(Port-au-Prince) L’Union européenne a annoncé jeudi qu’elle ne financerait pas l’organisation du référendum prévu le 27 juin en Haïti ni n’enverrait d’observateurs pour ce scrutin, jugeant le processus insuffisamment transparent et démocratique dans un pays miné par l’insécurité et l’instabilité politique.

Agence France-Presse

« Les conditions pour un appui financier et technique à l’organisation des élections ne sont absolument pas remplies à ce stade donc nous avons refusé de contribuer à ce processus en l’état », a déclaré l’ambassadrice de l’Union européenne en Haïti, Sylvie Tabesse.

« Nous considérons que le processus ne donne pas toutes les garanties de transparence et de démocratie que l’on serait en droit d’attendre donc, dans ce cadre, non, si le gouvernement (haïtien) nous le demandait, nous n’envisageons pas de répondre positivement pour une mission d’observation », a ajouté la diplomate lors d’une rencontre avec plusieurs journalistes dans la capitale haïtienne.

Depuis janvier 2020, le président Jovenel Moïse gouverne par décrets et sans contre-pouvoirs, faute d’élections organisées ces dernières années.

Le pouvoir en place a élaboré un calendrier électoral chargé pour l’année 2021 afin de permettre le renouvellement démocratique de l’ensemble du personnel politique.  

Mais en plus des scrutins présidentiels, législatifs et locaux à l’automne, Jovenel Moïse veut soumettre au vote populaire, le 27 juin, un projet de nouvelle Constitution.

La semaine dernière, les États-Unis ont renouvelé leur appel à l’organisation d’élections en Haïti tout en affirmant leur opposition à un changement de constitution.  

Face à ces réserves de la communauté internationale, le gouvernement haïtien refuse de renoncer à son projet.

« Un référendum est un acte de souveraineté. Il concerne essentiellement les Haïtiens : ce sont eux qui décident s’ils veulent ou non un référendum pour changer la Constitution », avait déjà réagi mardi le premier ministre haïtien Claude Joseph.

L’organisation de ce scrutin attise les critiques jusque dans le camp du Jovenel Moïse, car la procédure choisie ne semble pas respecter les dispositions de l’actuelle constitution.  

Rédigé en 1987, après la chute de la dictature des Duvalier, le texte actuellement en vigueur déclare que « toute consultation populaire tenant à modifier la Constitution par voie de référendum est formellement interdite ».

Dans ce contexte politique difficile, l’emprise des gangs sur le territoire s’est aggravée ces derniers mois, permettant une recrudescence des enlèvements contre rançon à Port-au-Prince comme en province.