Efficaces et suffisantes, les frappes contre l'EI?

Des soldats français prépare un avion de combat... (PHOTO KARIM SAHIB, ARCHIVES AFP)

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Des soldats français prépare un avion de combat Rafale sur une base militaire dans le Golfe en vue d'une mission contre le groupe État islamique

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De la formation plutôt que des bombardements. C'est ainsi que le Canada entend lutter contre le terrorisme au Moyen-Orient. La stratégie sera-t-elle plus efficace pour éradiquer le groupe armé État islamique? La Presse a posé la question à trois experts.

Les frappes aériennes sont-elles efficaces pour lutter contre le groupe armé État islamique (EI)?

«Si quelqu'un s'attend à ce que les frappes aériennes éliminent un ennemi comme l'État islamique, la réponse est un non retentissant. Or, ce n'est pas ça l'idée, c'est une mauvaise perception qu'on entend souvent. Les frappes aériennes ont pour objectif déclaré, par les États-Unis et les membres de la coalition, d'arrêter l'expansion de l'EI et de l'affaiblir au moins un peu. À ce titre, les frappes aériennes sont efficaces.»

- Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa et ancien analyste du ministère canadien de la Défense

«Les frappes aériennes de l'ensemble de la coalition ont stoppé l'avancée de l'EI, ce qui a permis aux forces présentes sur le terrain de reprendre du territoire. Au cours des dernières semaines, les forces kurdes appuyées par les frappes aériennes, dont des frappes canadiennes, ont pu reprendre la ville de Sinjar [à l'ouest de Mossoul, près de la frontière syrienne].»

- David Perry, analyste à l'Institut canadien des affaires mondiales

«Les frappes aériennes ne sont que la première phase de l'action militaire visant à affaiblir un adversaire déterminé avant de le neutraliser ultérieurement par d'autres moyens, terrestres en particulier. Elles ne sont que le début d'une solution, pas la solution complète face au problème. Dans le cas de l'EI, les phases suivantes de l'action militaire devront être menées par les forces terrestres de la région qui, in fine, doivent reprendre le contrôle de "leur" terrain.»

- Gilles Rouby, général français à la retraite

Quelle est l'efficacité de l'entraînement de militaires étrangers?

«L'efficacité de cet entraînement est maximum puisqu'il porte sur les trois niveaux fondamentaux nécessaires pour obtenir ce qu'on appelle en jargon militaire «une interopérabilité des armées»: l'établissement de doctrines d'emploi des forces communes; l'établissement de procédures opérationnelles communes et l'emploi d'un langage commun; une organisation des forces et des états-majors très proches qui permet à un officier du Canada d'être à l'aise dans un état-major français et inversement, par exemple.»

- Gilles Rouby

«On a besoin des deux, [la formation et les frappes aériennes]. C'est ce qui a été fait avec les troupes kurdes et il semble que ça ait fonctionné, puisqu'elles ont repris la ville de Sinjar. Quand vous regardez sur une carte le territoire qui a été repris à l'EI, c'est principalement dans les régions du nord, où les Kurdes [qui ont été entraînés par les Occidentaux] sont déployés. Plus au sud, avec les troupes ordinaires irakiennes, il semble que ça se fasse toujours attendre. Les Américains ont annoncé l'été dernier que des formations seraient bientôt organisées.»

- David Perry

«C'est efficace, mais avec certaines limites. Des troupes occidentales seraient supérieures en termes de capacité, d'organisation, d'équipement, [...] mais ça ferait exploser l'Irak et la Syrie: on ne pourrait pas donner un meilleur outil de recrutement à l'EI. Cela dit, les troupes locales sont extrêmement problématiques. Ça fait 14 ans que les États-Unis soutiennent des troupes locales en Afghanistan avec peu de succès. [...] Donc, la formation n'est pas une solution parfaite, mais c'est la moins pire des solutions.»

- Thomas Juneau

Quel serait le moyen le plus efficace de vaincre l'EI?

«On a besoin de troupes au sol, absolument. La question qui reste, c'est de déterminer lesquelles seront les plus efficaces à long terme. Et je pense que ce sont les troupes locales, assistées par des gens comme les Canadiens, qui le seront. [...] Quand les forces occidentales ont quitté l'Irak en 2010, les forces locales n'ont pas réussi à assurer elles-mêmes la sécurité. Si on fait ça encore, envoyer des forces occidentales, battre l'EI, puis s'en aller, sans s'assurer de bien outiller les forces locales, la même situation va se reproduire.»

- David Perry

«La seule façon de vaincre l'EI, c'est par une solution politique en Irak et en Syrie, c'est-à-dire une réconciliation nationale, du développement économique et de la stabilité politique en Irak et la paix en Syrie. Le problème, c'est que ces choses-là n'arriveront pas avant plusieurs années encore. Alors, on est pris dans une situation contradictoire où on a besoin des frappes aériennes pour arrêter l'EI, mais on n'est pas capables de faire plus. Et si on arrête les frappes aériennes, l'EI va recommencer à prendre de l'expansion.»

- Thomas Juneau

«La lutte contre l'EI réclame un plan d'ensemble multinational à plusieurs niveaux puisque l'EI exerce une menace multinationale. Il faut donc faire effort sur le renseignement, les transports, les contrôles et sur l'opération militaire. Pour cette dernière, il faut d'abord fédérer les nations qui considèrent l'EI comme une menace, ce qui n'est pas simple puisque l'opposition sunnites/chiites est au coeur du problème et dépasse largement les frontières de la Syrie et de l'Irak. [...] Nous en sommes encore un peu loin, mais des progrès sont visibles depuis quelques jours entre Russes et Français et sans doute, à terme, avec les Américains.»

- Gilles Rouby

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