C'était en janvier 2005, dans la zone hôtelière qui s'étend au nord de la petite ville de Monastir, en Tunisie. J'effectuais un reportage sur les retraités qui passent une partie de l'hiver dans ce pays devenu la destination vedette des amateurs de ces forfaits qu'on appelle «les longs séjours». Une veuve de Val-David, croisée au bord de la piscine, m'avait expliqué qu'elle avait loué sa maison pour la saison de ski et séjournait là-bas quatre mois. Le calcul était simple: la location de sa résidence lui rapportait 6000 $ et le forfait de 120 jours en demi-pension (deux repas quotidiens) dans un hôtel classé «quatre étoiles», lui avait coûté moins de 3000 $, avion compris. Bref, en se réchauffant au tiède soleil tunisien pendant quatre mois, elle faisait des économies.

Publié le 20 oct. 2008
André Désiront, collaboration spéciale LA PRESSE

Comme cette dame, plusieurs dizaines de milliers de Québécois partent chaque année se mettre à l'abri des rigueurs de l'hiver pendant plusieurs semaines. Il y a 30 ans, ils migraient par centaines de milliers vers la Floride, où ils passaient entre quatre et six mois dans des parcs à caravanes ou dans des motels de Sunny Isles (jadis ghetto québécois de Miami Beach).

 

Aujourd'hui, les «aînés», ou les «gens du troisième âge» s'éparpillent autour du bassin méditerranéen, au Mexique ou dans plusieurs pays d'Asie du Sud-Est. Ils partent moins longtemps - de trois à quatre semaines - et souvent deux fois, soit généralement à la fin de l'automne et à la fin de l'hiver. Et ils sont plus jeunes. «Pendant longtemps, la clientèle des longs séjours avait entre 65 et 80 ans. Aujourd'hui, on parle d'une fourchette qui va de 55 à 70 ans», observe Christian Guillet, directeur des ventes d'Exotik Tours. «Elle est plus en forme, donc moins statique: elle circule beaucoup plus dans le pays ou la région où elle séjourne.»

Les destinations vedettes? Chez certains grossistes, c'est la Costa del Sol, dans le sud de l'Espagne, qui se vend le mieux. «Chez nous, c'est la Tunisie et c'est une question de prix, puisqu'on peut y séjourner un mois pour moins de 2000$, repas compris», remarque Colette Baert, directrice des ventes de Rêvatours. La Côte d'Azur a également gagné en popularité, ces dernières années, pour les mêmes raisons. Le voyagiste Intair propose des forfaits d'un mois à Cannes dans des appartements du groupe Pierre et Vacances, pour moins de 1700 $, avion compris.

Parmi les destinations des dernières années, il y a l'Algarve (Portugal), Malte, la côte amalfitaine, puis la Sicile, la Grèce, la Thaïlande, Bali, le sud de la Turquie, le Vietnam, la Gold Coast australienne (au sud de Brisbane)...

Cette année, plusieurs voyagistes ont lancé la Croatie. «C'est la grande mode et nous y proposons des séjours dans plusieurs stations de l'Adriatique: Split, Opatia, Roving...» dit Pascale Carillo, de chez Tours Chanteclerc. Mais la Floride reste la destination de prédilection. Selon le Print Measurement Bureau, pas moins de 130 000 Québécois âgés de 60 ans et plus y ont séjourné en 2006. Les grossistes spécialisés n'en font pas état, parce que la presque totalité de ces migrants y possède, qui un condo, qui une roulotte mobile, et qu'ils n'achètent donc pas de forfaits. On pourrait en dire autant du Mexique, où 100 000 Canadiens ont séjourné plus de 30 jours en 2006. Leurs points de chute dans ce pays: Ajijic, au bord du lac Chapala, San Miguel de Allende, et la région de Morelia! On est donc loin des chiffres enregistrés en Tunisie (17 000 visiteurs Canadiens) ou au Maroc (40 000)!