Quatre-vingt-dix mètres de long. Huit de large. Plus de 1600 tonnes de métal, soit l'équivalent de 150 autobus scolaires. Vu de l'extérieur (et hors de l'eau), le sous-marin Onondaga a l'air d'un géant des mers. Mais une fois passé la porte, la sensation est tout autre...

Mis à jour le 29 juin 2010
Stéphanie Morin LA PRESSE

Mis en service par la Défense nationale canadienne en 1967, en pleine guerre froide, l'Onondaga n'a jamais lancé (ni reçu) un seul missile. Mais son périscope a fait du chemin. En 33 ans de carrière, le sous-marin a parcouru l'équivalent de 23 fois le tour de la terre. Depuis l'an dernier, le bâtiment a été recyclé. Sa nouvelle vocation: attraction touristique.

 

Stationné aux abords du Site historique maritime de Pointe-au-Père, à Rimouski, l'Onondaga est le seul sous-marin ouvert au public dans tout le Canada. Et sa visite à de quoi donner froid dans le dos à tous les claustrophobes de la planète...

Difficile d'imaginer que 70 hommes s'entassaient pendant des semaines dans cet enchevêtrement de tuyaux, de moteurs, de cadrans. Dans cette boîte de sardines qui empestait le diesel, le moindre centimètre avait son utilité. Chaque membre de l'équipage devait dormir, manger, se reposer dans le seul espace privé qu'on leur cédait: une couchette étroite... et dangereusement près du nez du dormeur de dessous.

L'endroit le plus prisé lors des missions en mer: la cuisine, ouverte 24h sur 24h. La bouffe y était toujours excellente, dit-on. Il fallait bien garder les hommes heureux. Pas de douche ou presque (20 secondes maximum d'eau par jour), pas d'intimité, pas de confort... Quand les gars ramenaient leurs gamelles à leur couchette, le repas avait intérêt à être bon!

Étouffant? Et comment! Surtout quand on songe que la température pouvait grimper à 60 degrés Celsius une fois les moteurs en marche... Pire, certains soirs sans lune et sans étoile, les sous-mariniers travaillaient dans l'obscurité totale... pour favoriser l'adaptation de leurs yeux à la noirceur, advenant une évacuation en territoire ennemi.

Voir Sean Connery jouer les héros à bord du Red October avait quelque chose de glamour... Après une heure à parcourir les 23 stations d'informations, audio-guide à la main, on comprend que la réalité est tout autre. Travailler dans l'Onondaga n'était pas à la portée du premier venu.

Une nuit à bord

Même y passer une nuit prend une certaine dose de courage. L'aventure Opération Novembre est offerte à ceux qui veulent vivre la totale. Pendant une soirée, les participants se transforment en matelots en apprentissage de chacun des systèmes mécaniques des navires. Ceux qui réussiront obtiendront leur insigne sous-marinier, ornés de dauphins.

La soirée débute à 20h30. Au programme: orientation, navigation, mécanique... et détente dans la salle des torpilles. Pour la nuit, les participants sont répartis sur les 34 meilleures couchettes de l'Onondaga: cabine du capitaine, carré des officiers et des maîtres... Le prix de l'aventure varie en fonction du confort de la couchette: entre 95$ et 125$ par personne. Offerts tous les vendredis et samedis de juillet et d'août, ainsi que les samedis de septembre. Réservations obligatoires.

Site historique maritime

L'Onondaga s'est greffé l'an dernier au Site historique maritime de Pointe-au-Père, un endroit déjà fort prisé des amateurs d'histoire navale. Le sous-marin est ancré à un jet de pierre du Pavillon Empress of Ireland, consacré à la plus importante tragédie maritime au Canada. Le 29 mai 1914, le paquebot a été harponné par un charbonnier norvégien au large de Rimouski. Le navire a sombré en 14 petites minutes: 1012 personnes ont péri, dont 134 des 138 enfants à bord. L'eau froide, 2 ºC à peine, a laissé peu de chances aux passagers.

Outre une projection vidéo sur les derniers instants des passagers, le musée présente des objets repêchés. Le plus émouvant: un porte-monnaie retrouvé dans la main de Dolly Brooks, 10 ans. Ses parents ont survécu; pas elle.

Aussi sur place: une exposition sur la plongée sous-marine effectuée sur l'épave (dont celle qui a suivi la catastrophe), un atelier avec des activités pour les enfants, une aire de jeux extérieurs et l'accès au sommet du phare de Pointe-au-Père (pour ceux qu'un étroit escalier en colimaçon de 128 marches et deux échelles ne rebutent pas). De là haut, on peut parfois voir la bouée qui marque le lieu exacte du naufrage.

Le Site historique maritime est ouvert jusqu'au 11 octobre, de 9h à 18h. Prix pour visiter le sous-marin, le Pavillon et le phare: 22$ par adulte, 15$ pour les 8 à 15 ans.

Infos: www.shmp.qc.ca