Le pape appelle la Colombie à fuir la vengeance et à pardonner

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Le souverain pontife, âgé de 80 ans, s'est adressé plus particulièrement à la jeunesse de ce pays de 48 millions d'habitants, à grande majorité catholiques.

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Florence PANOUSSIAN
Agence France-Presse
Bogota

Le pape François appelle la Colombie à «fuir toute tentation de vengeance» et à «pardonner» les blessures infligées pendant plus de 50 ans de guerre, dans ce pays qui avance sur le chemin d'une paix encore fragile.

«La recherche de la paix est un travail toujours inachevé, une tâche sans répit et qui exige l'engagement de tous», a déclaré le souverain pontife, arrivé la veille à Bogota pour sa première visite pontificale en Colombie.

Lors de son premier discours, devant 700 personnalités politiques et religieuses rassemblées sur la place d'Armes du palais présidentiel Casa de Nariño, il a encouragé les Colombiens à s'efforcer de «fuir toute tentation de vengeance et de recherche d'intérêts particuliers et à court terme». Dans son deuxième discours, il a lancé un appel aux jeunes en les incitant à «pardonner».

Soulignant que la société «n'est pas constituée uniquement par quelques «pur-sang», mais par tous», il a affirmé que «plus difficile est le chemin qui conduit à la paix et à l'entente, plus nous devons nous engager à reconnaître l'autre, à guérir les blessures et à construire des ponts, à serrer les liens et à nous entraider».

Le président Juan Manuel Santos et prix Nobel de la Paix 2016, qui s'est ensuite entretenu en privé avec le pape, a estimé qu'«il ne sert à rien de faire taire les fusils, si nous restons armés dans nos coeurs. Il ne sert à rien de terminer une guerre si nous continuons à nous voir les uns les autres comme ennemis».

Sans le fardeau de la haine 

François soutient le processus de paix engagé par M. Santos qui a signé en novembre un accord de paix historique avec la puissante guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), apparue en mai 1964 et aujourd'hui reconvertie en parti politique légal.

Lundi, deux jours avant la venue du pape argentin, promoteur de ce processus de paix, le gouvernement a conclu le premier cessez-le-feu bilatéral de l'histoire avec l'Armée de libération nationale (ELN), dernière rébellion active en pourparlers de paix depuis février.

Le souverain pontife, âgé de 80 ans, s'est aussi adressé jeudi plus particulièrement à la jeunesse de ce pays de 48 millions d'habitants, à grande majorité catholiques.

«Prenez le risque de rêver en grand!», a-t-il dit, depuis le balcon de l'archevêché, à près de 22 000 jeunes rassemblés sur la place Bolivar, coeur de Bogota. «Que vos illusions et projets donnent de l'oxygène à la Colombie et la remplissent de saines utopies», a-t-il ajouté, en les jugeant capables de «regarder en avant sans le fardeau de la haine».

«Votre jeunesse vous rend capables aussi de quelque chose de très difficile dans la vie: pardonner (...) Il est remarquable de voir comment (...) vous nous regardez avec étonnement, nous les adultes, répéter des histoires de divisions seulement pour rester prisonniers des rancoeurs», a estimé le pape. 

Réconciliation à construire 

Dans l'après-midi, le souverain pontife doit célébrer la première messe de cette visite axée sur la paix et la réconciliation. Quelque 660 000 fidèles sont attendus au parc Bolivar, le plus grand de la capitale.

Puis il se rendra vendredi à Villavicencio, à environ 70 km de Bogota, où il rencontrera des indigènes, des victimes et d'ex-acteurs de cette guerre qui a impliqué une trentaine de guérillas, des paramilitaires d'extrême droite et les forces de l'ordre, faisant plus de 260 000 morts, plus de 60 000 disparus et au moins 7,1 millions de déplacés.

La réconciliation reste à construire dans ce pays, notamment pour des victimes telles que Luis Eduardo Martinez, qui a survécu à un massacre commis par les FARC à Villavicencio. «Pour nous qui avons vu tomber beaucoup de victimes, le ressentiment reste», a admis cet homme de 63 ans, qualifiant le processus de paix avec les FARC de «mensonge».

Le pape, qui revient à Bogota chaque soir, est attendu samedi à Medellin, l'ancienne capitale mondiale du trafic de drogue et fief du capo Pablo Escobar abattu en 1993. Il terminera sa visite dimanche par Carthagène des Indes, perle coloniale et touristique des Caraïbes qui détient aussi le taux de pauvreté le plus élevé de Colombie, d'où il repartira pour Rome.




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