Les crises environnementales, les défis liés à l’alimentation et à la santé durable, ainsi qu’un contexte mondial marqué par des incertitudes économiques et géopolitiques ont un point en commun : ils se laissent rarement comprendre à travers une seule discipline. Pour en saisir toute la complexité, il faut souvent aller voir au-delà de son propre champ d’expertise et croiser les regards. À l’Université Laval, l’approche interdisciplinaire s’inscrit autant dans la recherche que dans la formation, avec l’objectif de faire émerger des solutions innovantes aux grands enjeux d’aujourd’hui.

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Regarder un même problème sous plusieurs angles

Pour Benoît Lamarche, directeur scientifique du Centre NUTRISS et professeur à l’École de nutrition de l’Université Laval, l’interdisciplinarité repose d’abord sur la volonté d’étudier un enjeu en tenant compte de plusieurs points de vue. Cette capacité à faire tomber les frontières entre les disciplines et les facultés constitue d’ailleurs l’une des forces distinctives de l’établissement. En nutrition, l’exemple est particulièrement parlant. Une recommandation aussi simple en apparence que de manger moins de sel ou davantage de fruits ne peut être envisagée uniquement sous l’angle de l’individu et de sa capacité de suivre cette recommandation. Les habitudes alimentaires sont aussi influencées par la biologie, les comportements, l’environnement, la culture et le contexte social.À

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L’idée, c’est de mélanger les disciplines pour trouver des solutions qu’on n’aurait pas pu faire émerger seuls. On comprend ainsi mieux la problématique et on multiplie les possibilités d’intervention.

Benoît Lamarche, directeur scientifique du Centre NUTRISS et professeur à l’École de nutrition de l’Université Laval


Cette rencontre des savoirs peut toutefois bousculer les façons habituelles de travailler. Les disciplines n’utilisent pas toujours les mêmes méthodes, ni les mêmes indicateurs de réussite et le même langage. Il faut donc accepter de confronter ses réflexes et de laisser une place réelle aux perspectives des autres.



Une formation qui prépare autrement

Pour les étudiants, évoluer dans un environnement interdisciplinaire représente aussi un apprentissage en soi. Cela exige d’être à l’aise avec la complexité, d’écouter des points de vue différents et de ne pas chercher trop rapidement une réponse unique. Ce genre d’approche donne lieu à des rencontres parfois inattendues. C’est le cas d’un projet réunissant communication et microbiote, né d’un atelier « Parlons bouffe », qui s’intéresse notamment à la façon dont la recherche sur le microbiote est communiquée au grand public.

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Selon Benoît Lamarche, les étudiants qui s’exposent à cette façon de travailler arrivent ensuite mieux outillés dans la société. Ils développent une compréhension plus globale des enjeux, deviennent plus ouverts à la diversité des opinions et sont davantage préparés à envisager plusieurs avenues avant de prendre une décision. Cette capacité peut également devenir une valeur ajoutée pour les employeurs, considérant que les organisations doivent elles aussi composer avec des problèmes qui dépassent souvent les frontières d’un seul champ d’expertise.

L’interdisciplinarité ne se force pas. Elle repose sur des personnes qui ont envie de travailler autrement et qui acceptent de chercher des voies de passage entre leurs disciplines. Les perspectives sont différentes selon d’où on vient, et c’est justement ce qui enrichit le travail du groupe.

Benoît Lamarche, directeur scientifique du Centre NUTRISS et professeur à l’École de nutrition de l’Université Laval

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Au Centre NUTRISS, cette culture de collaboration a été mise de l’avant dès le départ. Le centre rassemble des chercheurs provenant de nombreuses disciplines et de plusieurs facultés, ce qui permet de créer des équipes qui ne se seraient pas nécessairement formées autrement. Il mise notamment sur une approche ascendante, où les initiatives prennent forme à partir des besoins de la communauté de recherche. Le centre multiplie aussi les occasions de rencontre par des ateliers, des dîners-causeries et différentes activités de maillage.

Cette structure autour des centres de recherche constitue une force particulière de l’Université Laval. Elle permet de dépasser les frontières des facultés et de bâtir des groupes autour d’un enjeu commun plutôt qu’autour d’une seule discipline.

Benoît Lamarche, directeur scientifique du Centre NUTRISS et professeur à l’École de nutrition de l’Université Laval



Une culture qui se construit dans le temps

L’interdisciplinarité prend également forme dans des projets qui dépassent les murs de l’Université. En Mauricie, une initiative consacrée à la transition alimentaire cherche à jeter les bases d’un système alimentaire territorial à la fois durable et équitable. Le projet réunit plusieurs perspectives autour d’un même enjeu, notamment des dimensions environnementales, sociales et autochtones. Cette diversité de regards permet d’aborder l’alimentation non seulement comme une question de nutrition, mais aussi comme un enjeu lié au territoire, aux communautés et aux façons de produire et de consommer.

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Cet exemple illustre ce que Benoît Lamarche voit comme l’une des grandes forces de l’interdisciplinarité, soit la possibilité de mieux comprendre la somme des facteurs qui composent une problématique avant de chercher à résoudre cette dernière. « En créant davantage d’occasions de collaboration et en soutenant des projets qui traversent les disciplines, l’Université Laval cherche à faire émerger des réponses mieux adaptées à la complexité des enjeux contemporains », conclut-il.