À New York comme à Montréal, Estelle Le Roux Joky et Pascal Huynh constatent le même phénomène : en ville, les logements s’entassent et les gens s’isolent. Et si l’habitation elle-même pouvait contribuer à recréer ces liens ? Leur parcours à l’Incubateur de la Maison de l’innovation sociale (MIS) a fait évoluer leur intuition vers les milieux de vie plus humains de Village Urbain. Découvrez leur histoire.

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Vivre en cohabitation

S’inspirant du modèle de l’habitat participatif Village Urbain combine logements privés et espaces collectifs — cuisine, buanderie, salle de jeux et terrasse — qui offrent autant de lieux où les familles et les générations se croisent, s’entraident et créent des habitudes collectives. « On a recréé la convivialité des ruelles de Montréal, mais dans un bâtiment vertical », souligne Pascal Huynh, cofondateur de Village Urbain.

Bien que certains soient propriétaires de leur espace privé et d’autres, locataires, tous sont membres d’une même coopérative de solidarité et ont autant de pouvoir décisionnel. Les appartements locatifs sont, quant à eux, admissibles à des subventions qui favorisent l’accès au logement.



Des valeurs communes

Village Urbain est né en 2019 d’une rencontre improbable. Le Montréalais Pascal Huynh en était alors à sa troisième rénoviction et militait pour le droit au logement. Estelle Le Roux Joky, quant à elle, a quitté le secteur immobilier à New York et est revenue au Québec pour fonder une famille dans un milieu plus proche de ses valeurs. Une amie commune les a présentés l’un à l’autre.

Pascal Huynh et Estelle Le Roux Joky


« Même si on était très différents, on se rejoignait quant à nos valeurs, à notre vision et à nos idées pour repenser l’habitation », se souvient Estelle Le Roux Joky. Le duo a découvert l’Incubateur de la MIS, auquel il faut postuler en solo ou à deux.



L’Incubateur en bref

Ce parcours de la Maison de l’innovation sociale accompagne des personnes — des entrepreneuses et entrepreneurs sociaux — qui veulent transformer des idées en solutions concrètes pour la société. Il combine une méthodologie d’innovation éprouvée à des outils pratiques ainsi qu’à un réseau de partenaires et à un soutien personnalisé.

Ce qu’il faut savoir sur ce programme :

● C’est très abordable, grâce à l’appui financier de partenaires.

● Deux formules sont maintenant proposées : un parcours hybride (présentiel et virtuel) à Montréal, et trois cohortes virtuelles ouvertes à toutes les autres régions du Québec.

● Les rencontres ont lieu aux 2 semaines pendant, en moyenne, 20 semaines.

● Plus de 215 personnes ont été accompagnées depuis 2018.

● La prochaine cohorte débute en janvier 2027 ; l’inscription est ouverte à partir du 19 octobre.

L’Incubateur de la MIS est soutenu financièrement par Desjardins et la Ville de Montréal.




Du rêve à la réalité

D’octobre 2019 à février 2020, Pascal et Estelle ont participé à des ateliers qui les ont aidés à articuler leur vision. Certains thèmes — comme la finance et le marketing — leur étaient déjà familiers, mais d’autres, spécifiques à l’innovation sociale, les ont invités à se questionner sur les retombées humaines et environnementales du projet, ainsi que sur sa raison d’être.

Dix heures d’accompagnement individuel se sont révélées d’une aide précieuse pour la cofondatrice et le cofondateur pour aborder l’aspect psychologique de l’entrepreneuriat, de même que pour surmonter leurs croyances limitantes. L’équipe de la Maison de l’innovation sociale a également pu leur offrir son soutien bien après la fin de leur cohorte, notamment pour leur permettre d’obtenir des subventions et de trouver des partenaires.

IMAGE DE SID LEE ARCHITECTURE ET BOLIDE STUDIO, POUR LE VILLAGE URBAIN



Des alliés pour surmonter les difficultés

En immobilier, les défis sont de taille. Village Urbain doit répondre aux exigences complexes de grands projets de copropriété, tout en finançant des plans, des études et des expertises avant même d’avoir la certitude que le tout aboutira.

La Maison de l’innovation sociale a alors aidé le duo à élargir son cercle : des architectes, des partenaires financiers, des organismes de développement et d’autres entrepreneurs sociaux se sont joints de façon progressive au projet.

Il faut s’entourer de gens qui croient au projet, qui croient en toi et qui sont là pour remettre en question certaines idées et faire évoluer ta vision.

Estelle Le Roux Joky, cofondatrice, Village Urbain



Une réussite déjà pérenne

Estelle et Pascal ont depuis quitté Village Urbain, car l’organisme compte désormais sur une dizaine d’employés et sur une directrice générale chevronnée. Les travaux se poursuivent pour un premier bâtiment, à Lachine, qui accueillera une cinquantaine de ménages. À Laval, un second projet intergénérationnel de plus de près de 200 logements est en cours de développement.

Sans l’Incubateur de la MIS, Village Urbain serait resté un rêve un peu fou. Là, on laisse derrière nous une vraie entreprise d’économie sociale qui crée de l’emploi et des logements, et qui propose un concept de vie vertueux.

Pascal Huynh, cofondateur, Village Urbain