Avant même les premières révélations, «MexicoLeaks» fait polémique

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Carmen Aristegui ne présente plus depuis lundi le journal matinal très suivi de MVS Radio, après un conflit ouvert avec la direction sur le licenciement de deux membres de son équipe de reportage accusé de faire la promotion de MexicoLeaks.

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Laurent THOMET
Agence France-Presse
MEXICO

Tout juste lancé, le site internet MexicoLeaks, inspiré du célèbre WikiLeaks, n'a encore révélé aucun document secret, mais il est déjà au coeur d'une polémique après le licenciement d'une des journalistes les plus en vue du pays.

Carmen Aristegui, âgée de 51 ans, ne présente plus depuis lundi le journal matinal très suivi de MVS Radio, après un conflit ouvert avec la direction sur le licenciement de deux membres de son équipe de reportage, accusés d'utiliser la marque et les moyens de MVS pour faire la promotion de MexicoLeaks.

C'est elle qui avait annoncé, la semaine dernière, le lancement du site, précisant que son équipe au sein de la radio y participait.

Tout comme WikiLeaks, la plateforme mexicaine utilise un logiciel de cryptage pour encourager la population à lui transmettre des documents confidentiels de manière anonyme, sans crainte de représailles.

Le but de ce projet, porté par plusieurs médias et huit groupes de droits civiques ? Exposer au grand jour la corruption, principal fléau du Mexique avec le narcotrafic.

Mais avant même ses premières révélations, la polémique a éclaté: MVS Radio a pris ses distances avec le site, licencié deux reporters de l'équipe de Carmen Aristegui, avant de renvoyer lundi la célèbre journaliste, qui avait lancé un ultimatum à la station pour qu'ils soient réintégrés.

Ses partisans et plusieurs ONG ont immédiatement dénoncé une attaque à la liberté de la presse.

L'équipe d'investigation de Carmen Aristegui avait révélé l'an dernier l'achat par l'épouse du président mexicain Enrique Peña Nieto d'une luxueuse maison à une entreprise de construction bénéficiant de contrats de l'État.

Cette affaire mettait au jour, selon la journaliste, un possible conflit d'intérêts, une accusation niée par le président et par son épouse et qui n'a pour l'instant donné lieu à aucune suite judiciaire pour la première dame.

«Notre équipe est décidée à mener la bataille pour la liberté d'expression», notamment sur le plan judiciaire, a assuré Carmen Aristegui, estimant que son limogeage a été «planifié avec beaucoup d'anticipation, avec beaucoup de moyens et beaucoup de pouvoir».

«Aucun problème avec MexicoLeaks»

Son ancien employeur, lui, réfute toute pression du gouvernement.

«Le problème est l'utilisation de notre marque. Nous n'avons aucun problème avec MexicoLeaks», assure à l'AFP Felipe Chao, chargé des relations institutionnelles de MVS Radio.

«MVS ne cède pas, ne plie pas face aux gouvernements. Il n'y a aucun problème, rien qui puisse représenter un conflit en termes de liberté d'expression», ajoute-t-il, jugeant improbable que Carmen Aristegui retrouve sa place.

Pour les médias et groupes civiques qui sont derrière MexicoLeaks, cela ne fait pourtant aucun doute: c'est «comme si les valeurs démocratiques qui inspirent cette plateforme - la liberté d'expression, le droit à l'information, la transparence et la capacité à rendre des comptes - mettaient mal à l'aise cette entreprise ou affectaient ses intérêts», ont-ils regretté.

De son côté, le gouvernement a affirmé dans un communiqué avoir «toujours respecté et apprécié l'exercice critique et professionnel du journalisme».

Pendant ce temps, MexicoLeaks, entré en activité, commence à recevoir des documents: pour lui transmettre des secrets, il faut télécharger un navigateur internet baptisé Tor, qui masque l'emplacement de l'expéditeur.

Une fois les documents reçus, les organisations qui sont derrière MexicoLeaks enquêtent pour vérifier les informations, avant de décider ou non de leur publication.

L'idée d'une telle plateforme consacrée au Mexique avait germé en 2014, grâce à la fondation néerlandaise Free Press Unlimited, qui aide les journalistes en zones de conflit.

«Avec le système de filtre sécurisé de MexicoLeaks, nous espérons que de nombreux actes de corruption ou de violation des droits de l'Homme ou de délits qui surviennent au Mexique, qui actuellement ne font pas l'objet de plaintes parce que les gens ont peur des représailles, pourront être publiés dans la presse et faire l'objet de poursuites légales», raconte Eduard Martin-Borregon, qui fait partie du Poder civic, organisation militant pour la transparence et participant à MexicoLeaks.

Selon lui, Poder civic enquête déjà sur des documents reçus la semaine dernière.

«Je crois que nous n'aurons pas à attendre trop longtemps avant les premières révélations», confie-t-il, sans divulguer le moindre détail.

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