Ce n'est pas parce qu'on est seule qu'on doit s'empêcher de voyager! On ne peut attendre indéfiniment que notre conjoint, notre meilleure amie ou notre collègue se décide à partir. Des femmes qui ont tenté l'expérience racontent.

Mis à jour le 7 août 2009
Anne-Marie Parent, collaboration spéciale LE SOLEIL

Lynda Cumming s'est retrouvée à un congrès en Australie et est restée quelques journées de plus. «Le jour, j'étais vraiment contente d'être seule à décider où j'allais me promener, à quelle heure j'allais me lever et ce que je voulais visiter, raconte-t-elle. Par contre, le soir, j'ai trouvé ça plus difficile de souper en solitaire. Les couples ou les groupes d'amis ne vont pas accueillir une touriste seule, parce qu'ils sont déjà en bonne compagnie. Je mangeais souvent au bar, afin de discuter avec le serveur.»

Ce n'est pas d'hier que les femmes volent de leurs propres ailes. Déjà au début du XXe siècle, des exploratrices européennes découvraient, en solo, des contrées éloignées qu'elles ont dépeintes dans des récits encore publiés de nos jours. Par exemple, Isabelle Eberhardt, née en Suisse en 1877 d'une mère russe, a sillonné librement l'Afrique du Nord déguisée en homme.

La Suisse Ella Maillart, née en 1903, a parcouru l'Asie, la Russie, l'Afghanistan et l'Inde, entre autres pays, en plus d'avoir travaillé sur des bateaux, participé aux épreuves de voile aux Jeux olympiques de 1924 et créé une équipe de hockey féminine!

Sans oublier Alexandra David-Néel, Française née en 1868 et décédée en 1969, première femme européenne à séjourner au Tibet, en 1924. À l'âge de 100 ans, elle renouvela son passeport... Quand on a l'âme d'une voyageuse, c'est pour toujours!

Dans la plupart des pays, les gens sont curieux de connaître les motivations des voyageuses non accompagnées. Un certain paternalisme protecteur en découle : les résidants les abordent, leur posent des questions et, souvent, leur offrent hospitalité et transport! «Vos parents vous laissent voyager toute seule?» Interrogation reprise, quelques années plus tard, par la version «Votre mari vous laisse voyager seule?» Il y aura toujours quelqu'un qui voudra protéger ces «pauvres femmes» qui doivent prendre des décisions toutes seules à l'étranger!

De belles amitiés durables naissent de ces rencontres fortuites. Par exemple, l'auteure de ces lignes, partie à 18 ans seule en France avec un plâtre au bras (accident de soccer!), a eu droit à une aide inestimable dans les trains ou dans la rue («Je peux vous aider à porter votre sac? Vous vous êtes cassé le bras comment?»), en plus de se faire inviter par des étrangers - bien intentionnés! - chez eux ou au restaurant.

Il va sans dire qu'il faut développer un sixième sens pour détecter qui serait malfaisant ou même dangereux à notre endroit. Les vols, viols et autres horreurs qui gâchent un voyage (ou une vie) ne sont pas légion, mais ils font partie de la réalité.

En fait, en tant que femme, on apprend à se méfier, qu'on habite au Québec ou qu'on sillonne la planète. Si on est franchement naïve chez soi, on le sera sans doute à Tombouctou. À ce moment-là, il vaudrait mieux rester à la maison... ou voyager avec des amis!

Mais de façon générale, il n'est pas plus dangereux de se promener à l'étranger qu'au coin de la rue. Il s'agit d'être prudente, ici comme ailleurs!

 

Où voyager?

Le pays où il est plus facile de voyager en solo est chez soi; commencez par le Québec, puis, si vous êtes à l'aise en anglais, ailleurs au Canada et aux États-Unis. Ensuite, les pays francophones d'Europe, puis ceux dont la culture respecte les droits des femmes : les pays anglophones, scandinaves, germanophones et les autres pays européens où on peut se débrouiller en français ou en anglais. Si vous possédez des rudiments d'espagnol, n'hésitez pas à explorer les pays d'Amérique latine, en commençant par le Mexique, la République dominicaine et Cuba.

Après quelques années d'expérience, lancez-vous dans l'inconnu linguistique et culturel en visitant des régions du monde où les femmes occupent moins la place publique. Afin d'arriver au pays avec une adresse en poche, approchez des associations de femmes ou d'aide internationale, ou encore des résidants contactés par des sites Internet de voyageurs. Vous aurez ainsi une belle entrée en matière en échangeant avec des gens de la place qui pourront vous aider et vous donner de judicieux conseils.

 

Adresses utiles

° www.voyage.gc.ca: site du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada. Deux pages incontournables : celle des conseils aux voyageurs par pays (répertoriés en ordre alphabétique), où l'on précise la situation politique, les lois et coutumes, ainsi que l'excellente brochure Voyager au féminin à www.voyage. gc.ca/publications/woman-guide_voyager-feminin-fra.asp. On peut aussi commander cette publication gratuite en téléphonant au 1 800 267-8376.

° www.hihostels.com : Hostelling International est le réseau mondial des auberges de jeunesse.

° Recherchez les guides des réseaux de gîtes ou d'auberges; notamment, au Québec, les gîtes du passant, 514 252-3138 ou www. giteetaubergedupassant.com, et, en France, les chambres d'hôtes du réseau Gîtes de France, www.gites-de-france.com.

° www.backpackers.com/hostels : hébergement peu onéreux, pour les voyageurs sac au dos.

° staynomad.com : Staynomad est un site fondé par la Québécoise Amélie Racine et le Néerlandais Mark Schanzleh, regroupant des gens de plusieurs pays prêts à rencontrer et même à héberger des voyageurs. Échanges de conseils, récits de voyage, discussions, idées de parrainage pour des vacances gratuites... Sympa!

° www.couchsurfing.org : Couchsurfing est un réseau de personnes accueillant gratuitement les voyageurs partout sur la planète. Même genre de réseau : www.hospitalityclub.org

° www.journeywoman.com : site de voyage pour les femmes (entre autres des conseils pour celles qui voyagent seules).

° www.womenwelcomewomen.org.uk : Women Welcome Women est un organisme international mettant en contact des femmes des cinq continents qui accueillent les voyageuses à bras ouverts.

° pages.riaq.ca : la fédération des associations des retraités flyés organise des rencontres entre voyageurs retraités et préretraités. Son site Internet est rempli de bons conseils.