Cuba-États-Unis: pas encore d'entente pour la réouverture d'ambassades

Sur la question sensible des droits de l'homme... (PHOTO ENRIQUE DE LA OSA, ARCHIVES REUTERS)

Agrandir

Sur la question sensible des droits de l'homme à Cuba, les déclarations des deux délégations ont illustré jeudi l'étendue de leur incompréhension mutuelle.

PHOTO ENRIQUE DE LA OSA, ARCHIVES REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Alexandre GROSBOIS
Agence France-Presse
LA HAVANE

Cubains et Américains ont conclu jeudi des discussions historiques sans accord significatif, mais en prenant rendez-vous pour de prochaines réunions devant concrétiser la normalisation de leurs relations en dépit de «profondes divergences».

Lors de la seconde journée de discussions devant consolider le dégel annoncé mi-décembre entre ces ennemis historiques, les délégations ne sont pas parvenus à déterminer de délai pour la réouverture d'ambassades dans les deux pays et ont exprimé des visions discordantes sur les droits de l'homme.

La sous-secrétaire d'État américaine Roberta Jacobson, premier responsable américain de ce niveau à fouler le sol cubain depuis 1980, a affirmé dans sa déclaration finale avoir «fait pression sur le gouvernement cubain pour qu'il améliore la situation des droits de l'homme, dont la liberté d'expression et de réunion».

Interpellée par la presse peu après, la chef de délégation cubaine Josefina Vidal a démenti l'usage du mot «pression». «Ce n'est pas un mot qu'on utilise dans ce genre de conversations», a-t-elle assuré.

Dans un communiqué publié après la rencontre, Cuba a déclaré avoir exposé ses «conceptions différentes» sur les droits de l'homme et manifesté des «préoccupations» sur l'état de ces droits aux États-Unis», citant les détentions illégales et actes de torture de Gantanamo, la brutalité policière et les inégalités dans ce pays.

Vendredi matin, Mme Jacobson a prévu de s'entretenir avec un groupe de dissidents, confirmant le souci de Washington d'apaiser les critiques de plusieurs élus républicains qui blâment Barack Obama pour avoir changé sa politique envers Cuba sans rien obtenir sur l'ouverture politique ou les droits civiques.

50 ans de méfiance mutuelle à dépasser 

Sur la réouverture d'une ambassade, point très attendu dans le cadre de cette normalisation, les parties ont avoué avoir buté sur leurs «profondes divergences» héritées de plus d'un demi-siècle d'antagonisme, mais ont tout de même convenu de reprendre langue.

«Je ne peux pas exactement dire quand (l'ouverture d'ambassades) se produira. Nous travaillons tous sur ces sujets aussi rapidement que nous le pouvons», a déclaré à la presse Roberta Jacobson.

De son côté, Mme Vidal a indiqué que les parties avaient prévu de se réunir à nouveau à «une date proche» restant à définir. «Je ne peux pas vous dire si après cette réunion d'autres seront nécessaires», a-t-elle ajouté.

Lors de cette prise de contact qui fera date, les deux parties ont souligné que les débats avaient été «positifs et constructifs», mais ont prévenu qu'il faudra être patient avant d'assister au retour d'ambassadeurs à Washington et à La Havane.

«Ces questions, qui font partie du processus plus large de normalisation, sont complexes et reflètent les profondes divergences entre nos deux pays (...) Nous devons dépasser plus de 50 ans de relations qui n'étaient pas fondées sur la confiance (...) donc il y a des sujets que nous devons aborder pour établir cette relation», a-t-elle expliqué.

Mme Jacobson n'a pas donné le détail des exigences américaines, mais le secrétaire d'État américain John Kerry avait énuméré mercredi une série de restrictions qu'il souhaitait voir levées concernant les «Sections d'intérêts» établies dans les deux pays en 1977.

Côté cubain, Mme Vidal a rappelé que la section consulaire cubaine de Washington était privée depuis près d'un an de services bancaires du fait des restrictions liées à l'embargo américain en vigueur depuis 1962, «ce qui occasionne de graves perturbations dans son fonctionnement».

Internet: les ÉU bienvenus à Cuba 

Par ailleurs, les deux parties ont indiqué que le sujet des télécommunications avait été abordé, suite à l'annonce américaine d'un assouplissement des exportations vers Cuba dans ce secteur, que ce soit au niveau des infrastructures, des logiciels ou des terminaux grand public.

Formulée par M. Obama le 17 décembre lors de son annonce historique du rétablissement des relations avec Cuba, cette annonce n'avait pas été immédiatement commentée par les autorités de l'île, où l'accès à internet strictement règlementé.

«Nous sommes disposés à accueillir des entreprises américaines de télécommunications pour explorer les possibilités de commerce dans ce domaine», a déclaré Mme Vidal, précisant que Cuba «étudie les textes de loi» pour évaluer quelle évolution est permise dans ce pays où moins de 4% des foyers sont connectés.

Celle-ci a par ailleurs salué la récente levée de restrictions commerciales, financières et sur les voyages pesant sur Cuba par Barack Obama, et souhaité que la Maison-Blanche «continue à modifier certaines dispositions de l'embargo» pour «vider de son contenu la politique maintenue contre Cuba».

Ces dernières semaines, le président américain s'est engagé à soumettre au Congrès la suppression de l'embargo et à étudier le retrait de Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme. De son côté, La Havane a libéré en signe de bonne volonté 53 prisonniers politiques figurant sur une liste remise par les États-Unis.

Au terme d'une première session à huis clos mercredi, les parties s'étaient quittées en désaccord sur plusieurs sujets liés aux migrations, mais avaient salué la bonne tenue des débats, pour ce qui était le premier contact de haut niveau entre les deux pays à Cuba en 35 ans.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer