Les gens qui côtoient Constance Brunet ont du mal à croire que la femme colorée et exubérante qu’ils ont devant eux n’a pas toujours existé. Il a fallu que la septuagénaire attende l’automne de sa vie pour se détacher des conventions et commencer à vivre comme elle l’entend. Aujourd’hui, elle rattrape les années perdues, croquant à pleines dents dans cette liberté trop longtemps refusée.

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Assise dans son loft baigné de lumière, entourée d’une collection éclectique d’œuvres d’art, Constance se raconte. « Dans ma vie, tout revient à la couleur. Mon père était imprimeur ; j’avais des presses dans ma salle de jeu. » Le bruit des feuilles, l’odeur de l’encre : c’est là qu’est né un amour de l’art et des couleurs qui ne l’a jamais quittée.

Puis est arrivée une période teintée de gris : l’entrée au pensionnat. Constance relate avec humour ce passage de sa vie durant lequel elle a tenté de se conformer, sans succès. « Je ne m’appelle pas Nicole, Louise ou Denise comme toutes les filles de ma classe. J’ai les yeux croches d’aplomb, j’ai des lunettes, des cheveux qui partent dans tous les sens… Comment je peux rentrer dans le moule ? »

Ce n’est qu’à 50 ans que Constance a véritablement commencé à s’affranchir. « Mes amis ne le croient pas quand je dis ça, mais ça m’a pris du temps à ouvrir mes ailes, à prendre mes propres décisions, affirme-t-elle. Avant ça, je subissais ce qu’on m’imposait. » Aujourd’hui, elle n’a plus de place pour la pudeur qui lui a été imposée autrefois.

Je suis fière d’avoir fini par m’émanciper. Si je ne l’avais pas fait, je serais une petite vieille rabougrie, j’aurais les cheveux courts et je me dirais à tout bout de champ : « Oh ! mon Dieu ! Qu’est-ce que les gens vont dire de moi ? »

Constance, 73 ans


Vivre à fond

Pour Constance, la maladie a toujours été en filigrane dans son quotidien. Elle fréquente son oncologue depuis l’âge de 31 ans. « Ma plus longue relation avec un homme ! » dit-elle en éclatant de rire. Pendant des années, celle qui était alors mère monoparentale vivait comme si elle ne connaîtrait jamais de vieux jours. « Quand j’ai compris que je n’allais pas en mourir, c’est là que ma vie a vraiment commencé », poursuit-elle.

À cette saison-ci de sa vie, Constance savoure ce qui se présente à elle : les apéros impromptus ; les voyages ; les invitations à sortir ; l’envie soudaine de cuisiner un souper fantaisiste pour ses amis ; les discussions spontanées dans le métro ou devant un étal du marché Jean-Talon…

Artiste mosaïste à ses heures, elle goûte à ce plaisir — parmi les plus grands qu’elle connaît — à l’atelier où elle se rend tous les mercredis pour travailler. « Et papoter ! » précise-t-elle.



L’amour : une quête inachevée

Alors, que manque-t-il à Constance pour que son bonheur soit entier ? « Mon plus grand regret, c’est de ne pas avoir réussi en amour », répond-elle. Il y a bien eu ce guitariste classique, un personnage fantasque avec qui elle a eu sa fille, Marie-Maude, une artiste joaillière qui a hérité du talent artistique de son père. « Mais il était fou, tranche Constance. Je me suis rendu compte que quand je tombe en amour, ils sont tous un peu weirdos. »

Il y a aussi eu Pierrot, un grand ami. En plus d’être des compagnons de voyage, ici à Montréal, les deux complices sortaient au resto, au ciné, au musée… « Je ne suis pas tombée en amour, mais j’aimais ça être avec lui », résume Constance. Pierre est parti il y a sept ans, un vide qu’elle ressent encore intensément.

Avec les années, le bassin de candidats se rétrécit. Les hommes de son âge veulent être avec des femmes plus jeunes. « J’ai calculé qu’il me faudrait un gars de cent quelques années pour qu’il me trouve de son goût », dit-elle en plaisantant. Or, à défaut de trouver l’amour, Constance profite de la vie différemment. « Pendant un moment, je me suis pris un amant », annonce la septuagénaire sans aucune trace de cette pudeur dont elle s’est délestée il y a longtemps.



Je continue à vivre pareil, mais je trouve ça dommage. Il y a un vide dans ma vie présentement, mais je ne peux pas dire que j’ai fait le deuil de l’amour, parce que j’y crois encore. On s’en reparle dans 10 ans pour voir ? (rires)

Constance, 73 ans


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