Élections au Pérou: la fille de l'ex-président Fujimori favorite

Le père de la candidate Keiko Fujimori, Alberto Fujimori, a dirigé... (PHOTO JANINE COSTA, REUTERS)

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Le père de la candidate Keiko Fujimori, Alberto Fujimori, a dirigé le Pérou d'une main de fer de 1990 à 2000, est tombé en disgrâce et a fui le pays avant d'être arrêté cinq ans plus tard au Chili.

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Les Péruviens sont appelés aux urnes dimanche pour le premier tour d'un scrutin contesté qui pourrait mener au pouvoir la fille de l'ex-président Alberto Fujimori, aujourd'hui en prison.

QUESTION: Keiko Fujimori peut-elle vraiment gagner l'élection ?

RÉPONSE: La politicienne de 40 ans, qui a longtemps siégé comme simple députée, a tenté de remporter le scrutin présidentiel une première fois en 2011 à la tête du parti Force populaire. Elle avait alors recueilli assez de voix pour passer au second tour avant d'être battue de quelques points de pourcentage par l'actuel président, Ollanta Humala, un ex-militaire qui avait tenté de forcer le départ d'Alberto Fujimori du pouvoir en 2000 en orchestrant un soulèvement qui a tourné court. Les plus récents sondages indiquent qu'elle dispose de l'appui d'un tiers de l'électorat, ce qui la place loin devant les autres candidats dans la course. « Elle a la capacité de gagner, mais la bataille sera difficile » au second tour, résume Max Cameron, un spécialiste du Pérou rattaché à l'Université de Colombie-Britannique.

Q: Comment la fille d'un ex-président emprisonné peut-elle se retrouver favorite ?

R: Selon M. Cameron, c'est une « ironie de l'histoire » que Keiko Fujimori se retrouve en position de devenir présidente, 15 ans après que son père - qui a dirigé le Pérou d'une main de fer de 1990 à 2000 - est tombé en disgrâce et a fui le pays avant d'être arrêté cinq ans plus tard au Chili. La politicienne de centre droit profite en quelque sorte du « vacuum politique » hérité du chef d'État déchu, qui a précipité la fin du système traditionnel de partis lors de son long passage autocratique au pouvoir. « Dans les faits, Keiko Fujimori est la seule candidate en lice aujourd'hui qui dispose d'une base solide, d'une organisation politique efficace et d'un programme clair », relève l'analyste. Pour l'heure, les deux autres candidats les plus populaires sont Veronika Mendoza, une avocate de 35 ans campée à gauche, et le conservateur Pedro Palbo Kuczynski.

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Des dizaines de milliers d'opposants à la politicienne Keiko Fujimori ont manifesté mardi à travers le pays, à l'appel d'un collectif pour dénoncer sa candidature. 

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Q: Veut-elle réhabiliter son père ?

R: La politicienne assure dans ses interventions publiques qu'elle n'a aucune intention de recourir aux techniques autoritaires de son père, qui avait dissous le Parlement avec l'aide de l'armée le 5 avril 1992 avant d'imposer une réforme de la Constitution. Dimanche, Keiko Fujimori s'est engagée dans un document formel à respecter les droits de la personne, la liberté de la presse et les institutions démocratiques du pays, sans pour autant convaincre ses nombreux détracteurs. Elle a pris soin en début de campagne d'écarter de son entourage tout ancien collaborateur controversé de son père, note Max Cameron, qui ne voit pas la candidate comme une simple émanation d'Alberto Fujimori. « Elle est autonome et a déjà été en conflit ouvert avec lui par le passé », souligne l'analyste. Ce qui ne l'empêche pas, selon M. Cameron, de vouloir « légitimer » a posteriori les politiques de l'ancien président, qui a notamment laissé sa marque en imposant, par la Constitution, une orientation économique libérale au pays.

Q: Comment réagit la population à sa candidature ?

R: De nombreux partisans de Keiko Fujimori sont convaincus, relève Max Cameron, que son père a été l'un des présidents les plus marquants de l'histoire du pays. Ils lui attribuent le fait d'avoir maté les soulèvements menés par les extrémistes du Sentier lumineux et de Tupac Amaru, et d'avoir parallèlement stoppé l'hyperinflation qui frappait le pays en remettant l'économie sur les rails. Ses détracteurs rappellent pour leur part que sa campagne sécuritaire a été ponctuée de multiples violations des droits de l'homme, qui lui ont valu d'être condamné à 25 ans de prison par un tribunal du pays en 2009. Et que la corruption était omniprésente. Ils craignent que le pays ne renoue avec ces pratiques si Keiko Fujimori est élue et la soupçonnent de vouloir faire libérer son père en cas de victoire. Des dizaines de milliers d'opposants à la politicienne ont manifesté mardi partout au pays, à l'appel d'un collectif pour dénoncer sa candidature.

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