« Ne touchez pas au Venezuela » : inquiet pour le gouvernement de Nicolas Maduro, son plus proche allié, Cuba a lancé une vaste mobilisation pour tenter de rallier la communauté internationale contre les pressions « brutales » de Washington.

KATELL ABIVEN AGENCE FRANCE-PRESSE

Partout dans le pays, ces derniers jours, militaires, travailleurs, élèves et étudiants cubains ont été appelés à signer des déclarations de soutien au dirigeant socialiste, selon des images retransmises à la télévision d'État.

Employée dans une entreprise de cigares de La Havane, Maria Luisa Gomez témoignait ainsi être « pour la non-ingérence au Venezuela, car nous devons défendre la paix entre tous les peuples ».

« L'action des États-Unis, pour attaquer, envahir un pays, est une ingérence », renchérissait le haut-gradé militaire Ignacio Ariosa, lors d'une cérémonie dans une caserne à Matanzas, à l'est de la capitale.

« Le Venezuela ne sera jamais seul » : la une mardi du journal officiel Granma résume le mot d'ordre sur l'île, alors que la pression de la communauté internationale, États-Unis en tête, s'accroît sur Caracas.

Sur les réseaux sociaux, les autorités cubaines relaient en boucle le hashtag #ManosfueradeVenezuela (« Ne touchez pas au Venezuela »), un slogan affiché en grand sur le pupitre des présentateurs du journal télévisé, à côté du drapeau vénézuélien.

« Je pense qu'ils sont extrêmement inquiets » de « perdre un allié majeur » si Maduro quitte le pouvoir, estime Michael Shifter, président du groupe de réflexion Dialogue interaméricain à Washington.

Depuis le début des années 2000, Caracas fournit à Cuba du pétrole à des tarifs préférentiels et un soutien économique. En échange La Havane lui envoie des milliers de médecins, entraîneurs sportifs et conseillers militaires.

« Même si le Venezuela est dans une crise très profonde et que les livraisons de pétrole à Cuba ont baissé (de 40 % depuis 2014, NDLR), c'est quand même quelque chose, et ils le perdraient totalement », souligne Michael Shifter. De quoi fragiliser une économie cubaine déjà en berne, avec une croissance d'à peine 1 % et de nombreuses pénuries.

Ces jours-ci, le ministre cubain du Commerce extérieur, Rodrigo Malmierca, s'est d'ailleurs rendu en visite officielle au Qatar et en Algérie, pour approfondir les relations avec ces deux pays pétroliers.

« Énorme préoccupation »

« Deuxièmement (il y a) la menace que les États-Unis se retournent vers Cuba après le Venezuela » pour imposer plus de sanctions à une île déjà sous embargo américain depuis 1962, explique M. Shifter.

Plusieurs ambassadeurs en poste à Cuba et interrogés par l'AFP confirment cette nervosité, se déclarant surpris d'avoir été convoqués deux fois en trois semaines à une réunion avec le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez, quelque chose de très inhabituel selon eux.

Le ministre « nous a commenté l'énorme préoccupation de Cuba face à une intervention militaire américaine au Venezuela » et « nous a dit que nous avons une responsabilité face à l'Histoire », confie un diplomate ayant participé aux deux réunions.

Ce que redoute surtout La Havane, c'est que cette éventuelle intervention puisse recevoir l'aval de l'ONU, selon une autre source diplomatique qui explique que le précédent fréquemment cité par les autorités cubaines est celui de la guerre en Irak en 2003.

« Le gouvernement américain continue de faire pression sur les États membres du Conseil de sécurité des Nations unies pour forcer l'adoption d'une résolution qui serait l'antichambre de l'aide humanitaire », un « prétexte » pour « une agression militaire », a affirmé mardi Bruno Rodriguez lors d'une conférence de presse.

Le temps du réchauffement diplomatique entre La Havane et Washington, qui avaient rouvert leurs ambassades respectives en 2015, semble bien loin : lundi, Donald Trump a estimé que « les jours du communisme étaient comptés au Venezuela, mais aussi au Nicaragua et à Cuba », trois pays dénoncés comme « la troïka de la tyrannie » par l'administration américaine.

Le ministre cubain des Affaires étrangères lui a répondu sèchement, dénonçant tour à tour son « gouvernement amoral », son « langage de haine et de division » ainsi que son « anticommunisme extrême, viscéral, démodé, vieux et ancré dans la Guerre froide ».

Et il a rejeté comme « abjectes » ses accusations selon lesquelles « Cuba a une armée privée au Venezuela », alors que plusieurs experts évoquent régulièrement la présence de Cubains dans les plus hautes sphères de l'armée vénézuélienne. « Je l'exhorte à présenter des preuves », a lancé Bruno Rodriguez.