Pour le marcheur, un belvédère constitue souvent la récompense ultime d'une bonne randonnée. De là-haut, on contemple un paysage souvent merveilleux, qui justifie l'effort fourni pour y accéder. Pour le géographe émérite Henri Dorion, un belvédère, c'est encore plus que ça. C'est un lieu qui sert à comprendre nos paysages et à apprécier leur richesse.

Mis à jour le 11 mai 2011
Simon Diotte LA PRESSE

Donc, quoi de mieux, pour nous guider dans l'interprétation des panoramas que l'on observe en altitude, qu'un nouveau guide d'Henri Dorion? Intitulé Le Québec à couper le souffle, cet ouvrage, écrit en collaboration avec son fidèle complice, le photographe Pierre Lahoud, nous invite à redécouvrir le Québec à partir de 100 belvédères éparpillés aux quatre coins de la province.

L'objectif du tandem d'auteurs: aller plus loin que le simple commentaire «hé, que c'est beau!». «Par l'entremise de nos textes et de nos photos, nous cherchons à donner une valeur ajoutée aux paysages», explique en entrevue M.Dorion. Il s'agit, selon les auteurs, du premier livre à se consacrer à cette mission. «Plusieurs guides de qualité recensent les meilleurs sentiers de randonnée, mais aucun ne s'attarde à l'esprit des lieux, c'est-à-dire à l'explication de ce qui se dégage des paysages, à leur aspect immatériel», dit M.Dorion, 76 ans.

Au fil des 320 pages de ce livre magnifique, dont le titre à double sens renvoie à la vue qui coupe le souffle, mais aussi à l'effort des grimpeurs, les auteurs mettent en lumière des aspects cachés des paysages que l'on observe, que ce soit à partir de belvédères au sens propre, mais aussi à partir de promontoires, de tours et de divers observatoires. Histoire, géologie, religion, toponymie, nature, chaque lieu a été choisi en fonction de son intérêt géohistorique.

Par exemple, l'accès au mont Jacques-Cartier, dans le parc national de la Gaspésie, donne l'occasion d'expliquer le phénomène de l'étagement de la végétation, le randonneur passant, en quelques kilomètres, de la forêt boréale à la toundra alpine. Le belvédère du mont Gibraltar, dans la région de Portneuf, illustre à merveille plusieurs phénomènes géologiques. Quant au cap aux Meules, aux Îles-de-la-Madeleine, son panorama permet de lever le voile sur la principale activité de l'île, la pêche.

Si le livre passe en revue plusieurs belvédères très connus, tels que le Pain de sucre du mont Saint-Hilaire, le belvédère du parc de la Chute-Montmorency et l'Acropole des draveurs, dans le parc des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, il nous invite également à découvrir des lieux méconnus, comme le mont Cayamant (Outaouais), le belvédère de Saint-Malo (Cantons-de-l'Est) et la montagne à Coton (Bas-Saint-Laurent).

Leurs coups de coeur? Le photographe Pierre Lahoud, qui a arpenté avec sa caméra plus de 200 belvédères au cours de ses recherches, en plus de les survoler en avion, a été séduit par le belvédère du Faucon, à Saint-Germain, dans le Bas-Saint-Laurent. Sur le sentier du Cabouron, nom qui fait référence aux petites collines qui émergent de la plaine dans cette région, se trouve un belvédère à l'architecture unique qui épouse la forme d'un faucon, oiseau de proie fort abondant dans les parages. Une façon étonnante de marquer, avec élégance et imagination, la caractéristique d'un lieu.

Parmi les belvédères les plus insolites, notons celui de Saint-Georges-de-Windsor, village de 963 habitants des Cantons-de-l'Est, où les habitants ont érigé, dans une plaine peu accidentée, un belvédère en forme de... vache! «C'est très intéressant comme intervention, car cet énorme herbivore symbolise le caractère agricole de la région», affirme M.Dorion, qui en fait un de ses coups de coeur.

Protection

Au dire des auteurs, qui ont publié de nombreux ouvrages populaires sur le Québec, l'intérêt d'un belvédère ne se limite pas au panorama spectaculaire qu'il affiche. «Les lieux moins remarquables, les «pays sages», comme je les appelle, peuvent s'avérer d'une grande richesse historique. Ces points de vue servent également de vigie pour comprendre que nos paysages méritent protection», dit M.Dorion. Rappelons que les paysages sont maintenant considérés, à l'échelle mondiale, comme un patrimoine à conserver.

Ce guide présente des belvédères et leurs chemins d'accès dans toutes les régions du Québec, à l'exception du Nord-du-Québec, pour des raisons de proximité. Un système de classification permet de saisir, en un coup d'oeil, le degré de difficulté pour y accéder. Chose certaine, la lecture de ce livre ne nous donne qu'une seule envie: mettre le nez dehors!

Le Québec à couper le souffle, d'Henri Dorion et Pierre Lahoud, éditions de l'Homme, 320 pages, 39,95$