Brésil: séance houleuse au procès en destitution de Rousseff

La matinée n'avait permis d'écouter aucun des témoins... (PHOTO MARCELO CAMARGO, AFP)

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La matinée n'avait permis d'écouter aucun des témoins dans l'hémicycle transformé en «asile de fous», pour reprendre les termes du président du Sénat, Renan Calheiros.

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Sebastian Smith, Damian WROCLAVSKY
Agence France-Presse
BRASILIA

Au deuxième jour du procès en destitution de la présidente du Brésil, la session a repris vendredi après-midi après une suspension due à l'échange d'insultes entre sénateurs pro et anti-Dilma Rousseff qui ont failli en venir aux mains.

Ce procès historique devrait mettre fin à 13 ans de gouvernement de gauche dans l'immense pays d'Amérique latine.

«Je vais user de mon pouvoir de police pour exiger le respect mutuel», avait menacé le président du Tribunal suprême fédéral (STF) Ricardo Lewandowski, qui dirige les débats, avant de suspendre la séance, conseillant aux sénateurs d'aller déjeuner pour se calmer.

Les débats ont repris en début d'après-midi avec l'audition du premier des six témoins en faveur de la dirigeante de gauche, l'économiste et conseiller de la présidente Luiz Gonzaga Belluzo.

Doivent ensuite s'exprimer deux anciens ministres de Mme Rousseff, Nelson Barbosa (Économie) et Luiz Costa (Éducation) ainsi que des experts en droit et en économie.

La matinée n'avait permis d'écouter aucun des témoins dans l'hémicycle transformé en «asile de fous», pour reprendre les termes du président du Sénat, Renan Calheiros (PMDB, centre droit).

«Bêtise infinie»

«Cette session est une démonstration (du fait) que la bêtise est infinie», avait lancé M. Calheiros, visant tout particulièrement la sénatrice Gleisi Hoffmann du Parti des Travailleurs (PT) de Mme Rousseff, qui avait qualifié le procès de «farce».

La veille, elle avait déjà provoqué un tollé en demandant si, compte tenu de sa «morale», le Sénat pouvait juger Mme Rousseff, plus de la moitié de ses membres (59 %), dont elle-même, étant soupçonnés de corruption ou visés par une enquête.

L'issue du procès, attendue mardi ou mercredi, ne fait guère de doute, une nette tendance se dégageant en faveur de la destitution, qui requiert un vote des deux tiers des sénateurs, soit 54 sur 81.

Dilma Rousseff, 68 ans, première femme élue à la tête du Brésil, ex-membre de la guérilla emprisonnée et torturée sous la dictature militaire (1964-1985), n'assume déjà plus ses fonctions depuis le 12 mai, quand un vote de plus des deux tiers des sénateurs l'avait suspendue.

Son «crime de responsabilité», selon ses détracteurs ? Avoir maquillé les comptes publics pour camoufler un déficit trop important et signé des décrets engageant des dépenses imprévues sans l'accord préalable du Parlement, pratique à laquelle ses prédécesseurs ont tous eu recours.

La présidente, qui a promis de se battre «avec la même force que quand (elle avait) lutté contre la dictature militaire», dénonce un «coup d'État» institutionnel ourdi par le principal bénéficiaire de la manoeuvre : Michel Temer, 75 ans, son ancien vice-président devenu son rival.

Tout aussi impopulaire qu'elle, l'homme fort du PMDB exerce déjà la présidence par intérim et restera aux manettes jusqu'aux prochaines élections présidentielles et législatives fin 2018 si elle est destituée.

«C'est le jour de la honte nationale», avait fustigé jeudi l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), mentor politique de Mme Rousseff, au cours d'un rassemblement près de Rio.

Lula à nouveau inculpé

Dilma Rousseff, qui clame son innocence depuis des mois, se défendra en personne lundi devant le Sénat. Selon les analystes, elle s'adressera plus à la nation pour défendre son gouvernement et son image que pour convaincre les sénateurs, qui se sont déjà fait leur idée.

Lula l'accompagnera pour la soutenir, même si son image a été écornée après son inculpation pour «tentative d'entrave à la justice» dans le scandale de corruption touchant le géant public pétrolier Petrobras.

Dans le cadre de cette affaire, qui éclabousse tout autant le PT que le parti de M. Temer et la majeure partie de l'élite politique brésilienne, l'ex-président a également été inculpé vendredi par la police fédérale pour corruption passive et blanchiment d'argent.

Et si Mme Rousseff a appelé ses partisans à «garder espoir», elle semble bien isolée, même dans son propre camp. La direction du PT a rejeté sa proposition de consulter les Brésiliens par référendum sur l'organisation d'élections anticipées si elle n'est pas destituée.

Alors que le pays traverse une récession historique, la population semble lassée de cet interminable feuilleton politique, comme en témoigne l'absence de manifestants devant le Parlement.

Jeudi soir, la police du Sénat a toutefois été appelée pour contenir un groupe de 50 personnes aux abords de l'institution. Mais il ne s'agissait que d'utilisateurs de Pokémon Go, le jeu virtuel à la mode.

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