L'écroulement de la Maison des gladiateurs à Pompéi, début novembre, a soulevé l'indignation de l'Association nationale d'archéologie italienne. Elle a accusé le gouvernement de négligence. Mais pour les visiteurs, le site reste enchanteur. Si ce n'est la présence regrettable de graffitis à plusieurs endroits.

Publié le 21 nov. 2010
Pierre Gingras LA PRESSE

Quinze jours avant l'incident, sur le site immense, l'équivalent de 74 terrains de soccer, la foule grouillait, pêle-mêle, sous les doux rayons du soleil d'automne. Pas facile de se retrouver dans le labyrinthe des rues dégagées où l'on peut voir des traces de char qui circulaient dans la ville. Même avec une carte et un audioguide, il faut parfois un bon sens de l'orientation pour s'y retrouver. Sur les 70 lieux d'intérêt recommandés, le visiteur qui dispose d'une seule journée doit absolument choisir ce qui est susceptible de l'intéresser le plus.

 

Même si le destin tragique de Pompéi est bien connu, sur place, la réalité dépasse de loin ce qu'on a pu apprendre dans les dictionnaires, les encyclopédies ou encore sur l'internet. Monumental, il n'y a pas d'autre mot.

Comment imaginer en effet que cette ville de 25 000 habitants ait été rayée de la carte, ensevelie sous 6 m de cendres volcaniques crachées durant les trois jours de l'éruption du Vésuve, en août de l'année 79 après Jésus-Christ, pour ensuite tomber dans l'oubli pendant plus de 600 ans.

Les innombrables ruines de maisons ou de temples aux noms évocateurs, les places publiques comme le forum ou l'amphithéâtre de 20 000 places, impressionnent tellement par leur nature même qu'on en oublie le colossal travail d'excavation qui a commencé en 1748. Et si 70% de la ville est aujourd'hui ouverte, vous verrez encore des archéologues qui travaillent ici et là à dégager un muret ou un autre artéfact de civilisation romaine.

Voyage dans le temps

Pompéi est un voyage dans le temps qui nous fait réaliser que nombre d'aspects de notre vie moderne étaient les mêmes à l'époque romaine. Les aqueducs, la division de la ville selon un plan géométrique (le terme quartier ne date pas d'hier), les trottoirs et les lieux publics comme la blanchisserie et la boulangerie, où les meules attendent toujours qu'on leur serve du blé, témoignent de la grande ingéniosité des Anciens. Plus étonnants encore, ces casse-croûte ou thermopolium, installés aux croisements des rues où l'on servait boissons, mets chauds ou froids prêts à emporter, fruits et autres gâteries. La ville regroupait 89 de ces petits restaurants, où l'espace était réduit au minimum grâce notamment à l'utilisation de portes coulissantes. Certains, probablement plus luxueux, offraient même des divans où l'on pouvait s'étendre pour manger.

Et puis, il y a ces nombreux temples, tous plus grands les uns que les autres, qui étaient aménagés avec un luxe inouï, témoins d'une époque où la religion était omniprésente.

Ici, une modeste demeure, là le bordel officiel, le Lupanar que les marins pouvaient facilement retracer, semble-t-il, en suivant à travers la ville des petites stèles en forme de pénis. Un peu à l'extérieur du site, nous pénétrons dans la Maison des mystères construite il y a 2200 ans, une riche résidence d'une exploitation agricole, où l'on peut admirer de grandes fresques où le rouge domine, les plus belles de Pompéi, des tableaux exceptionnellement bien conservés illustrant l'initiation de la femme au mariage.

Si la plupart des habitats de Pompéi ont pu fuir avant qu'il ne soit trop tard, certains ont été piégés dans leurs logements, ensevelis sous les cendres. D'autres sont morts instantanément sous l'effet des gaz toxiques et de la chaleur, enveloppés du même coup par une gangue de matière chaude qui s'est ensuite solidifiée pour l'éternité. C'est d'ailleurs en infiltrant du plâtre liquide dans ces sarcophages grossiers que Pompéi a pris un visage humain. Les moules ainsi exposés nous montrent des gens dans leurs vêtements d'époque, le visage terrifié face à une fin atroce.

Situé à 11 km du site, le monstre endormi domine de ses 1200 m d'altitude tout le paysage environnant, Naples et sa baie magnifique, un secteur où vivent plus de 4 millions d'habitants. La visite incontournable du cratère du Vésuve permet de constater que des fumerolles s'en échappent toujours, signe que la montagne ne fait que sommeiller. Ses périodes de repos ont parfois duré des siècles. La dernière éruption remonte à 1944, mais avant ce dernier soubresaut, le célèbre volcan avait craché de la lave chaque année durant plus de 10 ans.

Considéré parmi les six ou sept sites archéologiques les plus visités au monde, Pompéi accueille annuellement de 2,5 à 3 millions de visiteurs, parfois près de 40 000 personnes par jour durant les périodes de pointe. Janvier est le mois le plus tranquille.

À cet égard, le site d'Herculanum, petite ville portuaire détruite en même temps que Pompéi, 10 fois moins achalandé et beaucoup plus petit, vaut le détour, surtout si l'on peut se payer les services d'un guide. Contrairement à Pompéi, la ville a été ensevelie sous une couche de boue de 20 mètres d'épaisseur, ce qui explique son incroyable état de conservation. On y trouve même des maisons de deux étages avec balcons.

Intégrés dans la grande banlieue de Naples, Pompéi et Herculanum sont faciles d'accès, situés à quelques centaines de mètres à peine de la gare. Une petite marche pour faire un saut de 2000 ans dans le passé.

Photo: Pierre Gingras, La Presse

Le Vésuve domine toujours le paysage à Pompéi et dans la baie de Naples, où vivent plus de 4 millions d'habitants.