par des militants touaregs en 2001, le Mouvement national pour la libération de l'Azawad est composé de touaregs maliens laïques. Ce groupe rebelle séparatiste est revenu en force après la chute de Mouammar Kadhafi en Libye, chute qui a entraîné le retour de combattants touaregs fortement armés au Mali. À l'origine des combats contre l'armée malienne au printemps 2012, le MNLA a vite été marginalisé par les rebelles islamistes. À court de financement, le MNLA est actuellement composé d'une poignée de combattants, mais offre une alliance à l'armée française.

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