Le Brésil divisé élit son nouveau président

La présidente sortante Dilma Rousseff est légèrement favorite.... (Photo Felipe Dana, AP)

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La présidente sortante Dilma Rousseff est légèrement favorite.

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Claire DE OLIVEIRA NETO
Agence France-Presse
RIO DE JANEIRO

Près de 143 millions de Brésiliens votent dimanche pour le deuxième tour de la présidentielle, divisés selon leurs classes sociales entre la sortante de gauche Dilma Rousseff, créditée d'une légère avance, et l'opposant de centre-droit Aecio Neves.

Après la campagne la plus dramatique, la plus serrée et la plus virulente de l'histoire récente du Brésil, cette élection est considérée comme un plébiscite sur 12 ans de gouvernements du Parti des travailleurs (PT, gauche) et divise les Brésiliens selon leur appartenance sociale.

Les Brésiliens sont partagés entre partisans de la poursuite des conquêtes sociales qui ont extirpé 40 millions de personnes de la pauvreté et ceux d'une alternance pour relancer l'économie en berne de leur pays.

Deux sondages dont les résultats ont été publiés samedi créditent Mme Rousseff, 66 ans, de quatre points (un écart compris dans la marge d'erreur de +/-2 %) à six points d'avance sur M. Neves, 54 ans.

Les opérations de vote se déroulaient calmement à trois heures de la clôture du scrutin. Un électeur de 20 ans a toutefois été abattu par balles par un inconnu devant un bureau de vote à Mossoro (nord-est) dans un «apparent règlement de compte» selon la police.

La présidente a voté à Porto Alegre (extrême sud), posant tout sourire devant les photographes en sirotant une calebasse de mate, la boisson de la région. Elle a ensuite gagné la capitale Brasilia.

«Je suis sûre que le Brésil est, et continuera d'être, l'une des plus grandes nations démocratiques de cette planète», a déclaré à la presse la première femme élue à la tête du plus vaste pays d'Amérique latine en 2010.

Le candidat du «changement», Aecio Neves a voté dans une école de Belo Horizonte, la capitale du Minas Gerais (sud-est) dont il a été deux fois gouverneur.

Sous les cris d'«Aecio vainqueur» de ses militants, il est apparu dans un fracas de pétards, décontracté aux côtés de sa jeune épouse, un ex-mannequin, en chemise bleue, la couleur des «Toucans» du PSDB. Et a fait le V de la victoire à la sortie.

«Deux projets» 

«Aujourd'hui nous avons à choisir entre deux projets. Le nôtre fera que le Brésil continuera à croître avec plus de santé et d'éducation. Le changement a déjà commencé!, a écrit sur son compte Twitter le candidat du Parti de la sociale-démocrate brésilien (PSDB).

À Higienopolis, quartier huppé de Sao Paulo, la capitale économique du pays et fief du PSDB, la préférence allait à M. Neves. «Je vote Neves car l'alternance au pouvoir est importante. En plus, le Brésil doit retrouver sa croissance et nous sommes fatigués des scandales de corruption», a déclaré à l'AFP, Roberto Carlos da Silva, un médecin de 34 ans.

Mais il y avait aussi des partisans de Mme Rousseff: «Je crois toujours au PT qui a radicalement réduit la pauvreté. Tout le système politique est corrompu et la corruption ne se limite pas à un parti», a affirmé la professeure Rita Azevedo, 51 ans.

Élue en 2010 dans l'euphorie finissante de l'âge d'or de la présidence de son mentor Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), l'ex-guérillera Dilma Rousseff, avait hérité d'une croissance économique annuelle de 7,5 %.

Elle a amplifié les programmes sociaux qui bénéficient à un quart des 202 millions de Brésiliens, lui valant un large soutien dans les couches populaires et les régions pauvres du Nord-Est.

Mais Dilma Rousseff a été confrontée à une économie en plein ralentissement et à des scandales de corruption qui ont terni l'image du PT.

L'économiste Aecio Neves, un pur produit de l'élite brésilienne à la réputation de jet-setteur fêtard, est soutenu par les milieux d'affaires, la droite classique et une partie des déçus du PT. Il promet un «choc de gestion» pour regagner la confiance des investisseurs et relancer l'économie.

Surfant sur l'indignation des Brésiliens, il a fait de la lutte contre la corruption l'un des axes de sa campagne, même si le PSDB, qui a dirigé le Brésil de 1995 à 2002, a lui-même été dans le passé éclaboussé par de nombreuses affaires.

Sao Paulo, Rio, Minas Gerais : la victoire finale se jouera au sein de la classe moyenne divisée des États les plus peuplés du sud-est industrialisé, qui avait été l'épicentre de la fronde sociale historique de juin 2013 contre la facture du Mondial, l'état de délabrement des services publics et la corruption.

Aecio Neves, largement favori dans ces régions depuis le premier tour, y a été rattrapé par Mme Rousseff.

«Je vote pour le PT parce que je crois dans son projet de construction sociale», a expliqué Fatima de Oliveira Borges, une fonctionnaire de Brasilia. «Il y a une haine du PT parce que les choses ont changé. Les employées domestiques voyagent en avion, étudient, ont parfois une voiture. Beaucoup de nantis ont peur de perdre leur femme de ménage».

Le résultat de la présidentielle sera connu juste après 20 h (18 h, heure de l'Est).

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