«Ça fait trois mois exactement. Je compte les jours et ça fait exactement 93 jours que je suis parti.» Dans le combiné, la voix de Simon Bourk trahit la fatigue d'une longue journée de randonnée.

Mis à jour le 30 sept. 2009
Gabriel Béland LA PRESSE

Le philosophe Henry David Thoreau se lamentait en 1862 de n'avoir «rencontré qu'une ou deux personnes qui aient compris l'art de la marche». À notre époque motorisée, pixelisée, difficile de croire qu'il en croiserait davantage. Or, Simon Bourk serait sûrement l'une d'elles.

 

Depuis le mois de juin, le Québécois de 29 ans a entrepris la randonnée d'une vie: le sentier des Appalaches. Il veut marcher de la Gaspésie à la Géorgie, sur les sentiers des montagnes appalachiennes, pour un total de 4500 km, pendant huit mois, avec son lourd sac à dos pour unique compagnon.

«C'est un gros projet», explique-t-il de la cabine téléphonique d'un village perdu dans les montagnes Blanches du New Hampshire. «C'est peut-être la crise de la trentaine. En tout cas, j'ai juste senti qu'il fallait que je réalise l'un des mes rêves plutôt que de le laisser passer.»

Il a donc quitté un emploi d'ingénieur qui ne le comblait plus pour partir à l'aventure. «Plutôt qu'un défi professionnel, j'ai choisi un défi personnel», dit-il. Et pour un défi, c'est tout un défi. Il y a déjà laissé une paire de bottes, y a perdu quelques kilos et collectionne les éraflures et autres ampoules du randonneur. La semaine dernière, il se remettait d'une grippe qui l'a cloué au sol une journée entière, passée dans un refuge à se soigner et à «recoudre (ses) shorts et (son) chapeau».

«C'est dur physiquement, c'est certain, explique celui qui est aussi triathlonien. C'est un effort d'endurance. Des fois, le soir, quand je termine une étape, je suis exténué. Je tremble de fatigue. Alors, je me fais des pâtes et tout va mieux...»

Une rando mythique

Le sentier des Appalaches est le lieu d'une randonnée mythique. Il a été mis en place aux États-Unis dans l'après-guerre. Très vite, des randonneurs se sont mis en tête d'accomplir le trajet dans son entièreté, soit 3500 km du Maine à la Géorgie. Ce n'est qu'en 2001 que la Gaspésie - dont les sommets appalachiens n'ont rien à envier à ceux du Sud - a complété un sentier de 650 km se raccordant au légendaire Appalachian Trail. Il va du Cap Gaspé jusqu'à Matapédia.

«En gros, il y a deux types de gens qui parcourent le sentier dans sa totalité, explique le directeur du Sentier international des Appalaches au Québec, Éric Chouinard. Des étudiants, qui prennent une pause entre deux trimestres, ou des retraités, dans la soixantaine, qui cherchent un défi.»

La partie québécoise du sentier prend entre 35 et 40 jours et serait l'un des secrets les mieux gardés parmi les grandes randonnées en Amérique du Nord. Selon Éric Chouinard, seulement une quinzaine de randonneurs la font au complet chaque année, et 80% d'entre eux sont des Américains.

«On peut passer plusieurs jours, même une semaine, sans rencontrer d'autres randonneurs, raconte-t-il. Il n'y a presque personne quand on compare à la section américaine. Disons que c'est loin de Compostelle!»

Éric Chouinard essaie bien entendu de changer ça et de populariser la section québécoise du sentier des Appalaches. «On aimerait que davantage d'Américains, au lieu de s'arrêter au mont Katahdin ( le point final de la partie américaine, au Maine), continuent au Québec.»

Simon Bourk, lui, a fait l'inverse: il est parti de la Gaspésie pour se rendre au sud. Et même s'il admet qu'une randonnée de huit mois n'est peut-être pas pour tout le monde, il n'hésite pas à la recommander.

«My god! s'exclame-t-il au bout du fil, les montagnes Blanches étaient magnifiques. Ici, ce que tu trouves en premier lieu, c'est l'euphorie de la montagne. Ça fait trois mois que je la vis, cette euphorie.»

«Ensuite, ajoute-t-il, je pense que tu trouves autre chose, c'est certain. Je sens que je retrouve les valeurs qui me sont importantes. À marcher pendant des mois, loin de tout, je pense que tu ne peux pas faire autrement.»

On peut suivre les aventures de Simon Bourk sur son blogue: www.unelonguemarche.ca