Des obstacles dans l'aide aux sinistrés cubains

Yaima Aceguinolaza avec l'une de ses deux filles, Roxana... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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Yaima Aceguinolaza avec l'une de ses deux filles, Roxana

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Carl-Michel Cloutier partira demain pour Cuba avec 500 kg de nourriture, de vêtements, de matériaux et d'autres dons pour les sinistrés de l'ouragan Irma. Mais avant que ces produits de première nécessité soient remis à ceux qui ont tout perdu, il risque de payer des milliers de dollars en tarifs douaniers.

«Air Canada a accepté de nous fournir le transport gratuitement, pour 15 paquets de 25 kg chacun, puisque c'est de l'aide humanitaire, explique M. Cloutier. On a aussi demandé à l'ambassade de Cuba au Canada si on pouvait être exemptés de droits de douane à notre arrivée là-bas, mais on a eu moins de chance.»

Par courriel, la consule de Cuba à Montréal, Mara Bilbao Díaz, lui a répondu hier que «les autorités donnent la priorité à l'envoi de grandes charges destinées aux personnes qui ont été les plus touchées en général».

«Malheureusement, Cuba n'a pas l'infrastructure nécessaire, ni aux aéroports ni dans la douane, pour évaluer ponctuellement ce que chaque personne veut apporter à sa famille et aux voisins en tant qu'aide particulière.» 

«Si nous ne recevons pas la permission de la douane concernant votre cargaison, vous ne pourrez pas entrer au pays sans payer les frais douaniers.»

Carl-Michel Cloutier, qui est marié à une Cubaine, a l'habitude d'apporter divers articles au village de sa femme quand il visite sa belle-famille. L'hiver dernier, pour quatre valises de vêtements et de produits domestiques, il a dû payer des frais de 1000 $.

Sa belle-famille habite Sagua La Grande, dans la province de Santa Clara, à l'est de La Havane. «Nos proches sont corrects, mais plusieurs ont tout perdu, particulièrement dans un secteur situé près de la mer, où presque tout a été complètement détruit», raconte-t-il.

«Auto-embargo»

Le gouvernement cubain impose des taxes élevées sur les produits de consommation qui entrent au pays et en limite la quantité. Dans certains cas, comme pour les appareils électroniques, les frais à payer peuvent atteindre 100 ou 200% de la valeur des biens.

Ces mesures ont pour but d'encourager les achats locaux, mais plusieurs soulignent que les magasins d'État sont en pénurie chronique et qu'ils vendent trop cher. C'est pourquoi les critiques disent que les taxes sur les importations imposées par Cuba sont l'équivalent d'un «auto-embargo», qui serait plus dommageable que l'embargo maintenu par les États-Unis envers le pays communiste.

Les marchandises importées sont taxées 10 pesos par kilogramme (10 pesos convertibles = 12,30 $CAN). Pour 500 kg de produits, Carl-Michel Cloutier devrait donc payer des frais de 6145 $CAN.

Or, la collecte de fonds qu'il a organisée sur le site OneDollarGift.com, parallèlement à la collecte de vêtements et d'autres biens, a permis d'amasser 3100 $. Les denrées alimentaires, emballées sous vide pour se conserver longtemps, ont été données par le Groupe Desco et les Aliments Martel. Des vêtements ont été recueillis à l'école Albert-Schweitzer de Saint-Bruno-de-Montarville. 

Il espère réduire sa facture à la douane grâce au fait que sa belle-mère rentrera à Cuba en même temps que lui, demain. Les frais douaniers imposés aux citoyens du pays peuvent être payés en pesos cubains. Comme 10 pesos cubains valent 0,46 $CAN, la facture serait réduite à 232 $CAN pour leur cargaison.

D'autres initiatives

Quelques autres initiatives s'organisent pour faire parvenir des dons aux Cubains frappés par Irma. La Dre Sonia Font Del Pino, de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui est d'origine cubaine, prévoit s'y rendre en octobre avec quelques valises de marchandises utiles. Par l'intermédiaire de son ONG, Collaboration Canada-Cuba (C3), elle a obtenu d'Air Transat l'autorisation d'apporter deux valises supplémentaires sans frais.

C3 travaillait déjà sur un projet avec l'administration de la province de Matanzas, non loin de Varadero, pour envoyer là-bas du matériel mis au rancart par l'hôpital du Haut-Richelieu. L'envoi risque d'être retardé en raison de l'ouragan.

Audrey Bélanger sera aussi très chargée lorsqu'elle se rendra dans trois semaines dans le village d'origine de son conjoint, Caibarien, non loin de Cayo Santa Maria. Elle espère recueillir 6000 $ sur le site GoFundMe.com d'ici son départ pour aider des familles dans le besoin, en plus de leur apporter des biens essentiels. «Le village est détruit à 70%, se désole-t-elle. Plusieurs secteurs n'ont toujours pas d'électricité, le gouvernement ne fournit rien.» 

«On a pu envoyer de l'argent quand le bureau de Western Union a rouvert, mais il n'y a même pas de nourriture à acheter.»

Alain Ratthé, qui a de nombreux amis là-bas en raison de ses voyages fréquents, partira quant à lui avec une scie à chaîne pour un ami propriétaire d'hôtel qui a plusieurs palmiers à couper.

Il a déjà fait l'expérience des restrictions à la douane cubaine. «J'avais apporté une vingtaine de prises électriques pour un ami qui rénovait sa maison, mais j'avais seulement droit à six, alors ils ont saisi les autres», raconte-t-il.

Maison écroulée

Alain Ratthé passera aussi voir son ami Ernesto Alonso, propriétaire d'un restaurant à Boca de Camarioca, non loin de Varadero. Inquiet pour ses copains cubains, le Québécois leur a téléphoné pendant qu'Irma se déchaînait.

Personne n'a été blessé, mais la soeur d'Ernesto, Dayma, qui est aussi sa voisine, a perdu sa maison pendant l'ouragan. La Presse est passée sur place il y a quelques jours, pour constater les dégâts : une partie du deuxième étage de la maison, pourtant une construction solide, s'est affaissée sur le premier, sous l'assaut des vagues déchaînées. La famille ne sait pas si elle recevra de l'aide du gouvernement pour être relogée.

Même incertitude pour Yaima Aceguinolaza, mère célibataire de deux filles de 11 et 12 ans, enceinte de cinq mois. Les pièces situées à l'arrière de sa modeste maison de Matanzas, donnant sur la mer, ont été emportées pendant l'ouragan.

En entrant par la porte avant, on a maintenant une vue sans entrave sur les flots turquoise, encadrés par les murs déchiquetés.

Son père l'héberge temporairement, mais la famille doit s'entasser dans un espace restreint.

«J'ai eu le temps de mettre certaines choses à l'abri avant la tempête, heureusement, mais je ne sais pas où je vais rester», dit la jeune femme, désemparée.




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