«La femme la plus puissante du Mexique» arrêtée pour corruption

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Considérée comme la femme la plus puissante du Mexique, Elba Esther Gordillo, 68 ans, est dirigeante du Syndicat national des travailleurs de l'enseignement (SNTE) depuis 1989. Elle est accusée d'avoir détourné plus de 200 millions des comptes du SNTE.

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Jean-Claude BOKSENBAUM
Agence France-Presse
Mexico

Trois mois après son arrivée au pouvoir, le président mexicain Enrique Peña Nieto a envoyé un signal fort contre la corruption avec l'arrestation de la présidente du syndicat des enseignants, accusée d'avoir détourné 160 millions de dollars de cotisations de ses adhérents.

Considérée comme la femme la plus puissante du Mexique, Elba Esther Gordillo, 68 ans, est dirigeante du Syndicat national des travailleurs de l'enseignement (SNTE) depuis 1989. Elle a passé sa première nuit, celle de lundi à mardi, à la prison pour femmes de Santa Martha, à Mexico.

«La Maestra» (La Maîtresse) a été arrêtée lundi soir à la descente de son jet privé en provenance de San Diego, aux États-Unis, où elle possède plusieurs propriétés. Elle est accusée d'avoir détourné deux milliards de pesos (environ 160 millions de dollars américains) provenant des fonds syndicaux.

Les partis politiques et la plupart des journaux ont salué une décision «courageuse» envers une personnalité controversée, haïe mais crainte.

Parallèlement et grâce à sa carrière syndicale, Elba Esther Gordillo a joué un rôle éminent dans la vie politique mexicaine, ayant négocié de puissance à puissance avec cinq présidents mexicains successifs, forte des quelque 1 400 000 adhérents du SNTE, l'un des plus puissants syndicats d'Amérique latine.

Elle a notamment dirigé le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, au pouvoir) entre 2002 et 2005, a été sénatrice et aussi chef de son groupe parlementaire à la Chambre des députés. Après sa rupture avec le PRI, elle avait fondé son propre parti politique, Nouvelle Alliance.

Son pouvoir était tel que lors de l'élection présidentielle de 2006, beaucoup lui ont attribué l'étroite victoire du conservateur Felipe Calderon, acquise par une marge de moins de 1 %.

La somme que la Maestra est accusée d'avoir détournée, avec l'aide de prête-noms et à travers des comptes en Suisse et au Liechtenstein, ne représente peut-être que la pointe émergée d'un iceberg, sur lequel les pouvoirs précédents ont fermé les yeux : le dossier d'accusation ne concerne que 2 des 81 comptes bancaires du SNTE.

Le message lancé par le nouveau pouvoir mexicain a été résumé par le ministre de la Justice annonçant l'arrestation de La Maestra : «Personne n'est au-dessus de la loi».

L'arrestation de Mme Gordillo est aussi un coup porté au Parti action nationale (PAN, conservateur) qui a exercé le pouvoir pendant 12 ans avec deux présidents, Vicente Fox (2000-2006) et Felipe Calderon (2006-2012), et qui avait fait de La Maestra une interlocutrice privilégiée du pouvoir.

Reste à savoir si ce «coup de maître», comme le titre mardi le quotidien Reforma, est le signal d'une action durable contre la corruption ou une action contre une dirigeante syndicale opposée à la réforme éducative promulguée lundi. Cette nouvelle loi prévoit un meilleur contrôle de compétence des enseignants, mesure à laquelle Mme Gordillo entendait s'opposer frontalement.

Le commentateur de Reforma Sergio Sarmiento se demandait mardi si des actions de ce type vont intervenir «contre d'autres leaders syndicaux qui ont fait étalage d'une grande richesse personnelle».

L'attention va se porter inévitablement sur le secrétaire général du syndicat des travailleurs du pétrole, Carlos Romero Deschamps, autre dirigeant syndical controversé pour son train de vie. Actuellement sénateur du PRI, il a, selon Sarmiento, «offert toutes les signes nécessaires de loyauté au président Peña Nieto».

L'analyste politique José Antonio Crespo a dit à l'AFP que la procédure contre Mme Gordillo peut aussi bien déboucher sur un «renforcement de la présidence» que sur un «retour de l'autoritarisme» traditionnellement reproché au PRI, qui avait gouverné le Mexique sans partage pendant 71 ans jusqu'en 2000.

Pour Manuel Camacho Solis, autrefois figure du PRI, mais aujourd'hui proche du dirigeant de gauche Andres Manuel Lopez Obrador, «le signal parait frappant : c'est un acte de restauration de l'autorité présidentielle. Nous ne pouvons pas ne pas reconnaître ce fait et ne pas le soutenir», a-t-il dit à radio MVS.

Le ministre de la Justice, Murillo Karam, a rejeté sur Televisa les arrières-pensées politiques du pouvoir. Le seul problème est le détournement de fonds, a-t-il assuré : «C'est l'argent des travailleurs, nous agissons pour la défense de travailleurs».

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