Pépère, le ski de fond? Dans les centres de ski bien entretenus, peut-être que oui. Mais quand on a l'âme aventurière, on prend plaisir à quitter les sentiers battus pour explorer l'arrière-pays. Détaché du confort moderne, c'est la meilleure façon de faire corps et âme avec la nature, tout en arpentant un vaste territoire. Au Québec, plusieurs sentiers de longue randonnée nous invitent à relever un défi personnel, dans un décor de rêve.

Simon Diotte LA PRESSE

Le patriarche des sentiers de longue randonnée, c'est la Traversée de Charlevoix (TDC), un parcours de 105 km dans les hauts sommets de l'arrière-pays. Mise sur pied par Eudore Fortin, travailleur infatigable qui a lui-même bûché, débroussaillé et construit les refuges dans les années 70, la TDC relie la municipalité de Saint-Urbain au mont Grand-Fonds, sur des sentiers balisés, mais non entretenus mécaniquement. Chemin faisant, on découvre des paysages spectaculaires formés par un impact météoritique.

Auparavant, il n'existait qu'une seule façon d'accomplir ce raid de sept jours: de manière entièrement autonome, en transportant tout le nécessaire sur son dos. Mais puisqu'on n'arrête pas le progrès, la TDC offre maintenant la formule de «luxe», avec transport de bagages, livraison d'eau potable tous les jours et hébergement dans de confortables chalets de bois rond.

Ce raid demeure néanmoins un véritable défi. «Le terrain parcouru est extrêmement accidenté et difficile. Les skieurs doivent utiliser leurs peaux de phoque - équipement qui freine la descente ou facilite la montée - sur presque tout le sentier», avertit Johanne Leduc, directrice générale de la TDC. Dans de belles conditions, c'est déjà ardu, imaginez quand on se trouve au coeur d'une tempête de neige! Seulement 300 skieurs accomplissent le raid chaque année. Comme la distance entre les refuges est trop grande, il est impossible de faire le trajet en raquette.

L'autre destination mythique pour les expéditions est le parc national de la Gaspésie. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les itinéraires dans les Chic-Chocs ne représentent pas un haut degré de difficulté. «Pas besoin d'être un skieur exceptionnel pour s'y aventurer. Les peaux de phoque sont vraiment optionnelles», affirme François Boulanger, directeur du parc. Seule la montée sur les contreforts des Chic-Chocs nous invite au surpassement.

Comme partout ailleurs, M. Boulanger constate un engouement pour le transport de bagages, service qui n'existait pas dans les années 80 et 90. «Même les randonneurs aguerris y succombent. Moins limités par le poids, les fondeurs se font maintenant des soupers de roi dans les refuges. Résultat: on livre des bouteilles de vin en masse!» dit-il.

Et des femmes prennent de plus en plus part aux expéditions, alors qu'elles étaient extrêmement minoritaires il y a seulement 10 ans.

Le parc de la Gaspésie offre six parcours de longue randonnée. Le plus populaire et le plus spectaculaire est la boucle du mont Logan. «Ça représente cinq jours de ski en territoire alpin, dans un décor absolument fantastique. Les habitués y retournent sans cesse», affirme M. Boulanger, lui-même un passionné de longue randonnée. En février et mars, il faut s'y prendre à l'avance pour réserver les refuges.

Attache ta tuque

En plus de ces deux destinations mythiques, d'autres parcs nationaux offrent des parcours de longue randonnée. Par exemple, au parc national de la Jacques-Cartier, il est possible de faire une boucle de 55 km à partir du camp Mercier en empruntant un sentier très excitant, baptisé la Voie du bûcheron, qui circule au coeur des plateaux du massif des Laurentides. «On n'envoie pas des débutants là-dedans. Ça monte et ça redescend en diable!» affirme Nathalie Rivard, responsable de l'animation au parc.

Dans le parc du Saguenay, on vient d'inaugurer cette saison un nouveau sentier pour le ski nordique, qui donne accès, dit-on, aux plus beaux panoramas sur le fjord. Long de 21 km, il relie la baie Sainte-Marguerite à l'Anse-à-Pierrot. Les excursionnistes peuvent acheter un forfait, baptisé Attache ta tuque, comprenant trois jours de ski, deux nuitées (une en refuge, l'autre en yourte) et le transport de bagages.

«C'est un forfait idéal pour s'initier à la longue randonnée, car les distances à parcourir sont courtes. La plus longue journée ne représente que 10 km de ski», affirme Daniel Groleau, directeur du parc. Un autre sentier de longue randonnée, qui circule en zone montagneuse, est accessible dans le secteur sud du parc, près de L'Anse-Saint-Jean. Même si ces deux sentiers conviennent aux néophytes, il faut quand même souligner que la longue randonnée exige une bonne préparation physique. Les douleurs musculaires ne se soignent pas toujours avec du vin...

Quelques destinations

Traversée de Charlevoix: 105 km en territoire montagneux. Un véritable défi.

> Parc de la Gaspésie: plusieurs parcours de longue randonnée, d'une durée de deux à cinq jours.

> Parc national des Monts-Valin: aventure de ski nordique en haute montagne, 59 km de sentiers balisés.

> Parc national du Mont-Tremblant: deux secteurs offrent un total de 110 km de ski nordique. Nombreux parcours offerts.

> Parc national de la Jacques-Cartier: boucle de 55 km à partir du camp Mercier. Haut degré de difficulté.

> Parc national du Saguenay: deux secteurs de longue randonnée en hiver, le sentier Le Fjord et le sentier Les Caps.

> Réserve faunique Papineau-Labelle: 100 km de ski nordique, 13 refuges accessibles.

> Sentier inter-centre: parcours linéaire de 28 km, avec possibilité de dormir une ou deux nuits en refuge. Municipalités de Saint-Donat, Lac-Supérieur et Val-des-Lacs.

> Sentier des Caps de Charlevoix: possibilité de faire de la longue randonnée de ski dans le secteur du Massif.

Photo: fournie par Nancy Bourgeois, SEPAQ

Dans le parc du Saguenay, les excursionnistes peuvent acheter un forfait, baptisé Attache ta tuque, comprenant trois jours de ski, deux nuitées (une en refuge, l'autre en yourte) et le transport de bagages.